Santé

Une chirurgie cardiaque complexe avec une technique inédite à l'Hôpital du Sacré-Cœur

Un patient qui souffrait d’une arythmie a été le tout premier cas au Canada à bénéficier d’une technique de chirurgie d’avant-garde.

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Le Dr Alexios Hadjis, électrophysiologiste, pose pour une photo après avoir réalisé avec succès, pour la première fois au Canada, une ablation cardiaque sur un patient souffrant d'arythmie à l'aide d'un cathéter spécial équipé d'un capteur, à l'Hôpital Sacré-Cœur, à Montréal, le mercredi 25 mars 2026. Le Dr Alexios Hadjis, électrophysiologiste, pose pour une photo après avoir réalisé avec succès, pour la première fois au Canada, une ablation cardiaque sur un patient souffrant d'arythmie à l'aide d'un cathéter spécial équipé d'un capteur, à l'Hôpital Sacré-Cœur, à Montréal, le mercredi 25 mars 2026. (Christopher Katsarov)

Nouvelle innovation en chirurgie cardiaque. Un patient qui souffrait d’une arythmie — qu’il n’était pas possible de traiter avec les techniques standards — a été le tout premier cas au Canada à bénéficier d’une technique de chirurgie d’avant-garde. Il a été opéré mercredi par une équipe spécialisée en électrophysiologie de l’Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal.

L’intervention chirurgicale, à laquelle La Presse Canadienne a assisté, a été décrite comme un succès par le maître d’œuvre, le Dr Alexios Hadjis, cardiologue électrophysiologiste à l’Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal. «On est très content [...] tout ça n’aurait pas pu être réalisé sans l’effort des équipes», a commenté en sortant de la salle d’opération le Dr Hadjis, une sommité dans son domaine.

Durant la procédure, il a utilisé un cathéter spécial pour lequel il a obtenu une autorisation exceptionnelle de la part de Santé Canada. Le cathéter combine deux technologies d’ablation, par champ pulsé et par radiofréquence, ce qui permet de brûler des zones du cœur responsables de l’arythmie qui étaient jusqu’alors inaccessibles avec les techniques standards.

Normalement, pour ce type de problème au cœur, le médecin va cautériser par radiofréquence. Mais les lésions au cœur du patient n’étaient pas assez profondes pour pouvoir procéder ainsi.

Le Dr Hadjis explique que l’athymie du patient était en forme de cercle et qu’une partie du cercle était inaccessible en raison des pontages que l’homme a subis dans les années 1990. Parmi les autres options de traitement, il y a la radiothérapie, mais cela n’est pas sans risque, dit-il.

Des biocapteurs afin d'avoir des données en temps réel La médecine d’aujourd’hui permet de suivre en continu des signes vitaux comme le rythme cardiaque ou la pression artérielle. Mais pour les marqueurs comme le glucose, les hormones ou les médicaments, il est plus complexe d’avoir des données en temps réel.

«Donc cette nouvelle approche avancée, et qui va peut-être devenir le standard dans un future proche, c’est d’atteindre la partie extérieure du cœur, l’épicarde, en brûlant à l’intérieur du cœur», résume le spécialiste.

Concrètement, l’équipe médicale a fait une ablation de tachycardie ventriculaire. Il s’agit d’un type d’arythmie qui va provoquer des battements du cœur anormalement rapides et qui est mortelle lorsque non traitée. «Avec cette nouvelle technologie qui est en train d’être développée, on a été capable de faire une carte précise de son arythmie et atteindre la partie critique de son arythmie, décrit le Dr Hadjis. Même en salle (d’opération), on a réussi à arrêter l’arythmie lors de l’ablation, et à la fin de l’intervention, il n’y avait aucune arythmie inductible. C’est toujours très satisfaisant. Globalement, ça a très bien été. On est très contents pour le patient d’avoir éliminé ce problème.»

L’intervention chirurgicale n’était pas invasive, le médecin passant par l’aine pour atteindre le cœur. Le travail de l’équipe de professionnels va lui redonner une qualité de vie, car l’homme recevait régulièrement des chocs de son stimulateur cardiaque défibrillateur. «Le patient, malheureusement, recevait des chocs récidivants et des traitements des thérapies de son défibrillateur à répétition, malgré un traitement médical maximal. Donc le but — évidemment, il va avoir le défibrillateur au cas où — mais on veut qu’il arrête de faire des arythmies malignes, pertes de connaissance ou des chocs de son défibrillateur», explique le Dr Hadjis.

Les chocs du stimulateur cardiaque sont très douloureux, précise-t-il. Certains patients vont même développer un trouble de stress post-traumatique. «Vous pouvez imaginer, vous sentez comme si c’est une bombe, que votre cœur est en train d’arrêter. Le choc, ce n’est pas subtil. Ça peut être assez traumatique», fait valoir Dr Hadjis.

La chirurgie dépasse les médicaments

Les besoins en électrophysiologie explosent au Québec, affirme Judith Bérubé, coordonnatrice clinico-administrtaive du programme de santé cardiovasculaire et respiratoire à l’Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal.

Les indicateurs cliniques changent à mesure que les technologies évoluent. Mme Bérubé, qui cumule plus de 20 ans d’expérience comme infirmière spécialisée en cardiologie, souligne qu’il y a une trentaine d’années, on donnait beaucoup de médicaments pour les arythmies, mais cela avait des effets secondaires importants.

À cette époque, brûler les zones du cœur responsables de l’arythmie était pratiqué en dernier recours. «De nos jours, c’est l’inverse», dit-elle. Ce type d’intervention chirurgicale améliore la qualité de vie et diminue la progression de la maladie. «L’ablation est maintenant plus sécuritaire que les médicaments», soutient Mme Bérubé.

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Pour le patient septuagénaire, aucune autre option thérapeutique n’était envisageable, ce qui a justifié que Santé Canada donne son feu vert pour la procédure, en plus des études cliniques existantes.

Dans un courriel, Santé Canada spécifie que «si cette chirurgie suscitait un intérêt généralisé, l’instrument utilisé dans cette intervention devrait être homologué pour la vente par Santé Canada» et que «le Programme d’accès spécial n’a pas pour objectif de faciliter une mise en marché précoce».

Selon la compagnie Abbott, qui est derrière la nouvelle technologie, le cathéter qui combine le champ pulsé et la radiofréquence pourrait être accessible à court terme, d’ici quelques années, si tout va bien. Il a déjà été approuvé en Europe et il est en voie de le devenir très prochainement aux États-Unis.

Katrine Desautels

Katrine Desautels

Journaliste