Science et nature

Les concombres de mer écarlates semblent avoir une chair «zombie»

«Nos petits zombies de laboratoire se trouvent à la frontière entre la vie et la mort.»

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Cette photo d’un Psolus fabricii, connu sous le nom de concombre de mer écarlate, a été fournie à La Presse Canadienne par l'Université Memorial de Terre-Neuve-et-Labrador. (*Mention obligatoire*) Cette photo d’un Psolus fabricii, connu sous le nom de concombre de mer écarlate, a été fournie à La Presse Canadienne par l'Université Memorial de Terre-Neuve-et-Labrador. (Emaline Montgomery)

Une scientifique de Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador, a découvert que des fragments de chair prélevés sur des concombres de mer écarlates peuvent se régénérer et survivre dans un état à mi-chemin entre la vie et la mort.

Sara Jobson est doctorante au département des sciences océaniques de l’Université Memorial de Terre-Neuve-et-Labrador, où elle a dirigé l’étude qui a mis en évidence ce qui semble être l’immortalité des tissus du concombre de mer.

Généralement, si l’on coupe un morceau de chair d’un animal, le tissu meurt et il est assez évident qu’il est en train de mourir.

Mais il en va autrement pour le concombre de mer écarlate, ou psolus fabricii, que l’on trouve dans l’océan Atlantique Nord.

Lorsque Mme Jobson et ses collègues ont amputé des parties des pieds tubulaires d’un concombre de mer, les morceaux se sont rapidement régénérés et ont formé des masses sphériques qui sont restées ainsi pendant des années.

Elle qualifie ce tissu de «zombie», car il ne se régénérait pas comme le ferait un tissu vivant, mais il ne mourait pas non plus.

«Il existait simplement sous la forme de cette masse. Est-il vivant? Il ne se reproduit pas, il ne se régénère pas en un autre concombre de mer, mais il n’est pas mort. Nos petits zombies de laboratoire se trouvent à la frontière entre la vie et la mort», a indiqué Mme Jobson.

«C’est là que ça devient fou: ça ne donne pas naissance à un nouveau concombre de mer. Au lieu de cela, les échantillons de tissu se sont en quelque sorte transformés en une nouvelle unité biologique et sont simplement restés ainsi», a-t-elle ajouté.

Ils absorbaient des nutriments et disposaient d’un système immunitaire actif pour se protéger des bactéries. Ces caractéristiques les classeraient parmi les organismes vivants, mais, contrairement aux êtres vivants, ils ne se reproduisaient pas. «C’est de là que vient le terme “zombie”», a rapporté Mme Jobson.

Elle ignore pour l’instant en quoi cela pourrait offrir un avantage évolutif aux concombres de mer.

Au-delà des questions profondes soulevées par ses travaux, Mme Jobson a indiqué que l’accès à des échantillons de tissus résistants capables de survivre par eux-mêmes pourrait ouvrir de nombreuses perspectives dans la recherche scientifique. Elle espère poursuivre ses recherches sur ces étranges petites masses, notamment pour déterminer si leurs cellules vieillissent.

Elle attribue en partie sa découverte à la «science guidée par la curiosité», puisqu’elle était encouragée par le laboratoire où elle travaillait, dirigé par Annie Mercier, professeure de sciences océaniques à l’Université Memorial.

«Quand on ne donne pas aux gens l’occasion de poser des questions vraiment bizarres, qui sortent des sentiers battus, on n’obtient pas ces réponses géniales», a lancé Mme Jobson.

Sarah Smellie

Sarah Smellie

Journaliste