Les Québécois et les Québécoises sous-estiment grandement les risques liés au virus du papillome humain (VPH), selon un récent sondage Merck Canada/Ipsos publié à l’aube de la Semaine de prévention du VPH.
Les données révèlent d’importantes lacunes au sein de la population, particulièrement chez les jeunes adultes, alors que ce virus est pourtant l’infection transmissible sexuellement (ITS) la plus fréquente.
Parmi les faits saillants de l’enquête, on note qu’à peine 5% des répondants savent que 75% de la population contractera un VPH au cours de sa vie. «Le VPH, c’est une grande famille de virus ; il y a plus de 200 membres dans cette famille», a expliqué à Noovo Info le Dr Marc Steben, médecin de famille spécialisé en santé sexuelle et en santé publique.

S’il est vrai que, dans la majorité des cas, une infection au VPH passe inaperçue et disparaît d’elle-même, certains types de virus peuvent néanmoins entraîner des verrues génitales ou être associés à différents cancers.
Ce dernier fait est d’ailleurs peu connu de la population québécoise : moins de la moitié des répondants (43%) associent le VPH au cancer du col de l’utérus, et seulement 31% font le lien avec les cancers du vagin et de la vulve. Chez les jeunes adultes, ce taux atteint à peine 27%.
«C’est la réponse immunitaire qui fait qu’on garde le virus. Une fois qu’on l’a, on a signé un mauvais contrat avec le VPH : toute notre vie, on est à risque de développer un cancer.»
— Le Dr Marc Steben, médecin spécialisé en santé sexuelle
9 types de cancer, un seul pouvant être dépisté
Le virus du papillome humain (VPH) peut causer 9 types de cancer : col de l’utérus (le VPH en est la cause presque 100 % du temps), l’anus, le vagin, la vulve, le pénis, l’oropharynx, la bouche, le larynx et les sinus.
«Un seul de ces cancers peut être détecté par un dépistage, celui du col de l’utérus, et il est grandement négligé», a fait savoir le Dr Marc Steben. «C’est un test franchement détesté par les femmes».
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Depuis peu, le test Pap est graduellement remplacé, dans les cliniques et les hôpitaux, par le test VPH comme premier outil de dépistage du col de l’utérus. Le test VPH permet un dépistage plus sensible et moins fréquent.
Selon les données du ministère de la Santé et des Services sociaux, en date du 15 juin dernier, toutes les régions du Québec, sauf Montréal, avaient le test VPH «disponible en tant que test de dépistage primaire».
Pour les autres types de cancers liés au VPH, les gens doivent croiser les doigts pour qu’un professionnel de la santé reconnaisse les signes et les symptômes précoces de la maladie. «Une détection précoce permet de faire des traitements ou des chirurgies localisés, sans avoir besoin de chirurgies destructrices», a affirmé le Dr Steben. «Lorsqu’une personne a un cancer de la vulve, où il faut enlever la vulve et la refaire avec de la peau qui vient des cuisses et des fesses, je peux vous dire que ça change une vie.»
Vers un test VPH à domicile ?
Le Dr Marc Steben déplore d’ailleurs que le gouvernement du Québec tarde à rendre disponible le test VPH à domicile.
«Les femmes pourraient le faire elles-mêmes. Dans plusieurs pays, la trousse est disponible à la pharmacie, dans des centres de santé, des centres communautaires ou en la faisant venir à domicile», explique le médecin. «Mais au Québec, je ne sais pas pourquoi, on pense que les femmes ne peuvent pas trouver leur vagin pour mettre le Q-tips.»
Avec le test VPH, seules les femmes positives au virus auront besoin d’un suivi médical. «On parle alors d’une économie en termes de visite chez le médecin et de visite chez les spécialistes», plaide le Dr Steben. «J’aimerais ça que quelqu’un se réveille pendant la campagne électorale pour dire “Moi je vous le promets, on va avoir le test VPH d’ici la fin de l’année”. Il n’y a pas de raison qu’on ne l’ait pas.»
Sur son site Web, le ministère de la Santé et des Services sociaux indique que, pour le moment, «seule la trousse d’autoprélèvement sous supervision, de la compagnie Roche Diagnostics, est homologuée au Canada». Avec ce test, la patiente reçoit des directives d’un professionnel de la santé et effectue le prélèvement vaginal elle-même, mais en milieu clinique.
«Des travaux sont en cours pour la validation clinique de trousses d’autoprélèvement à domicile avec des médecins chercheuses et chercheurs du réseau de la santé et des services sociaux», précise le MSSS.
Comment réduire les risques face au VPH
Il est important de savoir que le VPH peut toucher tout le monde, les femmes comme les hommes, peu importe leur orientation sexuelle. «Tout le monde est à risque à partir du moment où l’on a des relations sexuelles avec plus d’une personne, ou si la seule personne avec qui l’on a eu une relation sexuelle en a eu d’autres auparavant», explique le Dr Steben.
Autre élément important : de nombreuses personnes infectées ne présentent aucun symptôme. Elles peuvent donc transmettre le virus sans savoir qu’elles en sont porteuses. Le VPH se transmet principalement lors de contacts sexuels impliquant un contact de peau à peau.
Comme le VPH est très répandu, il n’est pas toujours possible d’éviter complètement une infection. Certaines habitudes peuvent toutefois aider à réduire le risque de transmission, comme l’utilisation d’un condom ou d’une digue dentaire lors des rapports sexuels, la limitation du nombre de partenaires et l’évitement du tabagisme (le système immunitaire peut être affaibli par le tabac et moins bien combattre les virus).
Le sondage Merck Canada/Ipsos sur le VPH indique d’ailleurs que si 91% des gens connaissent au moins un moyen de réduire les risques de contracter le virus, seulement 39% affirment qu’il est très probable qu’ils prennent des mesures concrètes pour se protéger.
Enfin, il faut savoir qu’avoir contracté le VPH n’est pas nécessairement un signe d’infidélité. «Une femme chez qui on détecte un VPH trente ans après le début de sa relation monogame avec son partenaire, ce n’est pas une preuve d’infidélité, c’est une preuve, peut-être, des souvenirs du cégep», a souligné le Dr Marc Steben.
La vaccination : une protection efficace
Le vaccin contre le VPH est offert gratuitement au Québec aux jeunes filles de 4e année du primaire depuis 2008. Les garçons ont été inclus au programme de vaccination québécois contre le VPH en 2016. Le vaccin est offert à l’école, de façon volontaire, et l’autorisation du parent est requise.
Pour ceux et celles qui n’auraient pas reçu le vaccin au primaire, pour différentes raisons, il est à nouveau offert en 3e secondaire. Cette fois, l’approbation des parents n’est pas nécessaire. «Au Québec, à partir de 14 ans, les jeunes peuvent décider eux-mêmes de leur consentement en matière de soins de santé », a souligné mercredi à Noovo Info la Dre Chantal Sauvageau, médecin spécialiste en immunisation à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), précisant qu’une décision «familiale» est toujours souhaitée.

Les données de l’INSPQ dévoilent qu’après la vaccination au primaire, la couverture vaccinale contre le VPH atteint environ 80% des jeunes au Québec. Après le vaccin offert au secondaire, ce taux atteint environ 90%.
Le vaccin contre le VPH est aussi gratuit au Québec pour les personnes de 20 ans et moins. Il suffit de prendre rendez-vous via le portail Clic Santé.
«C’est gratuit aussi, jusqu’à 45 ans, pour ceux et celles qui sont à risque de complications liées au VPH, comme les personnes immunosupprimées ou celles atteintes du VIH. Les chances que l’infection au VPH évolue vers des précancers et des cancers sont plus grandes chez ces personnes», a expliqué la Dre Sauvageau.
En 2024, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) avait ouvert un programme de vaccination temporaire contre le virus du papillome humain visant les adultes en bonne santé âgés de 21 à 45 ans. Le vaccin était alors offert gratuitement afin d’éviter la perte de doses qui allaient périmer au cours des mois et des années suivantes.
Environ 150 000 doses du vaccin CervarixMD étaient alors disponibles. Questionnée par Noovo Info, Santé Québec a indiqué par courriel que 65 133 doses du vaccin ont été administrées depuis le 15 octobre 2024. «Cette mesure est toujours en vigueur. Des doses sont encore disponibles en petite quantité sur le territoire québécois», a-t-on ajouté.
Le Dr Marc Steben s’explique mal pourquoi les gens hésitent à se faire vacciner contre le VPH. «S’il existait un vaccin contre le cancer du sein ou du poumon, il y aurait des files d’attente autour des pharmacies ou des cliniques», a-t-il mis en lumière.
La Dre Sauvageau abonde dans le même sens et souligne que les études scientifiques menées sur le vaccin, tant pour l’efficacité que l’innocuité ou la sécurité, sont positives. «Ce sont des vaccins qui ont fait l’objet de nombreuses études, non seulement par les fabricants, mais aussi par des organisations de recherche, comme l’INSPQ au Québec ou des équipes aux États-Unis et en Australie. Les résultats montrent, au-delà des attentes, que ce sont vraiment des vaccins qui fonctionnent très bien.»
La Dre Chantal Sauvageau souligne que les cas de cancer liés au VPH surviennent souvent plus tard dans la vie et que les impacts de la vaccination à ce sujet seront visibles dans quelques années. Déjà, les professionnels remarquent une très forte diminution des cas d’infections et de lésions, qui représentaient auparavant une raison de consultation majeure dans les cliniques jeunesse ou d’ITSS. «Il n’y en a pratiquement plus.»
Le Dr Steben et la Dre Sauvageau défont aussi un mythe persistant au sein de la population : parmi les personnes hésitantes face au vaccin, 16% (et 23% des 18-24 ans) croient que le fait de ne pas être actif sexuellement justifie le refus de la vaccination.
«C’est là en fait que la vaccination entre en jeu : quelqu’un qui reçoit le vaccin est plus apte à combattre le virus», a souligné la médecin spécialiste en immunisation. «On vaccine les jeunes avant le début de leur activité sexuelle parce que c’est là qu’on obtient les bénéfices maximaux.»
«Tu veux avoir des relations sexuelles pour le plaisir, pas pour avoir de multiples rendez-vous chez le médecin. Le vaccin évite bien des biopsies et bien des brûlures, ce qui n’a rien d’agréable», a pour sa part conclu le Dr Steben.
