Le gouvernement a des dépenses qui sont plus élevées que son PIB et la quantité des services de santé diminue. C’est ce qui est écrit noir sur blanc dans le rapport de la Commissaire à la santé et au bien-être, publié jeudi.
Durant la période analysée, de 2015 à 2023, «la croissance moyenne des dépenses publiques de santé et de services sociaux était plus élevée que celle des revenus consolidés du gouvernement et du PIB». On constate que pendant cette période, «la quantité de services par habitant des principaux secteurs de services de santé a diminué et, en général, l’accès aux services ne s’est pas amélioré».
«Autrement dit, les dépenses montent plus vite que notre richesse collective, a déclaré lors d’une conférence de presse en visioconférence Joanne Castonguay, commissaire à la santé et au bien-être. Pourtant, la quantité de services par habitant diminue. Les visites chez les médecins reculent de 1,3 % par année, les hospitalisations de courte durée de 1,6 %, les jours de présence à l’hôpital de 1,9 % et les chirurgies de 0,8 %. Le système produit donc moins de services par personne, alors même que les dépenses augmentent.»
Le rapport mentionne que les ressources humaines sont insuffisantes et les ressources matérielles sont vieillissantes. Il indique que, pour assurer la pérennité du système de santé et de services sociaux, il faut des transformations profondes de l’organisation «alors que le budget qui lui est accordé est contraint au taux de croissance du PIB».
Mme Castonguay soutient que la situation par rapport aux ressources matérielles est préoccupante. «Le Québec compte 2,3 lits d’hôpitaux pour 1000 habitants, au 17e rang sur 18 [pays], 39 % des bâtiments sont en mauvais ou en très mauvais état, et 22,8 % des équipements médicaux ont dépassé leur durée de vie. Tout cela exerce une pression directe sur la capacité du réseau à répondre aux besoins de la population», affirme-t-elle.
La commissaire s’est aussi attardée sur l’accès aux soins de santé en temps opportun. «Le constat est sans équivoque. Des corrections majeures sont nécessaires. Obtenir un rendez-vous médical est encore difficile. L’accès à un médecin spécialiste, après une référence, est préoccupant, des délais aux urgences posent problème. En santé mentale, beaucoup de besoins demeurent non comblés et les délais dépassent les standards. En protection de la jeunesse, les délais sont très préoccupants. Tous ces éléments, nous les jugeons à corriger. Cela dit, les données récentes de Santé Québec suggèrent que des améliorations sont en cours et que les efforts entrepris vont dans la bonne direction.»
Le document souligne que les difficultés du système de santé relèvent surtout des enjeux d’organisation et de contraintes budgétaires alors que les professionnels de la santé travaillent d’arrache-pied dans un contexte de manque de ressources pour offrir des soins à la population.
«Aurions-nous frappé le mur tant redouté? écrit dans le rapport Mme Castonguay. Si la création de Santé Québec et la réorganisation du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) témoignent d’une volonté d’efficacité, nos analyses laissent supposer que la pérennité du système demeure fragile. Les contraintes budgétaires, sans modifications dans l’organisation des services, limitent la capacité du réseau à continuer à répondre aux besoins.»
Mme Castonguay ajoute que le système est encore «trop centré sur l’hôpital, peu outillé pour la prévention et insuffisamment arrimé aux autres acteurs — communautaires, municipaux, sociaux — qui influencent la santé et le bien-être au quotidien».
Les bons coups du réseau
La commissaire ne remet pas en question que les acteurs partagent le même objectif, c’est-à-dire de ne pas seulement s’attarder à soigner les maladies, mais d’améliorer la santé et le bien-être de l’ensemble de la population. Elle précise que cette vision est de plus en plus présente dans les orientations publiques.
Par rapport aux forces du réseau, l’espérance de vie à 65 ans, soit le nombre d’années restantes qu’une personne de cet âge peut espérer vivre, est 20,8 ans au Québec, parmi les meilleurs au monde. «Pour les décès évitables, le Québec se classe au deuxième rang des provinces canadiennes. Et sur le plan de l’humanisme des soins, les gens donnent une note de 7,5 sur 10 et 94,5 % d’entre eux estiment être traités avec courtoisie et respect», poursuit Mme Castonguay, ajoutant que les services spécialisés au Québec sont parmi les meilleurs à l’échelle mondiale.
Du côté des fragilités, elle expose que la prise en charge pour les maladies chroniques et la santé mentale est déficiente, l’efficacité de la prévention et de la promotion reste à améliorer et qu’il existe des secteurs où il manque de mesures, comme la première ligne et la réadaptation.
La commissaire a réitéré que nous étions désormais dans la bonne direction, mais que l’implantation demeurait difficile et qu’il fallait se donner du temps pour voir des résultats. «Ça fait des années et des années que les objectifs sont déterminés en termes de quantité et on n’obtient pas un meilleur accès. Donc, il faut que tu changes la façon de voir les choses. Et la façon de voir les choses, c’est de dire, au lieu de focusser sur la quantité de services, on devrait être focussé sur la santé et le bien-être.»
Trois chantiers où le gouvernement doit travailler
La commissaire conseille au gouvernement d’entreprendre trois chantiers. Premièrement, d’intensifier le virage vers la santé de la population. Pour ce faire, elle suggère de rééquilibrer l’allocation des ressources en faveur de la promotion et la prévention de la santé, ainsi que des soins de proximité. Elle demande aussi un effort pour améliorer le soutien aux populations marginalisées et diminuer les iniquités.
Deuxièmement, il faut accroître la valeur produite par le système de santé pour répondre aux besoins de la population. Mme Castonguay recommande au gouvernement, entre autres, de renforcer les services de maintien de l’autonomie et de prioriser les investissements qui améliorent directement l’expérience de la population en ce qui a trait à la navigation des soins et services.
Troisièmement, les décisions du système doivent être plus transparentes. En ce sens, la Commissaire recommande au MSSS de documenter les critères utilisés pour guider la prise de décisions. Également, de «simplifier et clarifier les politiques en place, clarifier le portefeuille de politiques publiques existant et s’assurer que toute nouvelle politique tient compte de ce qui est déjà en cours».
La population veut «des soins accessibles, conviviaux, continus et humains», indique le rapport. Les citoyens sont toutefois peu satisfaits «de l’accessibilité, de la convivialité des processus organisationnels et de la continuité des soins et des services, malgré une perception positive de l’humanisme des soins». La commissaire met en garde que «ce désarrimage» risque de miner la confiance des gens envers le système de santé.
Dans une version précédente, La Presse Canadienne écrivait que le gouvernement dépense trop en santé en fonction de son PIB. La formulation juste est que le gouvernement a des dépenses qui sont plus élevées que son PIB.

