Deux médecins de Montréal participent activement aux efforts visant à faire avancer la recherche clinique internationale sur les vaccins à ARNm pour le traitement du cancer.
Deux essais cliniques internationaux lancés au Centre de santé de l’Université McGill (CSMU) comptent parmi les premiers en Amérique du Nord et dans le monde à utiliser des vaccins à ARNm pour traiter le cancer du poumon et de la vessie.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Le Dr Ramy Saleh, oncologue médical au CSMU et directeur médical des essais cliniques en oncologie au Centre de médecine innovante de l’Institut de recherche, explique que le but du vaccin est d’empêcher le cancer de réapparaître.
Le vaccin est utilisé en association avec l’immunothérapie et s’adresse aux patients dont le cancer n’a pas encore métastasé — c’est-à-dire avant le stade 4.
«Le pire qui puisse arriver à un patient atteint d’un cancer localisé, c’est de subir des traitements rigoureux et intensifs, comme la chimiothérapie, la chirurgie ou la radiothérapie, et qu’après tout ça, on lui annonce quelques mois ou années plus tard : “Ton cancer est revenu”», a expliqué le Dr Saleh, qui dirige l’essai sur le cancer de la vessie.
«Disposer d’une technologie qu’on peut proposer aux patients, qui est facile à administrer et qui garantit que leur cancer ne reviendra pas, c’est passionnant, et c’est aussi très valorisant pour le moral du patient», a-t-il précisé.
Le taux de récidive est élevé dans le cancer de la vessie, et cela représente également un coût important pour le système de santé en raison des interventions intensives que cela peut nécessiter. Le cancer du poumon est un problème de santé très répandu au Canada — c’est le cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez les hommes et les femmes du pays.
«Quand les patients subissent des traitements et des opérations pour un cancer de la vessie, ce sont des interventions assez lourdes, parce qu’il faut retirer toute la vessie, ou parfois l’irradier entièrement, pour s’assurer que le cancer ne revienne pas », a indiqué le Dr Saleh. «C’est génial que les vaccins anti-cancéreux se concentrent sur des maladies qui entraînent vraiment beaucoup de récidives et de problèmes pour les patients et pour le système de santé.»
Médecine personnalisée
Le Dr Jonathan Spicer, chirurgien thoracique au CUSM et chercheur au sein du Programme de recherche sur le cancer de l’Institut de recherche du CUSM, participe à la direction de l’essai clinique sur le cancer du poumon.
Il explique que le vaccin à ARNm est créé à partir d’un échantillon de la tumeur du patient prélevé chirurgicalement. Le profil génétique de la tumeur est ensuite analysé et utilisé pour créer un vaccin personnalisé pour le patient.
«On repère dans l’ADN de la tumeur des altérations qui diffèrent de l’ADN des cellules saines et qui caractérisent la tumeur ; le vaccin reproduit essentiellement ces segments d’ADN anormaux, mais sur une structure d’ARNm», a mentionné le Dr Spicer.
«Chaque thérapie à ARNm développée est spécifique au cancer de ce patient, et c’est en quelque sorte la marque de fabrique de la médecine personnalisée.»
— Le Dr Jonathan Spicer, chirurgien thoracique au CUSM
«On essaie d’en identifier 34, qui sont ensuite regroupés dans une molécule ou un vecteur thérapeutique contenant les séquences du code génétique de ces 34 segments d’ADN anormaux», a-t-il ajouté. «En les injectant au patient, on permet à son système immunitaire de se préparer à lutter contre ces fragments d’ADN anormaux. Ainsi, si une cellule immunitaire est programmée pour les reconnaître et qu’elle repère une cellule cancéreuse exprimant ces fragments d’ADN anormaux, elle ira détruire cette cellule cancéreuse.»
Selon lui, la façon dont le vaccin est créé rend le traitement vraiment personnalisé pour chaque individu.
«Les données préliminaires semblent indiquer qu’on n’observe pas de toxicités majeures susceptibles de bouleverser la vie des patients. La possibilité d’administrer un traitement hautement personnalisé, présentant une toxicité relativement faible et susceptible de modifier le taux de guérison de ces cancers très courants et mortels, est donc extrêmement encourageante», a avancé le Dr Spicer.
Les enseignements tirés de la pandémie
Les recherches sur les vaccins à ARNm contre le cancer ont commencé dans les années 1990. Cependant, la pandémie de COVID-19 a permis aux médecins de mieux cerner le potentiel de ces vaccins, ce qui a conduit au lancement de plusieurs essais cliniques mondiaux sur les vaccins à ARNm destinés au traitement du cancer, selon le Dr Saleh.
«En 2020, on a appris comment créer des vaccins contre la COVID-19. C’est là qu’on a encore mieux compris la technologie, qu’on a réussi, et c’est pour ça que tu vois une courbe ascendante dans le nombre d’essais cliniques sur les vaccins contre le cancer», a-t-il souligné. «En science, on a toujours une longueur d’avance. Quand on essaie d’inventer quelque chose, on met parfois des idées de côté, puis quelques années plus tard, quand on en sait plus, on ressort la technologie de ce tiroir.»
Selon l’oncologue, le nombre croissant d’essais cliniques dans le monde et les résultats préliminaires prometteurs concernant le vaccin à ARNm changent la donne pour l’avenir du traitement du cancer. «Ce sont deux signaux très positifs qui indiquent que l’avenir s’annonce radieux pour les vaccins contre le cancer», a-t-il dit.
