La carence en fer touche davantage de personnes que toute autre carence en micronutriments, selon l’American Society of Hematology. Or, bon nombre d’entre elles vivent avec de la fatigue, une faiblesse, un brouillard cérébral et d’autres symptômes pendant des mois, voire des années, avant que leur carence ne soit détectée.
Près d’un tiers des adultes aux États-Unis pourraient souffrir d’une carence en fer, selon une étude de 2024. Et le dépistage systématique chez les enfants et les femmes enceintes — qui présentent un risque élevé — pourrait passer à côté de plus de 70% des cas.
Certaines personnes sur internet s’autodiagnostiquent, citant les cernes sous les yeux et la pâleur de la peau comme preuves de leur carence en fer. Les influenceurs des médias sociaux appellent ce phénomène le «visage de la ferritine», du nom d’une protéine qui stocke cet élément dans l’organisme.
La carence en fer est courante, répandue et sous-diagnostiquée, selon la Dre Ariela Marshall, professeure agrégée de médecine à l’Université du Minnesota. De nouvelles recommandations diagnostiques, publiées en septembre par l’ASH, visent à garantir qu’un plus grand nombre de patients bénéficient d’un traitement précoce.
La différence entre la carence en fer et l’anémie
L’anémie est une affection qui survient lorsqu’il n’y a pas suffisamment de globules rouges pour transporter l’oxygène vers les organes et les tissus de l’organisme. Les patients atteints d’anémie peuvent se sentir fatigués, avoir des étourdissements ou être essoufflés; ils peuvent également présenter des palpitations cardiaques, avoir les mains et les pieds froids, la peau pâle, les ongles cassants ou souffrir de perte de cheveux.
L’anémie est souvent causée par un manque de fer, qui soutient les fonctions cérébrales et musculaires et sert à fabriquer l’hémoglobine, la molécule qui transporte l’oxygène dans le sang. Stocké dans la protéine appelée ferritine, le fer est mobilisé pour fabriquer l’hémoglobine dans les nouveaux globules rouges. Lorsque le taux de ferritine est bas, cela signifie qu’il n’y a pas suffisamment de fer disponible pour produire des globules rouges, ce qui peut entraîner une anémie.
Cependant, une carence en fer peut provoquer les mêmes types de symptômes sans affecter le taux d’hémoglobine ni le nombre de globules rouges. Un faible taux de fer peut également causer le syndrome des jambes sans repos et le pica — une envie irrésistible de consommer des substances non comestibles telles que la glace ou l’argile. (Les médecins ne savent pas exactement pourquoi; cela pourrait indiquer que l’organisme cherche à puiser du fer dans l’environnement.)
C’est «une idée fausse courante» de croire qu’une carence en fer sans anémie ne peut pas entraîner de symptômes, «et c’est une idée que nous devons absolument corriger», a expliqué la Dre Marshall.
Les analyses sanguines standards qui comptent le nombre de globules rouges d’une personne ne permettent pas de détecter une carence en fer qui n’a pas encore évolué vers l’anémie.
«Les symptômes d’une carence en fer peuvent être très subtils, ou ils peuvent être attribués à de nombreuses causes différentes», a indiqué la Dre Jacquelyn Powers, chef de la section d’hématologie au Texas Children’s Hospital et auteure principale des lignes directrices de 2026. «Les professionnels de la santé ne pensent pas toujours: “Je dois vérifier les analyses de fer.”»
Ce que prévoient les nouvelles lignes directrices sur le dépistage
La quantité de fer dans le sang d’une personne ne permet pas d’établir un diagnostic précis de carence, car elle varie en fonction de ce qu’elle a mangé et du moment où elle s’est alimentée. Les tests de ferritine constituent la norme de référence pour évaluer les niveaux de fer, selon la Dre Powers. Mais jusqu’à présent, il n’existait pas de seuil de résultats unique et consensuel permettant de déterminer qui souffre d’une carence en fer.
L’Organisation mondiale de la santé recommande d’utiliser une concentration de ferritine inférieure à 15 ng/mL pour diagnostiquer une carence en fer chez les enfants d’âge scolaire et les adultes. Mais des chercheurs ont remis en question ce calcul, craignant qu’un seuil aussi bas ne passe à côté de nombreuses personnes dont les réserves de fer sont supérieures à cette valeur, mais restent néanmoins insuffisantes.
Certains laboratoires d’analyses sanguines utilisent des seuils encore plus bas, ce qui signifie que les résultats de certains patients peuvent être considérés comme «normaux» même si leurs taux de ferritine sont très faibles.
Les nouvelles lignes directrices de l’ASH fixent à 20 ng/mL ou moins le seuil approprié pour les enfants, à 30 ng/mL pour la plupart des adultes, et à 50 ng/mL ou moins pour les personnes présentant des saignements menstruels abondants ou d’autres facteurs de risque, tels qu’un régime végétalien ou l’utilisation à long terme d’antiacides pour traiter le reflux. Pour les adultes présentant des troubles inflammatoires, la nouvelle limite est fixée à 100 ng/mL, et le groupe recommande un test supplémentaire, appelé saturation de la transferrine.
«L’un des objectifs de ces lignes directrices était de souligner pourquoi il est important de dépister la carence en fer — que le patient soit anémique ou non —, car il existe des interventions permettant de prévenir des complications ultérieures et de traiter des symptômes plus subtils», a indiqué la Dre Powers.
Qui devrait subir un dépistage?
Les personnes souffrant d’une carence en fer peuvent présenter «toute une gamme de symptômes, allant de la fatigue et de l’épuisement au brouillard cérébral ou à des troubles de la concentration, en passant par l’envie de mâcher des choses comme de la glace», a rapporté la Dre Marshall. «Une personne peut présenter tous ces symptômes. Elle peut n’en présenter qu’un seul. Elle peut ne pas en présenter du tout.»
Des publications sur les médias sociaux affirment que les signes d’une carence en fer, notamment un teint pâle, la perte de cheveux et la peau sèche, sont identifiables sous le nom de «visage de la ferritine». Mais les Dre Powers et Dre Marshall se sont montrées sceptiques quant à la possibilité de diagnostiquer une carence en fer à partir d’un selfie.
Bien que certaines personnes suivant un régime alimentaire restrictif puissent avoir de la difficulté à consommer suffisamment de fer chaque jour, Mme Marshall a précisé que ce n’était généralement pas la cause de la carence aux États-Unis. Les causes les plus courantes sont les pertes de sang et les troubles digestifs.
Les femmes sont plus susceptibles que les hommes de souffrir d’une carence en fer en raison des pertes de sang liées aux menstruations. Les femmes qui ont des règles abondantes y sont particulièrement exposées.
Les enfants et les femmes enceintes courent également un risque plus élevé de carence en fer, car ils en ont grandement besoin pour leur croissance et leur développement. Les taux de carence en fer chez les femmes enceintes augmentent à chaque trimestre, selon la Dre Powers.
Les personnes atteintes de troubles gastro-intestinaux chroniques, tels que le syndrome du côlon irritable et la maladie cœliaque, peuvent ne pas être en mesure d’absorber suffisamment le fer qu’elles tirent de leur alimentation. Une carence peut également résulter d’une perte de sang gastro-intestinale, ce qui peut constituer un signe précoce de cancer du côlon.
Les athlètes d’endurance ont des besoins en fer plus élevés que la plupart des gens; ils sont donc également plus susceptibles de souffrir d’une carence. L’un des signes de carence est l’incapacité de s’entraîner aussi intensément qu’auparavant.
«Si une personne mange bien, dort bien et “fait tout ce que l’on associe à une santé optimale”, mais qu’elle est tout de même très fatiguée, alors je pense qu’il est tout à fait raisonnable de vérifier son taux de ferritine», a souligné la Dre Powers. «C’est un test simple, et il existe une intervention facile.»
La prise de suppléments de fer par voie orale peut soulager les symptômes en quelques semaines ou quelques mois. Si cette mesure s’avère efficace, cela signifie qu’une carence en fer contribuait à vos problèmes de santé. Mais il est important de consulter votre médecin pour déterminer pourquoi vos taux de fer étaient bas au départ, selon la Dre Marshall.
