Santé

Une perfusion contre la maladie d’Alzheimer administrée pour la première fois au Canada

Le Canada est le dernier des pays du G7 à approuver le lécanemab. Toutefois, ce médicament n’a pas encore reçu de recommandation de financement de la part de l’Agence des médicaments du Canada.

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Canada Alzheimer's treatment Sharon Runge et son mari Dallard Runge, à gauche, discutent avec le Dr Sara Mitchell (à droite), neurologue cognitive à l'hôpital Sunnybrook. (Ryan Dawson, CTV News)

Sharon Runge est devenue la première patiente de l’histoire du Canada à recevoir une perfusion d’un médicament contre la maladie d’Alzheimer récemment approuvé par Santé Canada.

Ce texte est une traduction d’un contenu de CTV News.

«C’est un moment historique pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et leurs familles au Canada, car nous avons pu intervenir de manière significative dans cette maladie», explique la neurologue cognitive, la Dre Sara Mitchell.

Le Canada est le dernier des pays du G7 à approuver le lécanemab, un anticorps monoclonal qui élimine les plaques amyloïdes nocives du cerveau et qui a démontré qu’il ralentissait la progression de la maladie d’environ 30 %.

«Les données à long terme nous indiquent désormais que la prise de ce médicament pendant quatre ans permet de prolonger d’un an la période d’autonomie.»

—  Dre Sara Mitchell, neurologue cognitive

Les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer à travers le pays sont confrontées à une dépendance accrue vis-à-vis de leurs proches. Ce médicament promet une indépendance prolongée.

Pour M. Dallard, le mari de Mme Runge, le médicament nouvellement approuvé lui donne l’espoir que lui et sa femme recevront le cadeau le plus précieux de la vie: le temps.

«Au cours de la dernière année, Sharon a reçu un diagnostic d’Alzheimer. J’espère que ce médicament retardera un peu la progression de la maladie pour nous. Plus nous passerons de temps ensemble, plus nous partagerons de moments de bonheur», confie M. Dallard.

Bien que le médicament ait été approuvé par Santé Canada, il n’a pas encore reçu de recommandation de financement de la part de l’Agence des médicaments du Canada. Les agences provinciales de santé à travers le pays n’ont pas encore prévu la prise en charge du lécanemab.

Les familles comme celle des Runge doivent donc assumer elles-mêmes le coût total des perfusions. Le coût d’une perfusion bihebdomadaire pendant un an est d’environ 32 000 dollars, mais le prix varie en fonction du poids de la personne.

«Nous espérons que tous les Canadiens pourront avoir un accès égal à ce médicament, et cela nécessite le soutien du gouvernement», soutient la Dre Mitchell, soulignant qu’«il y a des gens que vous voyez tous les jours dans la rue qui sont atteints de cette maladie et qui veulent continuer à vivre de manière autonome. C’est à eux que ce médicament est destiné.»

Il y a eu une certaine opposition de la part du public, qui s’insurge contre l’idée que les contribuables financent ce médicament coûteux. Interrogé à ce sujet, M. Dallard répond: «Je leur dirais de se mettre à notre place». Il ajoute qu’il aurait seulement souhaité que sa femme puisse recevoir ce médicament plus tôt.

Sharon a commencé à présenter les premiers symptômes il y a quatre ans. Les médecins sont catégoriques : une intervention précoce est essentielle, car le médicament peut aider à prolonger la qualité de vie des patients.

Les protéines problématiques qui peuvent en partie conduire à la maladie d’Alzheimer peuvent s’accumuler dans le cerveau des décennies avant l’apparition des symptômes. La prochaine étape consiste à tester si le médicament peut compenser la maladie chez les patients asymptomatiques qui présentent des plaques nocives dans leur cerveau, mais qui ne présentent encore aucun symptôme.

Quelques instants avant de recevoir la première perfusion de l’histoire du Canada, Sharon a confié à CTV National News qu’elle avait du mal à comprendre son diagnostic.

«Dans ma vie quotidienne, je me sens bien», dit-elle avec un sourire. Son mari explique que la mémoire à court terme de sa femme s’est lentement détériorée depuis plusieurs années.

Sa mémoire lui fait parfois défaut, mais ses pensées et son dévouement envers ses enfants et son mari sont toujours aussi présents. « J’ai tellement de chance de l’avoir rencontré », dit-elle à propos de son mari, « il est la chose la plus importante dans ma vie ».

Les Runge ont désormais l’espoir que leur vie amoureuse ensemble sera prolongée.