Une centaine de projets de recherche sont arrêtés à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, après que quatre laboratoires ont été endommagés par une inondation la semaine dernière, une conséquence notamment attribuable à la vétusté du bâtiment.
En point de presse jeudi à Québec, Québec solidaire (QS) a dénoncé l’inaction du gouvernement Legault dans le projet de rénovation de l’Institut Douglas. En 2020, le gouvernement annonçait que cet établissement allait être modernisé, mais il est depuis resté à l’étape de projet à l’étude.
Alejandra Zaga Mendez, porte-parole de QS en matière de finances et députée de Verdun, arrondissement où se trouve l’Institut Douglas, a imploré le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) d’accélérer les choses pour que le projet passe «le plus vite possible» à l’étape de planification, puis à la réalisation des travaux.
«Nous sommes ici pour demander une seule chose: accélérer rapidement le projet de modernisation pour l’Institut Douglas. On ne peut plus attendre. C’est une crise qui est vécue sur le terrain», a dénoncé Mme Zaga Mendez.
Son collègue Guillaume Cliche-Rivard, porte-parole de QS en matière de santé, a martelé qu’il veut une date de début des travaux. «Ce qu’on veut, c’est un échéancier clair, une réponse claire, un engagement financier, une date de début de reconstruction, parce que ça suffit, tonne-t-il. On ne peut plus vivre dans ces conditions. Les patients, les patientes, les travailleurs, les travailleuses n’en peuvent plus. C’est quand la date?»
Seulement un aperçu des problèmes
Les députés solidaires étaient entourés de professionnels de l’Institut Douglas qui ont fait valoir que l’inondation qui a eu lieu le 26 janvier n’était qu’un «aperçu» de l’étendue des problèmes. Des membres du personnel ont fait état de problèmes de vermine et d’isolation, des patients aînés ayant été déplacés durant l’hiver, car ils étaient sans chauffage et à l’inverse des pièces qui surchauffent l’été en raison de la chaleur.
Une vidéo de l’inondation du 26 janvier a largement circulé dans les médias, montrant l’eau qui s’abattait sur de l’équipement de laboratoires, tandis qu’un panneau du plafond détrempé cédait. Les autorités locales ont déclaré que l’incident était grave et qu’il avait endommagé le deuxième étage et le rez-de-chaussée du pavillon Lehmann. Ils ont confirmé que d’importants dégâts d’eau se sont produits à quatre endroits différents dans un couloir du deuxième étage du pavillon Lehmann.
En point de presse, jeudi, Sylvain Williams, scientifique à l’Institut Douglas depuis près de 30 ans et professeur à la Faculté de médecine de psychiatrie de l’Université McGill, a souligné que le matériel endommagé est très dispendieux. «Les instruments scientifiques, des investissements de millions de dollars du public qui sont maintenant aux poubelles... une catastrophe», a-t-il lâché.
Il a expliqué que le Centre de recherche Douglas accueille beaucoup d’étudiants universitaires «qui apprennent à faire de la recherche».
«Maintenant, une centaine de projets ont été stoppés et plus d’une centaine d’assistants de recherche, d’associés de recherche, d’étudiants sont paralysés. C’est vraiment une catastrophe», a-t-il répété. L’édifice sera vraisemblablement fermé pendant des mois, a-t-il précisé.
Le Centre de recherche Douglas est un leader à l’international en santé mentale, notamment dans ses recherches sur l’alzheimer. «La recherche, c’est pas juste l’arrêt des expériences, c’est également l’arrêt pour trouver des solutions pour de nouveaux traitements et mieux comprendre ces maladies», a souligné M. Williams.
Les gouttes d’eau et les patients psychotiques
Johanne Gouskos, éducatrice spécialisée depuis 26 ans à l’Institut Douglas, a dit avoir été témoin de la dégradation «indigne» des installations depuis des années. «Les patients contournent des poubelles vides placées au sol pour récupérer l’eau qui coule des plafonds, décrit-elle. Selon la météo, les gouttes peuvent devenir bruyantes et impossibles à ignorer. Le thérapeute et la personne qu’il soigne essayent de faire comme si [de] rien n’était, mais c’est tout simplement impossible.»
Mme Gouskos a qualifié l’environnement thérapeutique de non sécuritaire. «Cet environnement est particulièrement difficile pour nos patients. Une personne psychotique peut croire que les gouttes [lui] envoient des messages, ou une autre, qui a une anxiété généralisée, se dit consciente que les plafonds s’effondrent au Douglas, [qu’elle peut] difficilement tolérer l’angoisse d’être dans nos installations.»
«C’est honteux que le gouvernement ait laissé une telle institution se dégrader à ce point sans se soucier des impacts directs sur la santé mentale des personnes qui reçoivent les soins, comme celles qui les prodiguent», a-t-elle ajouté.
La députée Zaga Mendez s’est dite déçue de la réaction de la ministre de la Santé, Sonia Bélanger, qui a été interpellée sur le sujet. «C’est de l’inaction. La ministre ne nous a rien dit de nouveau. En fait, elle nous dit que c’est un maintien d’actif, un dégât d’eau. C’est d’ignorer la réalité», dit-elle.
La ministre Bélanger a rappelé que les tuyaux ont gelé en raison du froid, ce qui a causé l’inondation. «Je vais continuer de travailler avec mes collègues dans le respect des budgets que nous avons pour faire en sorte qu’on puisse tout au moins peut-être améliorer notre maintien d’actif», a-t-elle déclaré.

