Santé

Un vaccin ARN messager pourrait révolutionner la lutte contre le cancer

Une étude à laquelle ont participé le CHUM et le CHU de Québec-Université Laval a démontré des résultats positifs.

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Un homme se fait vacciner à Montréal, le samedi 23 juillet 2022. LA PRESSE CANADIENNE/Graham Hughes Un homme se fait vacciner à Montréal, le samedi 23 juillet 2022. LA PRESSE CANADIENNE (Graham Hughes)

Un premier vaccin expérimental à ARN messager contre le cancer de la peau pourrait révolutionner la façon de traiter plusieurs types de cancer. Une étude à laquelle ont participé le CHUM et le CHU de Québec-Université Laval a démontré des résultats positifs pour la phase 3 d’une thérapie anticancéreuse à base d’ARNm.

Les compagnies pharmaceutiques Merck et Moderna ont annoncé dans un communiqué diffusé mercredi les résultats préliminaires de l’essai de phase 3 chez des patients atteints d’un mélanome de stade IIB à IV. Plus de 1100 patients ont participé à l’étude.

Merck et Moderna affirment que l’essai a atteint son critère d’évaluation principal, c’est-à-dire la survie sans récidive et la survie sans métastase à distance. En résumé, lorsque l’on combine le vaccin avec le pembrolizumab (un médicament d’immunothérapie) on diminue les risques de récidives. On ne sait pas toutefois de quelle ampleur exactement, puisque les détails seront dévoilés ultérieurement lors d’un congrès médical international.

La Dre Rahima Jamal, hémato-oncologue et oncologue au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), qui a participé à l’étude avec ses patients, rappelle que les résultats de la phase 2 ont démontré un bénéfice de 23 %. «C’est qu’on augmente la survie sans récidive de 23 % en additionnant le vaccin à l’immunothérapie», précise Dre Jamal.

Il est important de noter que le vaccin ne prévient pas le cancer de la peau. «Dans l’utilisation usuelle des vaccins qui sont le plus souvent utilisés dans les maladies infectieuses, on fait de la prévention, c’est-à-dire qu’on prend le vaccin pour ne pas attraper la grippe, la COVID ou si on l’attrape, attraper une forme qui va être plus légère. Ici, on ne prévient pas le mélanome. Ce qu’on fait, c’est que chez les patients à haut risque, en prenant ce vaccin, on diminue le risque de récidive du mélanome», explique la Dre Jamal.

L’oncologue ne cache pas son enthousiasme face à cette percée médicale. «C’est la première étude où on utilise l’ARN messager en cancérologie et ça, c’est majeur», dit-elle. Cela pourrait ouvrir la porte à traiter d’autres types de cancer avec le vaccin ARNm, car des études ont cours notamment en cancer du poumon, du pancréas, de la vessie et du rein, détaille l’experte.

«Ça va amener un changement dans la façon qu’on traite le cancer. Jusque-là on a la radiothérapie, l’immunothérapie, les chimiothérapies, les thérapies ciblées et l’hormonothérapie. Là, on a une nouvelle technologie, la médecine personnalisée, le fait qu’un vaccin n’est pas le même pour deux personnes, ça aussi, ça va être majeur», se réjouit Dre Jamal.

Elle explique comment fonctionne le vaccin ARNm contre le cancer. «On prend la tumeur qui a été enlevée du patient et on l’envoie en laboratoire pour se faire séquencer», mentionne la docteure. On se sert des protéines dans la tumeur pour faire une sorte d’«empreinte digitale», ce qui donne un vaccin personnalisé.

Durant l’année de traitement, le patient peut recevoir jusqu’à neuf doses de vaccin, fait savoir Dre Jamal.

Hausse de l’incidence des cancers de la peau

Il existe plusieurs cancers de la peau, les plus fréquents étant le carcinome basocellulaire, le carcinome épidermoïde et le mélanome. Ils augmentent tous en incidence en raison de l’exposition aux rayons UV, indique Dre Jamal.

«Le mélanome, principalement, c’est un cancer qui a tendance à être agressif. C’est un des seuls cancers qui augmente en incidence à peu près de 2 à 3 % par année et on s’attend à ce que ça va continuer dans les années futures. Ce sont tous les dommages du soleil qui ont été accumulés depuis l’enfance qui mettent les patients à risque, particulièrement les coups de soleil», explique-t-elle.

La plupart des mélanomes sont opérables et le patient guérit avec la chirurgie seule, poursuit l’oncologue. «Mais il existe ce qu’on appelle les mélanomes à haut risque, qui sont à peu près responsables de 25 % des mélanomes, si on considère qu’il y a entre 10 et 11 000 nouveaux cas par année au Canada. Ces 25 % sont ceux qui ont le plus de chances de récidiver et éventuellement de faire des métastases. C’est à ces patients que s’adressent habituellement les traitements qu’on dit adjuvants, c’est-à-dire des traitements après la chirurgie pour diminuer le risque de récidives.»

L’essai de phase 3 est une étape importante avant les demandes d’autorisation de mise sur le marché. On ne sait pas combien de temps pourrait s’écouler avant que le vaccin soit approuvé par Santé Canada, puis accessible au Québec. La Dre Jamal espère que ça ne prendra pas plusieurs années.

Katrine Desautels

Katrine Desautels

Journaliste