Science et nature

De nouvelles recherches visent à protéger les abeilles mellifères et à renforcer l’agriculture canadienne

L’abeille mellifère est confrontée à des menaces croissantes liées aux maladies, aux parasites et aux facteurs de stress environnementaux.

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Honeybees L'abeille européenne (Apis mellifera) est confrontée à des menaces croissantes liées aux maladies, aux parasites et aux facteurs de stress environnementaux découlant des changements climatiques. (CTV News)

Les abeilles mellifères sont surtout connues pour leur production de miel, mais leur contribution la plus importante réside dans le rôle qu’elles jouent dans la pollinisation des cultures vivrières du Canada.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Cependant, l’abeille mellifère occidentale (Apis mellifera) est confrontée à des menaces croissantes liées aux maladies, aux parasites et aux facteurs de stress environnementaux découlant des changements climatiques.

Pour faire face à ces problèmes de plus en plus pressants, la Dre Nuria Morfin, de l’Université du Manitoba, mène des recherches sur la manière dont les microbes, les parasites et les conditions environnementales se combinent pour influer sur la santé des abeilles mellifères.

«Les abeilles mellifères sont très importantes et contribuent à l’économie à hauteur de plusieurs milliards de dollars canadiens grâce à la pollinisation des cultures, tout en créant des emplois et d’autres sources de revenus», a expliqué Mme Morfin, professeure adjointe d’entomologie à la Faculté des sciences agricoles et alimentaires.

L’une des plus grandes menaces pour ces colonies d’abeilles mellifères est l’acarien parasite Varroa destructor. Cet acarien affaiblit le système immunitaire des abeilles en se nourrissant d’elles, rendant ainsi les colonies plus vulnérables aux infections virales telles que le virus des ailes déformées.

Bien que les effets de l’acarien soient bien documentés, des chercheuses comme Mme Morfin s’efforcent toujours de comprendre comment l’acarien interagit avec les différentes bactéries et virus qui affectent les colonies d’abeilles mellifères.

«Nous cherchons à comprendre comment ces facteurs de stress interagissent et affectent les abeilles, et à terme, nous souhaitons proposer des solutions à l’industrie apicole afin qu’elle puisse disposer d’abeilles plus productives et en meilleure santé.»

—  Dre Nuria Morfin, Université du Manitoba

«Nous testons également, par exemple, de nouveaux traitements contre les acariens Varroa, mais aussi contre d’autres maladies comme la loque européenne et la loque américaine», a-t-elle ajouté.

Les recherches de Mme Morfin au laboratoire UM Honey Bee Lab de l’Université du Manitoba s’appuient sur l’approche du pathobiome — un cadre de recherche qui reconnaît que les maladies ont rarement une cause unique.

L’équipe étudie comment Varroa destructor, les micro-organismes et les facteurs de stress environnementaux agissent conjointement pour affaiblir l’immunité des abeilles mellifères et déclencher des maladies.

La recherche explorera également comment l’évolution des conditions environnementales, notamment les fluctuations de température et d’humidité, influence la santé des abeilles et leur capacité à résister aux infections.

«Nous croyons que ces changements ne s’arrêteront pas, et nous voulons nous y préparer, mieux comprendre la situation et fournir davantage d’outils à l’industrie apicole», a-t-elle indiqué.

«En outre, d’un point de vue scientifique, les abeilles mellifères constituent un organisme modèle très intéressant pour comprendre les maladies, le comportement et les réponses immunitaires comportementales; elles représentent donc également un moyen extraordinaire de mener de la recherche fondamentale», a-t-elle souligné.

Mme Morfin a obtenu une nouvelle subvention à la découverte du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) pour mener ces études, dont elle estime la durée à environ cinq ans.

Danika Strelaeff, étudiante à la maîtrise, souligne qu’il est important de comprendre tous les différents facteurs qui ont une incidence sur les abeilles mellifères afin de les protéger pour l’avenir.

Dr. Nuria Morfin and her team La Dre Nuria Morfin et son équipe de l’Université du Manitoba. (CTV News)

«Les abeilles mellifères sont les pollinisatrices sur lesquelles nous comptons pour les grandes pratiques agricoles; ainsi, si nous parvenons à assurer leur sécurité, nous pourrons assurer celle de notre agriculture», a-t-elle affirmé.

«Je pense qu’il est particulièrement important que nous accordions une grande importance à ces maladies et que nous recherchions des solutions nouvelles et innovantes.»

—  Danika Strelaeff, étudiante à la maîtrise

Charu Sharma, technicienne en recherche apicole à l’Université du Manitoba, souligne que les abeilles mellifères ont un impact non seulement au Canada, mais aussi à l’échelle mondiale.

«On les trouve sur tous les continents sauf en Antarctique; il y fait trop froid pour elles», a-t-elle expliqué.

«Les abeilles mellifères sont des organismes très importants à bien des égards, et ce que j’apprécie particulièrement, c’est qu’elles font partie de la recherche, de l’industrie et de la production alimentaire.»

L’industrie apicole en subit les conséquences

Pour les apiculteurs du Manitoba, la gestion de ces maladies demeure une préoccupation majeure.

Paul Gregory, vice-président de l’Association des apiculteurs du Manitoba et cofondateur d’Interlake Honey Producers à Fisher Branch, à environ 150 kilomètres au nord de Winnipeg, explique qu’il a été difficile de gérer tous les facteurs de stress auxquels les abeilles sont confrontées.

«L’année dernière, nous avons perdu près de la moitié de nos abeilles, et celles qui ont survécu étaient affaiblies», a déclaré M. Gregory. «Nous finirons par retrouver notre effectif de 1200 colonies, mais cela demande beaucoup de travail et engendre des coûts importants, sans compter le stress que cela représente pour mon fils et moi-même.»

«Nous avions d’ailleurs un voisin qui a perdu 90 % de ses abeilles; le stress est donc très présent», a souligné M. Gregory.

Il affirme que les problèmes auxquels font face les abeilles mellifères se sont aggravés ces dernières années.

«C’est frustrant, car les pratiques que nous utilisions il y a deux ou trois ans ne fonctionnent manifestement plus aujourd’hui», a-t-il dit. «Nous devons lutter contre les acariens, mais nous devons faire preuve de prudence.»

Malgré ces défis, M. Gregory estime que les recherches menées par Mme Morfin et son équipe offrent de l’espoir aux apiculteurs.

«Si nous ne parvenons pas à maintenir les abeilles en vie, cela aura des répercussions sur de vastes régions, et nous espérons vraiment que des solutions verront le jour à l’avenir», a-t-il exprimé.