Farine, sucre, œufs, beurre, plastique?
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Des scientifiques du sud de la frontière ont réussi à rendre comestible l’un des derniers ingrédients auxquels les boulangers s’attendraient à trouver dans une recette.
Une équipe de l’Université du Sud de l’Illinois à Carbondale a réussi à transformer du plastique et des déchets agricoles en quelque chose de comestible à l’aide de levure. La recherche, présentée cette semaine à Chicago et dirigée par la NASA, visait à réduire les déchets et à lutter contre la pénurie alimentaire.
Ils ont réussi à programmer la levure pour qu’elle cible les déchets et les convertisse en «protéines comestibles et molécules aromatiques, créant ainsi une gâterie à partir de déchets», ont indiqué lundi des chercheurs en biochimie dans un communiqué de presse.
Qualifiant cette approche de «méthode de survalorisation», ils ont écrit que cette technologie pourrait servir à assurer la survie dans des environnements difficiles, comme les zones sinistrées ou lors de longues missions spatiales. Il s’agit également d’une solution potentielle au problème croissant de la pollution mondiale, ont déclaré les chercheurs.
«Les microbes sont très ingénieux. Nous utilisons donc leurs caractéristiques pour résoudre les problèmes que nous avons créés», a indiqué le professeur agrégé Lahiru Jayakody.
M. Jayakody a affirmé que les scientifiques cherchent des moyens de transformer les produits en plastique usagés.
«Nous nous sommes dit: pourquoi ne pas nous concentrer sur la production d’aliments? Après tout, le plastique est du carbone et la nourriture est du carbone.»
Comment ça fonctionne
Il est possible de convertir en laboratoire le type de plastique couramment utilisé pour fabriquer des bouteilles d’eau en une protéine, à l’aide de produits chimiques, ont expliqué les chercheurs. Mais les chercheurs impliqués dans ce projet ont opté pour une autre solution – qu’ils décrivent comme « plus simple et plus écologique ».
Même si ce procédé est qualifié de «plus simple», il diffère tout de même considérablement des étapes numérotées que l’on retrouve dans une recette de biscuits classique.
Tout d’abord, ils ont décomposé le plastique en polyéthylène téréphtalate (PET) à l’aide de tiges et de feuilles de maïs, ainsi que d’autres matières organiques. Vous trouverez plus d’informations sur cette étape du procédé dans le communiqué de presse.
Ils ont ensuite combiné le PET décomposé avec des levures programmables, capables de transformer les fragments de PET en ingrédients alimentaires. Ces ingrédients comprennent des protéines, des graisses et des acides.
Pour transformer le produit en biscuits, les chercheurs ont ajouté des fibres, de l’amidon et un édulcorant, « puis l’ont extrudé à l’aide d’une imprimante 3D, formant ainsi des biscuits riches en protéines baptisés µBites ».
Test gustatif en attente
Les biscuits sont comestibles, selon les chercheurs qui s’appuient sur leurs données, mais il reste à voir si les gens auraient vraiment envie de les manger.
Ils affirment qu’ils attendent toujours «l’autorisation institutionnelle pour mener des tests gustatifs», mais soulignent que ces collations dégagent une odeur agréable.
C’est loin d’être un éloge dithyrambique, mais ils indiquent que la plupart des participants à leur recherche s’accordent à dire qu’«ils seraient prêts à manger ces biscuits dans des situations où les ressources sont limitées».
Entre-temps, ils cherchent des moyens de transformer ces biscuits en un produit que les consommateurs pourraient consommer dans des circonstances moins extrêmes.
Utilisation de la levure
La levure de boulangerie peut servir à transformer des matières organiques en un composé semblable à l’arôme de vanille, précise le communiqué de presse, tandis qu’un autre type de levure peut transformer le PET en un antioxydant que le corps humain convertit en vitamine A, ce qui signifie que les futurs biscuits pourraient avoir meilleur goût et être meilleurs pour la santé.
L’objectif est de proposer d’ici quelques années un produit disponible «tant sur Terre que dans des environnements plus extrêmes, comme les sous-marins ou même les colonies sur la Lune ou sur Mars», a déclaré M. Jayakody dans le communiqué de presse.
Il a souligné une augmentation prévue de la demande alimentaire mondiale pouvant atteindre 56 % au cours des 25 prochaines années, ce qui, selon les estimations actuelles, exposerait environ 30 % de la population au risque de famine.
«Une façon d’y remédier, je crois, consiste à utiliser des microbes», a-t-il précisé.
Les levures et autres microbes sont depuis longtemps utilisés comme «des usines miniatures pour produire une variété de molécules», ont indiqué les chercheurs dans le communiqué de presse. Ils ont cité l’insuline à titre d’exemple: autrefois extraite du pancréas animal, elle peut désormais être produite par des levures programmées.
Les chercheurs ayant participé à cette étude ont utilisé la levure pour «transformer des molécules présentes dans les déchets plastiques et agricoles en protéines, en vitamines et en arômes».

