MONTRÉAL — Une tempête de verglas est attendue dans une grande partie du Québec. Qui dit verglas, dit généralement pannes d’électricité. On voit alors une augmentation des intoxications au monoxyde de carbone et aussi des fractures dues aux chutes.
Les précipitations pourraient durer 24 heures. Les météorologues prévoient que le système de mercredi sera similaire à celui de 2023, lorsque la Direction régionale de santé publique de Montréal avait répertorié plus d’une centaine de signalements ou déclarations individuelles d’intoxication au monoxyde de carbone sur l’île de Montréal. Lors de cette tempête, il y avait eu un décès au Québec par intoxication au monoxyde de carbone.
«On en voit beaucoup chaque année et c’est sûr que les conséquences peuvent être très sérieuses. Non seulement elles peuvent causer la mort, mais également ça peut causer des complications neurologiques assez importantes», indique en entrevue le Dr Martin Laliberté, urgentologue et toxicologue au CUSM.
Il précise que c’est la principale cause de mortalité en toxicologie médicale. De plus, l’effet toxique agit sur plusieurs régions du cerveau, et donc, les complications peuvent être de nature différente. «Des présentations cliniques peuvent ressembler par exemple à un accident vasculaire cérébral ou encore des troubles de la mémoire. Ça peut être assez dramatique», commente-t-il.
Le monoxyde de carbone est un gaz incolore et inodore. Il n’a pas non plus de propriété irritante, ce qui fait qu’une personne va s’intoxiquer sans s’en rendre compte. Pour le détecter, il est impératif d’avoir un détecteur de monoxyde de carbone.
Le Dr Laliberté est consultant au Centre antipoison du Québec. «Chaque année, bon an mal an, on a entre 600 à 700 expositions qui nous sont rapportées», mentionne-t-il. L’incidence des intoxications de monoxyde de carbone augmente inévitablement dans les contextes comme celui de la tempête de verglas.
«Malheureusement, il y a encore trop de gens qui réagissent, probablement par manque de connaissances, en allant vers un plan B. Ils vont rentrer l’équipement de camping, le barbecue dans le garage ou encore des poêles au propane, des choses comme ça. Ce sont les principales choses qu’on va voir. Soit de l’équipement de camping pour faire la cuisine ou encore un équipement de camping pour se réchauffer», rapporte Dr Laliberté.
Rester à la maison
Pour les médecins à l’urgence, il est difficile de diagnostiquer une intoxication au monoxyde de carbone, car les symptômes sont non spécifiques. Il peut s’agit de douleurs thoraciques, de maux de tête, des vomissements, des étourdissements et une perte de conscience. Ce sont des symptômes qu’on voit tous les jours dans les urgences.
«C’est un diagnostic qui est difficile à faire parce que c’est vraiment essayer de trouver l’aiguille dans une botte de foin. Et il faut suspecter [l’intoxication au monoxyde de carbone] de façon constante quand on est médecin à l’urgence, spécialement dans un contexte comme aujourd’hui», soutient Dr Laliberté.
«C’est le rôle du médecin d’urgence d’avoir le radar et de penser toujours d’inclure dans le diagnostic différentiel la possibilité d’une intoxication au monoxyde de carbone. [...] Ce qui va nous aider, c’est quand il va y avoir dans une maison plus d’une personne qui va se présenter en même temps, qui vont être malades.»
Par rapport aux chutes sur la glace, il souligne que le plus simple pour les éviter est de rester chez soi. Les adultes, particulièrement les aînés, sont à risque de blessures sérieuses.
Dr Laliberté suggère aux gens de se préparer à rester à la maison pour les prochaines 36 heures. «Ceci dit, c’est sûr qu’il y a toujours des gens qui sont obligés de sortir, donc il va certainement y avoir beaucoup de chutes aujourd’hui, anticipe l’urgentologue. On va voir des fractures de la cheville, des fractures du poignet, possiblement également des fractures de la hanche chez des personnes plus âgées, c’est invariable, il n’y a aucun doute là-dessus.»
Cette année, en raison de l’hiver rigoureux, il y a eu un nombre particulièrement élevé de blessures traumatiques, notamment chez les aînés, a fait savoir le Dr Laliberté.
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Katrine Desautels, La Presse Canadienne
