Santé

Un dermatologue met en garde contre le «paradoxe de l’écran solaire»

«Le véritable problème réside dans la façon dont nous percevons la crème solaire et dans le fait que nous nous y fions excessivement.»

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Crème solaire Thomas Burns applique de la crème solaire alors qu’ils se détendent à la plage Britannia, à Ottawa, le mardi 18 juin 2024. (Justin Tang/La Presse Canadienne)

Un scientifique canadien affirme que ses conclusions sur l’utilisation de l’écran solaire ont été mal interprétées par d’autres pour soutenir que ce produit causerait le cancer de la peau.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Récemment, un médecin italien s’est appuyé sur une étude menée par ce scientifique, fondée sur les données de la Biobanque du Royaume-Uni, pour étayer l’affirmation selon laquelle les écrans solaires causent le cancer de la peau.

Ce n’est pas vrai, a soutenu Ivan Litvinov, professeur agrégé de médecine au département de dermatologie de l’Université McGill, lors d’une entrevue accordée à CTVNews.ca.

Toutefois, M. Litvinov a également précisé que ses conclusions ne signifiaient pas pour autant que toutes les préoccupations concernant les écrans solaires devaient être simplement écartées.

La crème solaire n’est pas un passe-droit pour bronzer

M. Litvinov explique que des questions légitimes font actuellement l’objet d’études concernant certains types de crèmes solaires, notamment la façon dont certains ingrédients organiques de ces produits sont absorbés par l’organisme et leurs effets potentiels sur l’environnement.

Mais le plus grand danger, selon lui, réside peut-être dans la façon dont les gens utilisent la crème solaire.

«Le véritable problème réside dans la façon dont nous percevons la crème solaire et dans le fait que nous nous y fions excessivement.»

Cela peut créer ce que les chercheurs appellent le «paradoxe de l’écran solaire».

C’est le cas lorsque les gens appliquent de l’écran solaire puis passent des heures en plein soleil en croyant qu’ils sont entièrement protégés. Cela peut entraîner un bronzage plus intense, davantage de coups de soleil et, en fin de compte, une exposition accrue aux rayons ultraviolets, explique M. Litvinov.

Il ajoute que le désir de bronzer n’est pas nécessairement une simple question de vanité. Il décrit la lumière du soleil comme quelque chose que les humains ont appris à rechercher au fil de leur évolution, car elle peut procurer du plaisir.

« Lorsque le soleil frappe notre peau et commence à endommager l’ADN, il se produit une cascade de signaux qui entraîne la libération d’endorphines, et cela procure une sensation agréable. »

Utiliser ou ne pas utiliser de crème solaire

Pour M. Litinov, la solution n’est pas d’abandonner la crème solaire. Il s’agit plutôt de cesser de la considérer comme la seule ligne de défense.

Il compare cela à la conduite d’une auto avec la ceinture de sécurité.

«La ceinture de sécurité n’est qu’une partie de la solution, mais d’autres éléments doivent être réunis pour assurer la sécurité au volant.»

—   Ivan Litvinov, professeur agrégé de médecine au département de dermatologie de l’Université McGill

«Il en va de même pour l’exposition au soleil : la crème solaire n’est qu’une modalité parmi d’autres», dit-il.

L’ombre, les vêtements protecteurs, les chapeaux et les lunettes de soleil devraient tous faire partie d’une stratégie plus large, plutôt que de compter sur une mince couche de crème solaire pour justifier de passer une journée entière au soleil.

Mais utilisée correctement dans le cadre d’une approche plus globale, la crème solaire peut tout de même jouer un rôle important dans la prévention du cancer de la peau.

«Lorsqu’elle est utilisée de façon appropriée dans le cadre d’une approche multimodale — où l’on cherche l’ombre, où l’on porte un chapeau, des lunettes de soleil, de la crème solaire et des vêtements anti-UV —, elle vous protège réellement contre le cancer de la peau», explique M. Litvinov.

Au-delà des remèdes «miracles» sur Internet

Les préoccupations liées à la désinformation ne se limitent pas à la crème solaire.

Des publications en ligne peuvent promouvoir des substances non éprouvées, des suppléments et des soi-disant remèdes naturels comme solutions de rechange aux traitements établis contre le cancer de la peau. De telles allégations peuvent s’avérer particulièrement dangereuses si elles incitent une personne à retarder sa consultation chez un médecin ou à abandonner le traitement recommandé.

Pour les Canadiens, le message de Litvinov ne vise pas tant à susciter la crainte envers les écrans solaires qu’à aider à comprendre ce qu’ils peuvent et ne peuvent pas faire.

Et lorsqu’une publication en ligne promet un raccourci pour contourner cette réalité, la réaction la plus prudente consiste peut-être à poser son téléphone et à consulter plutôt un professionnel de la santé qualifié.

Archie Niari

Archie Niari

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Journalist, CTVNews.ca