Un pourcentage alarmant des anticorps commerciaux utilisés par les chercheurs pour réaliser leurs travaux ne font pas ce qu’on attend d’eux, ce qui peut mener à des conclusions inexactes et à la publication d’études douteuses, a constaté une équipe montréalaise.
Et si les travaux qui ont mené à cette découverte concernaient des anticorps associés à la sclérose latérale amyotrophique, on peut supposer qu’il ne s’agit pas de la seule maladie touchée par le problème.
«L’objectif n’est pas de le déclarer qu’un anticorps est simplement bon ou mauvais, mais il faut trouver le bon anticorps pour la bonne application», a dit le chercheur Carl Laflamme, qui travaille aujourd’hui à l’Université d’Ottawa après avoir participé à ces travaux à l’Institut-hôpital neurologique de Montréal (le Neuro).
Quelque huit millions d’anticorps sont mis en marché par environ 300 entreprises. Ces anticorps sont utilisés en recherche médicale pour détecter et analyser les protéines, des molécules essentielles au fonctionnement des organismes vivants ― «mais c’est impossible que huit millions d’anticorps aient été testés de façon robuste avec le ‘gold standard’», a souligné M. Laflamme.
Les scientifiques achètent auprès de ces fabricants des anticorps ciblant des protéines spécifiques, et la précision de leurs travaux dépend de la capacité de ces anticorps à fonctionner conformément à ce qui est annoncé.
Or, l’équipe du Neuro a constaté que près des deux tiers des anticorps prétendument capables de détecter C9orf72, une protéine liée à la sclérose latérale amyotrophique (SLA), ne faisaient rien de tel.
«On a découvert que certains anticorps qui sont très utilisés ne sont pas fiables, alors que de meilleurs anticorps existaient, mais que personne ne les connaissait, a résumé M. Laflamme. Comment est-ce qu’on peut faire de la recherche reproductible si les outils de base ne sont pas fiables?»
Pour remédier à cette situation, l’équipe a mis sur pied la plateforme ALS-Reproducible Antibody Platform (ALS-RAP), une initiative qui vise à tester et à vérifier quels anticorps agissent efficacement sur les protéines associées à la SLA.
Elle a créé «une base de données gratuite et librement accessible contenant les résultats, afin que les scientifiques du monde entier puissent prendre des décisions éclairées quant aux anticorps à utiliser dans leurs études», a-t-on expliqué par voie de communiqué.
Les principaux fournisseurs d’anticorps ont accepté de fournir leurs produits pour qu’ils soient testés et validés. «On ne cherche pas à identifier la meilleure compagnie, on cherche le meilleur outil disponible pour chaque protéine et chaque application dans la SLA», a dit M. Laflamme.
L’avantage de la science ouverte, poursuit-il, «c’est que non seulement on montre quels sont les bons anticorps, mais aussi les mauvais, et si ces anticorps là ont été très utilisés dans la littérature, il y a des drapeaux qui vont se lever». Jusqu’à présent, environ 20 % des anticorps testés par l’équipe ont été retirés des catalogues commerciaux.
Et ce n’est là qu’un début. Si on recense une trentaine de protéines associées à la SLA, on en recense en revanche, par exemple, une centaine qui sont associées à la maladie de Parkinson.
«Il y a vraiment du gros ménage à faire, absolument», a conclu M. Laflamme.
Les conclusions de ces travaux ont été publiées par la revue eLife.

