Santé

Le virus Shamonda détecté chez un humain: tout ce qu’il faut savoir

Le virus Shamonda, de la famille des orthobunyavirus, est diffusé par des petits insectes piqueurs, comme des moucherons du genre culicoïdes.

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Sur cette photo prise le 20 avril 2020, une femme portant un masque de protection regarde son téléphone lors d'un confinement national pour lutter contre le COVID-19, à Paris. Sur cette photo prise le 20 avril 2020, une femme portant un masque de protection regarde son téléphone lors d'un confinement national pour lutter contre le COVID-19, à Paris. (AP Photo/Francois Mori)

Que sait-on du virus Shamonda, détecté pour la première fois chez un être humain, un patient français sévèrement immunodéprimé décédé début octobre, selon les autorités françaises?

Qu’est-ce que ce virus?

Le virus Shamonda, de la famille des orthobunyavirus, est diffusé par des petits insectes piqueurs, comme des moucherons du genre Culicoïdes. Il circule depuis des décennies chez des animaux d’élevage, les bovins étant considérés comme les hôtes principaux, et on le considérait jusqu’ici comme non transmissible aux humains.

Ce virus a été détecté pour la première fois au Nigeria au milieu des années 1960 et signalé de manière sporadique chez les bovins en Afrique de l’Ouest, de l’Est et australe, ainsi qu’au Japon, expliquent les ministères français de la Santé et de l’Agriculture.

Pour les bovins, les symptômes principaux sont diarrhée aiguë, fièvre, abattement et baisse de production laitière.

La maladie n’est pas réglementée et des questions persistent notamment sur les effets à long terme sur la fertilité des animaux, avec des avortements, ou des malformations ultérieures.

Quand est-il arrivé en France?

Le virus a été identifié pour la première fois en Europe, dont en France, fin juillet, et s’est depuis rapidement répandu.

Selon le dernier bilan hebdomadaire de l’ESA (épidémiosurveillance en santé animale), 14 pays d’Europe de l’Ouest sont touchés.

En France, le virus circule dans 52 départements chez les bovins et, dans une moindre mesure, chez les ovins dans deux départements et les équins dans un département.

Le virus détecté en Europe constitue cependant une «nouvelle combinaison génétique», très proche «des virus nigériens», mais «nouveau», a détaillé lors d’une conférence de presse Jean-Luc Guérin, professeur à l’École nationale vétérinaire de Toulouse.

«On ignore comment il a émergé, par quelles voies il a pu circuler», a-t-il ajouté.

Comment s’est-il transmis à un humain?

Le patient, un homme décédé après avoir été pris en charge à Lyon (centre-est), constitue «la première détection documentée et rapportée du virus chez l’être humain».

Pour l’heure, l’hypothèse retenue pour expliquer la transmission est celle d’une contamination vectorielle, par la piqûre d’un moucheron de type culicoïde dans l’est de la France.

L’homme souffrait d’une maladie «très très très grave» et d’une «immunodépression très sévère», a détaillé Grégory Emery, directeur général de la Santé, pendant la même conférence.

Des recherches sont menées notamment pour savoir «en quoi son état clinique et son absence de défense immunitaire ont permis l’infection», a ajouté ce médecin de profession.

D’ailleurs, les investigations cliniques actuellement disponibles «ne statuent pas en termes d’imputabilité sur la cause du décès».

Y a-t-il un risque sanitaire?

Aucun risque sanitaire pour la «population générale» n’est identifié à ce jour, au regard des connaissances disponibles, insistent les autorités.

À ce stade, le virus détecté «n’a pas muté» par rapport à celui apparu cet été en Europe chez les animaux, a précisé le Dr Emery.

Et «aucun élément épidémiologique (ne) laisse à penser qu’il passe d’un humain à un humain», a-t-il indiqué, la contamination semblant plutôt «liée à la forte immunodépression du patient».

La spécificité du cas du patient «ne peut pas permettre de tirer des conclusions sur la population générale ni même sur la population immunodéprimée», a voulu rassurer le médecin.

De même, pas de risque identifié pour la santé des agriculteurs dont les animaux peuvent être contaminés.

Cette première détection chez l’humain souligne toutefois «l’importance de la surveillance des infections émergentes», notamment «celles susceptibles d’affecter le cerveau», a insisté le professeur de neurologie Tom Solomon, directeur de «The Pandemic Institute» à Liverpool (Royaume-Uni) et de l’Unité de recherche britannique consacrée aux infections émergentes et zoonotiques, dans une réaction à l’organisme britannique Science Media Center (SMC).

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) est «en contact avec les autorités françaises, qui recueillent actuellement des informations pour mieux comprendre la source d’infection chez le premier patient humain, les voies de transmission possibles et tout risque potentiel pour la santé publique», a indiqué sur X son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus.