Les personnes vivant avec le VIH sont plus à risque de développer une maladie du foie, et c’est l’une des principales causes de décès chez cette population. Le test traditionnel ne détecte pas plusieurs cas de fibrose hépatique chez les personnes vivant avec le VIH. L’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill a mis au point un nouvel outil plus performant.
La fibrose hépatique est une accumulation de tissu cicatriciel dans le foie. Il s’agit d’un des stades les plus avancés de la maladie du foie gras.
«Il y a 30 ans, la priorité était de sauver les vies des personnes vivant avec le VIH, mais aujourd’hui, grâce aux traitements, ils vivent longtemps», relate la Dre Giada Sebastiani, scientifique principale au sein du programme en maladies infectieuses et immunité en santé mondiale à l’Institut.
À mesure que cette population vieillit, les maladies du foie représentent un enjeu de plus en plus important. «La maladie du foie la plus fréquente au Canada et dans le monde est la maladie du foie gras. Et la maladie du foie gras a une prévalence très élevée, environ 33 % dans la population canadienne. Chez les personnes vivant avec le VIH, il y a une prévalence encore plus élevée», indique la Dre Sebastiani.
Cela est dû notamment aux médicaments que prennent les personnes vivant avec le VIH, qui peuvent causer des dommages au foie. «Et aussi le VIH lui-même peut donner des problèmes de fibroses hépatiques», ajoute l’experte.
Son étude, publiée dans la revue scientifique Hepatology, montre que plus du tiers des cas de fibrose hépatique significative échappent au dépistage chez les personnes vivant avec le VIH. Les résultats sont basés sur un échantillon de près de 5000 patients de cinq pays, dont le Canada, qui ont été suivis entre 2015 et 2025.
Parmi les 36 % classés à tort comme étant à faible risque de fibrose hépatique par le score FIB-4, la majorité d’entre eux sont demeurés dans cette catégorie lors de la répétition du test un an plus tard et deux ans plus tard.
Une simple prise de sang
Le FIB-4 est le test de dépistage de la première ligne utilisé chez les populations qui sont à risque de fibrose, comme les patients vivant avec un diabète ou les patients qui vivent avec le VIH. Avec une prise de sang, certains biomarqueurs précis seront analysés pour détecter une fibrose hépatique.
«Malheureusement, il a une exactitude de diagnostic qui n’est pas bonne dans cette population, dit-elle. [...] Nous pensons que la fibrose hépatique chez les patients avec le VIH est plus compliquée. L’évolution et la formation de la fibrose [sont] plus compliquées.»
C’est là que l’outil développé par l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill vient changer les choses. Les chercheurs ont analysé les caractéristiques des participants dont la fibrose hépatique n’avait pas été détectée par le test FIB-4. Ils ont intégré des facteurs métaboliques et des caractéristiques propres au VIH pour améliorer la classification des risques.
Le FIB-HIV est très similaire au FIB-4, affirme la Dre Sebastiani, qui est également présidente de l’Association canadienne pour l’étude du foie. On ajoute simplement d’autres paramètres à analyser dans la prise de sang. «C’est comme un FIB-4 amélioré spécifiquement pour la population vivante avec le VIH», résume-t-elle.
Elle fait valoir aussi que le test est très simple. Comme le FIB-4, il requiert une prise de sang. «Ce ne sont pas des tests qui sont coûteux ou qui sont plus compliqués que la gestion médicale traditionnelle du patient. C’est pourquoi nous pensons que le FIB-HIV est très bon. Parce qu’il peut être utilisé dans la pratique clinique journalière», souligne la chercheuse.
Le score FIB-HIV est disponible pour tous les cliniciens au Canada. Les chercheurs croient qu’il pourrait optimiser l’utilisation des ressources diagnostiques en identifiant mieux les patients à risque de fibrose hépatique qui auraient besoin d’une élastographie transitoire, un examen plus avancé pour confirmer le diagnostic.

