Les besoins en allergie sont grands dans le Nunavik, mais presque aucune ressource n’existait avant la nouvelle équipe établie depuis un an à Kuujjuaq. Cela répond à un besoin bien réel, car selon une spécialiste, la population locale semble faire plus d’allergies, et les réactions sont plus graves.
La Dre Michelle Kwok, responsable du Programme d’allergie et immunologie de l’Hôpital de Montréal pour enfants à Kuujjuaq, ne chôme pas lorsqu’elle se rend dans le Nord. Elle voit particulièrement beaucoup de cas d’allergies alimentaires, des allergies aux médicaments et de l’anaphylaxie.
La Dre Kwok, qui est spécialiste en allergie et immunologie pédiatrique, offre son expertise à travers une clinique itinérante qui se déplace dans les communautés cries et inuites du nord du Québec. L’objectif est cependant de centraliser les rendez-vous à Kuujjuaq.
«C’est plus facile pour moi de me rendre à un seul endroit. Parce que chaque fois qu’on se rend dans une nouvelle collectivité, le roulement de personnel est tellement important qu’on doit presque tout recommencer depuis le début», explique Dre Kwok.
Il est par ailleurs fréquent que les patients ne viennent pas à leur rendez-vous, indique Dre Kwok. Elle se tourne alors vers les interprètes qui sont sur place. Ces professionnelles s’occupent de traduire les soins en inuktitut, mais elles font bien plus. Elles vont notamment contacter les patients qui ratent leur rendez-vous, parfois sur l’application Messenger ou avec des annonces à la radio.
«Sans l’interprète, on ne peut rien faire. Pour moi, ce ne sont pas des interprètes linguistiques, mais des interprètes culturelles», commente Dre Kwok.
Comme les ressources en allergie sont rares dans le Nord, une seule consultation peut déboucher sur plusieurs problèmes de santé à résoudre.
Plus d’allergies graves
«Le problème le plus fréquent que je constate, ce sont surtout les allergies alimentaires, fait savoir Dre Kwok. Et pour des raisons que j’ignore, j’ai l’impression qu’il y a plus d’allergies alimentaires dans le Nord que dans le Sud, et elles ont tendance à être plus graves.
«Plusieurs patients m’ont dit qu’ils souffraient d’anaphylaxie au raisin, donne-t-elle en exemple. Beaucoup de fruits, comme la pomme, l’orange, la banane, et beaucoup de poissons aussi.»
C’est plus difficile pour les patients lorsqu’ils sont allergiques à la nourriture locale, comme le phoque ou le caribou, car cela est souvent au centre de leur alimentation.
«La plupart du temps, je leur dis d’éviter ces aliments. Mais là où ça se complique pour moi, c’est que dans le Sud, on dispose de beaucoup plus de ressources», soulève Dre Kwok. On peut notamment y suivre une thérapie où on habitue progressivement les patients à tolérer certains aliments. «Ça ne veut pas dire qu’ils ne seront plus allergiques, mais s’ils en mangent par accident, ils ne feront pas de réactions graves», explique la docteure.
La deuxième chose qu’elle voit régulièrement chez ses patients est l’allergie aux médicaments, habituellement des antibiotiques. L’allergologue fait des tests de résistance, où on donne une dose de médicament au patient, et si ce dernier ne réagit pas, on retire l’allergie de son dossier.
«C’est important de faire ça, souligne Dre Kwok. Surtout chez les enfants, car beaucoup souffrent d’otite moyenne. Il m’est arrivé d’en voir certains en souffrir jusqu’à cinq ou six fois en un an ou deux. Et s’ils ne peuvent pas prendre un certain nombre d’antibiotiques, on finit par leur prescrire des antibiotiques plus puissants ou moins adaptés. Et cela comporte également un risque de résistance [aux antibiotiques].»
Le sentiment d’être validé
La clinique d’allergie et immunologie à Kuujjuaq est un tournant majeur dans l’accès aux soins pour la population du Nunavik. En plus du coût important pour l’État de devoir envoyer des patients passer des tests pour une allergie dans le sud du Québec, cela demande beaucoup d’adaptation pour les Nunavimiut pour un rendez-vous médical de quelques minutes à peine.
«Ils doivent mettre leur vie en suspens, et parfois à la dernière minute, juste pour venir dans le Sud. La nouvelle s’est répandue très vite que nous sommes là et nos cliniques sont bondées à chaque fois. Je pense qu’ils ont aussi le sentiment d’être validés», commente Dre Kwok. Des patients lui ont dit être soulagés d’avoir maintenant une preuve de leur allergie.
D’autre part, la Dre Kwok soupçonne que certains allergènes présents dans l’air, comme le pollen, puissent aggraver les symptômes d’asthme et d’allergies dans la région. Les syndromes pollen-aliment semblent être en augmentation au Nunavik, mais l’absence de données ne permet pas de le confirmer.
Ainsi, un collecteur de pollen a récemment été installé à Kuujjuaq pour recueillir les pollens et les spores en suspension dans l’air. Cette surveillance à long terme du pollen au Nunavik fournira des données en temps réel, ce qui pourrait aider les professionnels de la santé à offrir des traitements et des conseils plus efficaces aux personnes souffrant d’allergies ou d’asthme.

