Science et nature

Des chercheurs font le parallèle entre les victimes de la peste et la pandémie de COVID-19

«En période de crise ou d’épidémie, le statut social a une influence décisive sur la mortalité, l’accès aux biens ou aux institutions essentiels et la cohésion sociale globale», ont-ils rapporté dans leur étude.

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De gauche à droite, les tombes 229, 230, 231 et 232 lors des fouilles, couche supérieure (Archaologische Bodenforschung Basel-Stadt ; photographies d'Adrian Jost) De gauche à droite, les tombes 229, 230, 231 et 232 lors des fouilles, couche supérieure (Archaologische Bodenforschung Basel-Stadt ; photographies d'Adrian Jost)

Lorsque des chercheurs ont examiné les sépultures de victimes de la peste dans un hôpital du XVIIe siècle en Suisse, ils ont constaté que la majorité des victimes étaient de jeunes ouvriers, probablement issus des classes sociales les plus défavorisées. Selon une nouvelle étude, ces sépultures montrent comment les conditions socio-économiques peuvent influencer la mortalité lors d’une épidémie.

«La capacité à retrouver un fonctionnement physiologique normal après un surmenage ou une maladie n’est pas la même pour tout le monde, et cette capacité est fortement influencée par le statut social», a-t-on expliqué dans l’étude. «Si une personne ne peut pas subvenir à ses besoins fondamentaux sans travailler sans relâche, la guérison ou le rétablissement sont souvent compromis.»

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Pour cette étude, les chercheurs ont examiné des sépultures humaines dans un monastère transformé en hôpital à Bâle, en Suisse, lié à la dernière épidémie de peste enregistrée dans le pays, qui s’est produite entre 1665 et 1670.

«La pandémie de COVID-19 a soulevé de nombreuses questions sur les inégalités sociales», a rapporté Laura Rindlisbacher, chercheuse principale et ostéoarchéologue à l’Université de Bâle, dans un communiqué de presse. «Nous avons voulu explorer ces mêmes questions pour notre échantillon datant du début de l’époque moderne.»

Pipe en terre cuite provenant de la tombe 229, portant le cachet du fabricant attribué à Reichard West, Mannheim, Allemagne. Pipe en terre cuite provenant de la tombe 229, portant le cachet du fabricant attribué à Reichard West, Mannheim, Allemagne. (Archaologische Bodenforschung Basel-Stadt ; photographies de P. Sauerbeck, dessins en coupe d'E. Flatscher)

Les ostéoarchéologues analysent des restes osseux afin de mieux comprendre les vies passées. En Suisse, l’analyse ADN a confirmé la présence de la bactérie responsable de la peste, Yersinia pestis, dans plusieurs des restes et sur une pipe en argile trouvée sur le site.

Les 15 individus étudiés avaient un âge moyen de 17,7 ans au moment de leur décès et bon nombre de leurs squelettes présentaient des signes de travail physiquement exigeant, tels que l’usure de la colonne vertébrale et des épaules, indiquant qu’ils appartenaient à un statut social inférieur.

«La fatigue liée au travail nous intéressait particulièrement, car elle représente l’un des facteurs les plus importants de vulnérabilité lors d’une pandémie», a souligné Laura Rindlisbacher. «Si une personne ne peut pas renoncer à travailler pour survivre, même le risque de contracter une maladie mortelle ne peut l’empêcher de travailler.»

De la peste à la COVID-19

Les chercheurs établissent des parallèles évidents avec la pandémie de COVID-19, qui a également démontré comment le statut socio-économique peut influer sur la vulnérabilité, certains ayant dû continuer à travailler pour subvenir à leurs besoins essentiels, malgré le risque d’infection lié à la proximité d’autres personnes.

«Il était frappant de constater à quel point la peste a fauché de jeunes vies, en particulier celles de jeunes défavorisés issus des classes populaires déjà soumis à un travail pénible et fréquent», a indiqué Laura Rindlisbacher. «Nous avons également été surpris de constater à quel point certains des déterminants sociaux du bien-être et de la survie observés pendant la pandémie de COVID-19 se retrouvaient également au début de l’époque moderne.»

Vue prise lors des fouilles en intérieur dans la salle de concert du Stadtcasino Vue prise lors des fouilles en intérieur dans la salle de concert du Stadtcasino (Archäologische Bodenforschung Basel-Stadt ; photo de A. Jost)

Publiée dans Antiquity, une revue archéologique à comité de lecture, l’étude met également en évidence d’autres facteurs connexes pouvant jouer un rôle dans la survie à une épidémie, comme que la manière dont le statut de citoyen et l’existence de réseaux de soutien social peuvent influencer la probabilité qu’une personne reçoive les soins médicaux dont elle a besoin.

«En période de crise ou d’épidémie, le statut social a une influence décisive sur la mortalité, l’accès aux biens ou aux institutions essentiels et la cohésion sociale globale déterminant la probabilité pour laquelle des groupes de personnes tombent malades, ont besoin de soins ou meurent», a-t-on mentionné dans l’étude. «La récente pandémie de COVID-19 a démontré à quel point le statut socio-économique influence la vulnérabilité de groupes sociaux spécifiques, mais ce n’est pas un phénomène nouveau.»