Santé

Santé Québec atteint l'équilibre budgétaire: quels changements ont porté fruit?

La marche était haute, à l’automne 2024, le déficit projeté du réseau était évalué à 1,5 milliard $.

Publié le 

Geneviève Biron, présidente et cheffe de la direction de Santé Québec, fait une annonce à Québec le 29 avril 2024. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot Geneviève Biron, présidente et cheffe de la direction de Santé Québec, fait une annonce à Québec le 29 avril 2024. LA PRESSE CANADIENNE (Jacques Boissinot)

Pour son premier exercice financier complet, Santé Québec a atteint l’équilibre budgétaire. Ses résultats financiers montrent qu’il lui reste 34 millions $, sur un budget de 46 milliards $, ce qui représente 0,07 % des dépenses totales pour l’exercice 2025-2026.

Comment la société d’État est-elle passée d’un déficit colossal en santé à un équilibre budgétaire?

La marche était haute. Santé Québec a publié un premier bilan de ses états financiers l’an dernier, mais partiel, puisqu’elle avait opéré le réseau de la santé et des services sociaux pendant quatre mois seulement, du 1er décembre 2024 au 31 mars 2025.

À l’automne 2024, le déficit projeté du réseau était évalué à 1,5 milliard $. Durant les quatre premiers mois de son entrée en fonction, Santé Québec a réussi à générer des économies de 750 millions $. La société d’État avait terminé avec un déficit de 1,8 milliard $ en raison de l’augmentation des volumes d’activité.

Dans ses chiffres, Santé Québec parle plutôt d’un déficit d’exploitation de 240 millions $ pour l’exercice 2024-2025, car elle exclut les sommes liées aux transferts du passif des établissements et la somme accordée pour couvrir les surcoûts liés à l’augmentation des volumes. «Il y a quatre mois des établissements et huit mois du siège social, parce que Santé Québec a été constitué avant la fusion des établissements, donc c’est un peu difficile à regarder», admet Sonia Dugas, vice-présidente aux finances chez Santé Québec.

Somme toute, elle se dit très fière des efforts des équipes pour atteindre l’équilibre budgétaire. Pour y arriver, Mme Dugas explique que les établissements avaient des cibles à atteindre, établies selon les moyennes provinciales. «On a intégré la notion de performance financière et c’est ça la mesure qui a porté fruit», dit-elle.

Un réinvestissement de 5 % pour ceux qui performent mieux

Santé Québec a éliminé les bases historiques qui étaient reconduites d’année en année aux établissements. Mme Dugas explique comment la performance est désormais liée au budget.

Pour chaque secteur — par exemple la chirurgie, la protection de la jeunesse, l’urgence — on déterminait leur coût unitaire. Chaque secteur a une unité de mesure de la façon dont le volume est calculé, par exemple le nombre de chirurgies au bloc opératoire ou le nombre de visites à l’urgence.

Chaque établissement a ses secteurs où il performe mieux et d’autres où il fait moins bien. Pour les secteurs défavorables, Santé Québec demandait aux établissements de réduire de 50 % l’écart avec la moyenne provinciale.

«Ce qu’on a fait avec le budget base zéro — et ça, c’était la première révolution — pour chaque centre d’activité, on a établi la moyenne de la province. Si moi, comme établissement, je coûtais plus cher que la moyenne de la province, on me demandait de faire la moitié du chemin, donc de compenser la moitié de l’écart. Par exemple, [...] mon coût unitaire coûte 150 $, la moyenne provinciale est à 100 $, on me demande de me ramener à 125 $», détaille Mme Dugas.

Santé Québec a abaissé la réduction demandée à 35 % lorsque l’unité de mesure était l’usager, car cela ne tient pas compte de la lourdeur des cas.

Autre nouveauté implantée par Santé Québec: pour les secteurs où les établissements performent mieux que la moyenne provinciale, il y a un réinvestissement de 5 % de l’écart dans le but de favoriser l’innovation et récompenser les bonnes pratiques.

Si certains trouvent que c’est peu, Mme Dugas rappelle que Santé Québec partait avec «quelques défis financiers». Pour la vice-présidente, cet incitatif est plutôt symbolique. «C’est vraiment l’effet de dire: ‘’on reconnaît l’efficience financière’’», dit-elle.

Des particularités à prendre en compte

Au final, 80 % des secteurs à grand potentiel qui avaient été identifiés par Santé Québec ont réussi à améliorer leur coût unitaire ou à ce qu’il soit inférieur à l’inflation.

Cependant, en demandant à tous les établissements de tendre vers la moyenne provinciale, plusieurs iniquités risquaient d’émerger. On ne gère pas un établissement de la Côte-Nord de la même façon qu’en centre urbain.

Mme Dugas assure que cette variable a été prise en compte. Elle explique que c’est pour cela que Santé Québec n’a pas demandé aux établissements de combler à 100 % l’écart avec la moyenne provinciale. «Ça aurait été parfois des objectifs inatteignables, soit pour des régions éloignées, comme pour des missions surspécialisées ou pour les établissements qui ont des particularités dans un secteur donné», reconnaît-elle.

Pour la deuxième année du budget, Santé Québec veut affiner son modèle pour encore mieux tenir compte de ces particularités.

Parmi les autres mesures qui ont permis d’atteindre l’équilibre budgétaire, Santé Québec a diminué les dépenses administratives, passant d’un taux de 4,5 % sur les dépenses totales à 4,2 %. De plus, pour donner plus de prévisibilité aux établissements, leur budget annuel a été confirmé en début d’année financière, alors qu’auparavant 20 % de l’enveloppe était communiqué aux établissements en cours d’année, sous forme de lettres.

Par ailleurs, Santé Québec n’est pas en mesure de confirmer qu’il n’y a eu aucunes coupes de postes. Dans une démarche d’optimisation des ressources, indique-t-elle, il peut arriver que des employés soient réaffectés ailleurs dans leur établissement ou le réseau, conformément aux conventions collectives.

Katrine Desautels

Katrine Desautels

Journaliste