Science et nature

Avez-vous fait affaire avec un commerce illégal de plantes sans le savoir?

Plusieurs plantes grasses menacées d’extinctions sont facilement achetables en ligne.

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Tomber dans l'illégalité pour des cactus Des vendeurs asiatiques offrent des plantes rares pour une dizaine ou des milliers de dollars sur des plateformes comme eBay et Etsy.

Dans les dernières années, des centaines de plantes ont tenté de s’infiltrer illégalement au pays. Malgré les nombreux risques environnementaux, bien des Québécois passionnés participent à ce commerce illégal, parfois sans le savoir; un problème facilité par les achats en ligne.

«Certaines personnes m’expliquaient que c’est vraiment facile. Tu tapes ce que tu veux et c’est comme un buffet», explique la doctorante à l’Université de Montréal, Léanne Vincendon.

Léanne vincendon UdeM Une des raisons qui poussent vers ces achats en ligne est le prix compétitif des vendeurs asiatique, selon l'étude de Léanne Vincendon. (Axel Dansereau Macias/Noovo Info)

Dans le cadre de sa maitrise en criminologie, elle a interrogé 14 Québécois ayant importé des plantes illégalement à partir de plateformes en lignes.

En quelques clics, il est possible d’acheter des plantes pourtant protégées par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES).

«Cette demande peut stimuler le braconnage au bout de la chaine», souligne l’étudiante.

Ces espèces végétales généralement originaires d’Afrique du Sud ou d’Amérique centrale sont menacées dans leur milieu naturel. Ces plantes sont arrachées puis envoyées en Asie pour être cultivées ou revendues.

Il faut donc des permis spécifiques pour en faire de l’exportation ainsi que des preuves que les plantes sont cultivées en serres. Et ces papiers ne sont que rarement fournis en ligne.

La majorité des personnes ayant répondu à l’étude sont conscientes que leur achat pourrait être intercepté aux douanes. Or, «aucun n’a reçu d’amende ou a vu son colis intercepté», affirme Léanne Vincendon.

Permis frauduleux

Dans les cinq dernières années, «655 espèces végétales protégées ont été retenues ou saisies», selon Environnement et Changement climatique Canada. La majorité «était des cactus ou des plantes succulentes».

Ce chiffre ne représente toutefois que les plantes interceptées; le nombre réel reste inconnu.

«Les plantes sont généralement sous-représentées par rapport aux animaux qu’on dit charismatiques comme les éléphants. Les conséquences sont pourtant similaires au commerce illégal d’animaux.»

—  Léanne Vincendon, doctorante à l'UdeM

À la fin de 2024, une vingtaine de plantes ont été hébergées au Jardin botanique de Montréal, après avoir été interceptées à la frontière.

À l’exception de ce genre de saisie, l’institution n’accepte pas les dons ou les plantes sans papiers, ajoute Alain Cuerrier, ethnobotaniste et chercheur au Jardin botanique: «C’est un vrai enjeu. Il faut savoir si le vendeur a les permis pour en faire la récolte.»

Alain Cuerrier L'expert déconseille aux individus d’acheter une plante sur la liste de la CITES. (Axel Dansereau Macias/Noovo Info)

Même avec les papiers nécessaires et de bonnes intentions, il est difficile de remonter la chaine du produit.

«J’ai déjà reçu deux paquets de 500 grammes de racines qui provenaient de deux pays différents, mais avec un seul certificat d’origine. Deux provenances, mais un seul papier... il y avait clairement de la fraude», raconte le chercheur.

Le scientifique estime qu’il faut mieux éduquer sur l’importance des permis autour des plantes et ne pas hésiter à demander des preuves de droit d’exportation aux vendeurs.

L’expert rappelle que n’importe quelle plante nécessite une permission à l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). «Il y a des risques de ramener des parasites. S’il reste de la terre, ça ne passera pas les douanes.»

Engouement, passion et illégalité

La page Facebook Cactus et succulentes du Québec cumule plus de 17 000 personnes et une moyenne de 6 publications par jour.

page facebook cactus et succulentes du Québec La page Facebook existe depuis 2017. (Facebook)

Cet engouement s’étend aussi à l’échelle du pays. En une année, le Canada a importé de façon légale près de 450 000 cactus vivants protégés par la CITES (selon sa propre base de données).

Ce volume important provenant probablement de plants poussés en serres, ne sont toutefois pas suffisants pour la demande des passionnés.

L’étude de Léanne Vincendont publiée dans People and Nature rapporte que les personnes interrogées voient un avantage financier à acheter en ligne : «Ça peut couter moins cher de se tourner vers un vendeur chinois.»

Parmi les résultats contre-intuitif, plus de la moitié des participants disaient avoir d’importantes valeurs environnementales.

Une donnée qui ne surprend pas Alain Cuerrier, qui a déjà vu des horticulteurs passionnés tentés par l’illégalité. «On veut vraiment terminer sa collection. C’est facile de tomber dans le piège de se dire: “ce n’est qu’une ou deux plantes”», conclut-il.