Santé

Sommet des cas de rougeole aux États-Unis: quels impacts pour le Canada?

Au Canada, 1107 cas ont été déclarés depuis le début de 2026, selon le rapport hebdomadaire de surveillance de la rougeole.

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Un homme tient dans ses bras sa fille âgée de 12 mois pendant qu'on lui fait une prise de sang à des fins d'analyse, avant qu'elle ne reçoive un vaccin contre la rougeole, en Caroline du Sud, le 17 mars 2026. Photo AP Un homme tient dans ses bras sa fille âgée de 12 mois pendant qu'on lui fait une prise de sang à des fins d'analyse, avant qu'elle ne reçoive un vaccin contre la rougeole, en Caroline du Sud, le 17 mars 2026. Photo AP (Mary Conlon)

Les États-Unis ont dépassé la semaine dernière le nombre de cas total de rougeole qu’ils ont enregistré en 2025. Y aura-t-il des impacts pour le Canada devant la flambée de cette maladie très contagieuse? 

Selon les données des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), 2318 cas confirmés ont été recensés aux États-Unis depuis le début de l’année. C’est plus qu’en 2025, où un sommet de 2289 cas a été atteint, dont trois décès enregistrés. 

Au Canada, 1107 cas ont été déclarés depuis le début de 2026, selon le rapport hebdomadaire de surveillance de la rougeole. Le Manitoba (677 cas) et l’Alberta (311 cas) sont de loin les provinces les plus touchées. 

Au Québec, une éclosion de rougeole est en cours. Au total, 28 cas ont été déclarés, mais il n’y a pas eu de nouveau cas depuis plus de trois semaines.  

La rougeole est une maladie extrêmement contagieuse. En raison des nombreux voyages entre le Canada et les États-Unis, il pourrait y avoir une augmentation du nombre de cas dans certaines régions canadiennes. 

«Avec une grande population au sud de la frontière non vaccinée, et avec une éclosion qui continue aux États-Unis, oui, il y a un risque pour les Canadiens non vaccinés de voyager dans ces régions. Une fois vacciné, il n’y a essentiellement aucun risque», explique le Dr Brian Ward, professeur au département de médecine à l’Université McGill et codirecteur du Centre d’études sur les vaccins du CUSM. 

Hésitation vaccinale

Dr Ward souligne que le Canada a fait des progrès quant à l’adhésion aux vaccins au sein de la population. «Alors, on a beaucoup moins de cas maintenant au Canada. Mais quand même, nous sommes toujours un peu vulnérables parce qu’il y a de petites régions où le taux de vaccination est en bas de 90-95 %.» 

Un taux de vaccination de 95 % est nécessaire pour assurer une immunité collective. 

Rappelons qu’en novembre 2025, le Canada a officiellement perdu son statut de zone exempte de rougeole qu’il détenait depuis 1998. Le statut a été révoqué par l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) après avoir confirmé la transmission continue de la même souche du virus pendant plus d’un an.

«Je pense que dans les prochains cinq ans, disons, le Canada va se trouver dans une situation d’élimination [de la rougeole]. Comme on était avant. C’est beaucoup moins certain pour les États-Unis», estime le Dr Ward. 

En 2000, la rougeole a été considérée comme éradiquée des États-Unis. L’OPS prévoit de réévaluer leur statut d’élimination de la rougeole en novembre 2026. Selon Dr Ward, les indicateurs actuels laissent croire qu’ils perdront leur statut, notamment en raison de l’hésitation vaccinale. 

«Il y a des gens qui sont hésitants de prendre les vaccins au Canada, mais on a beaucoup moins d’individus qui résistent complètement, dit-il. Les organismes officiels du pays, surtout au niveau du gouvernement fédéral, ils sont de grands supporteurs des vaccins. On ne peut pas dire la même chose aux États-Unis.»

Pour ne donner que quelques exemples, le secrétaire à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., a mis fin au financement de la recherche sur la réticence vaccinale. Il tente aussi de démontrer que les vaccins ne sont pas sûrs et il minimise les risques pour la santé liés à la rougeole. 

Des complications sérieuses 

La rougeole peut entraîner des complications graves, comme de la cécité, une encéphalite, une pneumonie, voire la mort dans certains cas. Les principaux symptômes sont une fièvre importante, une toux, un écoulement nasal, des rougeurs au visage puis sur le corps. 

Le Dr Ward est d’avis qu’on n’entend pas suffisamment parler du risque d’hospitalisation qui peut grimper jusqu’à 30 %, les adultes non adéquatement protégés étant particulièrement exposés à des problèmes neurologiques sévères. 

«C’est une maladie qui rend les gens très, très malades pendant une courte période de temps. Et la plupart de ces gens récupèrent après une ou deux semaines. Mais il y a un risque d’une attaque auto-immune contre le cerveau dans 1 cas sur 1000, et les gens qui ont cette complication ont un risque d’à peu près 50 % de se retrouver avec un problème neurologique permanent», détaille-t-il. 

Il y aura toujours un certain pourcentage de la population qui restera vulnérable à une exposition de la rougeole en raison des voyages. «C’est inévitable qu’il y aura des importations», souligne le docteur. Mais la propagation de la rougeole peut être beaucoup mieux contrôlée quand un pays a le statut d’élimination de la maladie.  

Lorsque les cas de rougeole peuvent être liés à une importation, cela veut dire qu’il n’y a pas de transmission endémique active. 

Katrine Desautels

Katrine Desautels

Journaliste