Un Québécois a enregistré 362 consultations chez un médecin de famille en 2024 — un record à l’échelle du pays, selon le groupe de réflexion SecondStreet.org, qui étudie l’impact des politiques gouvernementales sur la vie des Canadiens.
Cette révélation fait suite à une demande d’accès à l’information déposée par l’organisation auprès de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ).
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News
«Les chiffres du Québec sont astronomiquement élevés par rapport aux données d’autres régions du pays», a expliqué Colin Craig, président de SecondStreet.org.
«Le gouvernement québécois devrait examiner ces chiffres de plus près et déterminer s’il y a des abus. S’il y en a, s’attaquer au problème pourrait permettre de libérer des ressources au sein du système pour aider d’autres patients.»
Le groupe de réflexion a comparé les chiffres du Québec à ceux de la Colombie-Britannique, de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba, mais n’a pas fourni de données pour les autres provinces ou territoires.
En Colombie-Britannique, le patient ayant enregistré le plus grand nombre de consultations a été vu 209 fois par un médecin généraliste.
Au Manitoba, ce chiffre s’élevait à 252, et en Saskatchewan, à 199.
L’Alberta n’a pas été en mesure de fournir «aucune information permettant d’identifier» les 10 patients les plus fréquents.
Selon la demande d’accès à l’information concernant le Québec, le nombre de visites a été déterminé sur la base du «nombre de contacts patient-médecin pour un service fourni à une personne assurée par la Régie (RAMQ) et dans un établissement donné».
Il a été noté qu’«une personne peut avoir plus d’une consultation le même jour si elle a vu plus d’un médecin au cours de cette journée», et que toutes les consultations étaient incluses, quel que soit le lieu où elles avaient eu lieu — cabinet privé, hôpital ou établissement de soins de longue durée, par exemple.
Le ministère de la Santé du Québec a réitéré le fait que ces chiffres ne «représentent pas uniquement les rendez-vous chez un médecin en cabinet privé ou les visites aux urgences».
«Les données peuvent inclure les soins à domicile, les hospitalisations et les établissements de soins de longue durée (CHSLD)», a-t-il précisé. «Une personne âgée malade résidant dans un établissement de soins de longue durée, ou un patient hospitalisé pendant une très longue période — à la suite d’un accident, par exemple — fera inévitablement l’objet d’un nombre important de consultations.»
Le ministère a ajouté qu’il ne pouvait pas «tirer de conclusions» à partir de ces chiffres, car il «ignore la situation et l’état de santé des personnes concernées».
Il a néanmoins insisté sur le fait que l’accès aux soins de santé reste une priorité.
«Il est important que le MSSS continue d’identifier les meilleures pratiques pour soutenir les utilisateurs fréquents de services afin de répondre plus efficacement aux besoins spécifiques de ce groupe de patients», a-t-on déclaré.
Il a néanmoins insisté sur le fait que l’accès aux soins de santé reste une priorité.
«Il est important que le MSSS continue à identifier les meilleures pratiques pour soutenir les utilisateurs fréquents de services afin de répondre plus efficacement aux besoins spécifiques de ce groupe de patients», a-t-on dit.
Le ministère a fait référence à un rapport récent de l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS) qui soulignait que les patients ayant effectué quatre visites ou plus aux urgences au Québec en 2018–2019 représentaient 9 % de l’ensemble des patients et 29 % du total des visites.
«Le système de santé québécois, à l’instar de ceux des autres provinces canadiennes, repose sur un système d’accès universel, qui permet à toutes les personnes admissibles d’accéder aux services dont elles ont besoin, indépendamment de leurs antécédents médicaux, de leurs maladies chroniques ou de leurs conditions préexistantes», a conclu le ministère.
Pour sa part, la RAMQ a simplement fait remarquer qu’elle «ne dispose pas d’informations concernant la raison pour laquelle une personne prend rendez-vous».
«Le rôle de la RAMQ est de faire respecter les termes de l’entente de rémunération signée entre les fédérations médicales (en l’occurrence, la Fédération des médecins généralistes du Québec) et le ministère de la Santé et des Services sociaux», a-t-on mentionné à CTV News.
Les données ont également montré que 11 586 personnes ont consulté un médecin entre 51 et 100 fois en 2024, tandis que 1611 Québécois ont eu 100 rendez-vous ou plus.
Dans les autres provinces, la Colombie-Britannique a recensé 14 497 patients ayant consulté un médecin entre 51 et 100 fois ; l’Alberta en comptait 25 767, la Saskatchewan 31 et le Manitoba 560.
En ce qui concerne les rendez-vous supérieurs à 100 par personne, la Colombie-Britannique a enregistré 241 patients, l’Alberta 9 331, la Saskatchewan un et le Manitoba 40.
Accès aux soins
Ces chiffres interviennent alors que les appels se multiplient pour que le Québec réforme son système de santé publique. Une étude réalisée en 2025 par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) montre qu’en 2019, 82 % de la population était inscrite auprès d’un seul médecin de famille.
Ce chiffre a diminué régulièrement pour atteindre 72 % en 2024.
À l’époque, l’ISQ avait mis en avant plusieurs raisons pour expliquer ce déclin, telles que les départs à la retraite et le fait que les nouveaux médecins choisissaient de prendre en charge moins de patients.
Actuellement, environ 1,5 million de Québécois n’ont pas de médecin de famille.
L’accès à un médecin généraliste pour chaque Québécois était l’une des nombreuses promesses faites par le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) lors de son élection en 2018.
