Une équipe de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) a identifié un mécanisme qui pourrait être en mesure de stopper la paralysie de la sclérose latérale amyotrophique, une maladie neurodégénérative parfois mieux connue sous le nom de maladie de Lou Gehrig.
La SLA est surtout connue pour la dégénérescence des neurones moteurs, responsables du contrôle des mouvements. Leur perte progressive, notamment dans le cortex moteur et la moelle épinière, entraîne une paralysie rapide. L’espérance de vie après le diagnostic est de deux à cinq ans.
«C’est connu dans la SLA qu’il y a des dommages à l’ADN et des problèmes au niveau de la réparation, a résumé le professeur Kessen Patten, de l’INRS. Et nous, on a trouvé l’enzyme responsable de ce défaut.»
La plupart des travaux sur la SLA se sont jusqu’à présent concentrés sur les régions motrices du cerveau. Les chercheurs montréalais ont plutôt choisi de s’intéresser au cervelet.
Des expériences réalisées avec des poissons-zèbres ― qui partagent de nombreux mécanismes génétiques et cellulaires avec l’humain ― ont révélé aux scientifiques une atrophie précoce du cervelet, caractérisée par la perte de deux types de neurones essentiels : les cellules de Purkinje et les cellules granulaires, et ce, bien avant l’apparition des symptômes moteurs, a-t-on expliqué par voie de communiqué.
«On a vu qu’il y a des pertes des neurones qui se retrouvent dans le cervelet, et que ça va causer comme une atrophie du cervelet», a précisé le professeur Patten.
Ces résultats, a-t-il dit, montrent que des «altérations importantes apparaissent ailleurs (dans le cerveau), bien avant les symptômes».
Il semblerait donc que la SLA, au même titre que d’autres maladies neurodégénératives comme l’alzheimer, le parkinson et la sclérose en plaques, commence à s’installer en douce, plusieurs années avant de se manifester ouvertement.
L’équipe a ensuite détecté une diminution de l’activité du gène paics, qui produit une enzyme essentielle à la synthèse des purines, des molécules indispensables à la construction et à la réparation de l’ADN.
Lorsque l’activité de ce gène diminue, les altérations génétiques s’accumulent et les systèmes de réparation cellulaires finissent par céder, entraînant la dégénérescence des cellules, a-t-on précisé.
«Ça pourrait permettre un meilleur dépistage des patients, a estimé le professeur Patten. S’il y a des porteurs de la SLA dans la famille, on pense qu’une imagerie du cervelet pourrait être faite en amont, avant l’apparition des symptômes moteurs.»
Le résultat le plus porteur d’espoir est toutefois celui-ci: les chercheurs ont réussi, dans un modèle expérimental, à restaurer l’activité du gène paics, ce qui a entraîné une diminution des dommages, une survie des neurones et un arrêt de la progression de la maladie à l’échelle cellulaire.
«On est encore vraiment loin de ça, mais si on a des purines qui sont manquantes, peut-être qu’on pourrait utiliser des suppléments, a indiqué le professeur Patten. J’aimerais savoir s’il y a quelque chose qu’on peut commencer à faire plus tôt, par exemple avec des cas familiaux où on sait qu’il y a une composante génétique, mais que les symptômes ne sont pas encore apparus.»
Entre 3000 et 4000 personnes vivent avec la SLA au Canada.
Les conclusions de cette étude ont été publiées par la revue médicale Brain.

