Santé

Qu’est-ce qu’un «déficit de fécondité» et pourquoi s’accroît-il au Canada?

Le désir d’avoir des enfants est en hausse au pays, selon des nouvelles données publiées par Statistique Canada.

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An embryologist ARCHIVE - Un embryologiste utilise un microscope pour observer un embryon, visible sur un écran, à droite. (Richard Drew/AP)

La Dre Kim Garbedian, endocrinologue spécialisée en reproduction, constate depuis quelque temps un changement notable dans le profil des patients qu’elle reçoit à la clinique Pollin Fertility de Toronto: il s’agit de couples plus jeunes, dans la vingtaine, qui souhaitent s’assurer que leur santé reproductive leur permettra d’avoir des enfants plus tard dans leur vie.

Ce texte est une traduction d’un contenu de CTV News.

«La sensibilisation à la fertilité s’est considérablement accrue. Nous voyons notamment des jeunes femmes dans la vingtaine et au début de la trentaine, qui savent qu’elles veulent avoir des enfants et qui en ont le désir, mais qui ne sont pas encore tout à fait prêtes pour le moment, a déclaré la Dre Garbedian lors d’une entrevue accordée samedi à CTV News.

«Mais elles viennent nous consulter, que ce soit simplement pour passer des tests ou pour congeler leurs ovules.»

Le désir d’avoir des enfants est en hausse au Canada, selon les données publiées jeudi par Statistique Canada.

En 2021, 41 % des Canadiens de toutes les tranches d’âge ont déclaré avoir l’intention d’avoir des enfants biologiques à un moment donné dans le futur. Ce chiffre est passé à 46 % dans les données les plus récentes publiées en 2024.

La plus forte augmentation a été observée chez les adolescents et les jeunes adultes âgés de 15 à 24 ans. En 2021, 53 % ont déclaré avoir l’intention d’avoir des enfants biologiques, un chiffre qui est passé à 64 % trois ans plus tard.

Le rapport de Statistique Canada souligne également que l’optimisme est lié aux projets d’avoir des enfants, la COVID-19 ayant probablement contribué à la baisse du nombre de Canadiens souhaitant avoir des enfants en 2021, et les perspectives étant désormais plus positives en 2024 après la pandémie.

Parallèlement, il note que les taux de fécondité au Canada ont atteint un niveau historiquement bas, à 1,25 enfant par femme, répondant ainsi aux critères d’un pays à fécondité «ultra-faible».

«À l’échelle nationale, les femmes repoussent leur maternité de la vingtaine à la trentaine», indique le rapport de Victoria Jordan et Maire Sinha.

«Des recherches antérieures suggèrent que l’écart entre les intentions de procréation et la fécondité effective pourrait se creuser», indique le rapport, ajoutant que ce phénomène pourrait être «particulièrement prononcé» chez les jeunes.

«Ce statut [de pays à fécondité ultra-faible] signifie généralement qu’un pays peut être confronté à des défis liés au vieillissement de la population, notamment des tensions sur la main-d’œuvre et des pressions sur les systèmes de santé publique et de retraite.»

Un accent mis sur l’éducation et le soutien aux couples

Selon la Dre Garbidean, il reste deux domaines sur lesquels ils travaillent en matière d’éducation de leurs clients: les hommes et les idées reçues.

«La fertilité masculine représente environ 50 % de tous les cas d’infertilité. Les hommes ont une horloge biologique, mais je ne pense pas que ce message soit vraiment diffusé.»

—   Dre Kim Garbidean, endocrinologue spécialisée en reproduction

«Le plus important est l’idée reçue selon laquelle les traitements de fertilité peuvent tout guérir. Nous voyons beaucoup de patientes qui pensent: “Ce n’est pas grave si je repousse le moment, car je peux toujours compter sur la congélation d’ovocytes”, alors qu’en réalité, lorsque les patientes viennent me consulter, le taux de réussite peut être aussi bas que 5 % ou aussi élevé que 50 %.»

Breanna Hughes, qui a elle-même été confrontée à des problèmes d’infertilité, a lancé une entreprise appelée Bird&Be afin d’aider à informer et à soutenir le nombre croissant de Canadiens concernés.

«J’ai souffert de dépression et d’anxiété pendant ce parcours contre l’infertilité. J’ai subi plusieurs fausses couches et j’étais complètement perdue. Avec le recul, cela reste l’une des pires périodes que j’ai jamais vécues», a-t-elle expliqué samedi lors d’une entrevue avec CTV News depuis Peachland, en Colombie-Britannique.

«Les informations étaient tellement limitées, et cela reste un énorme problème», a ajouté Mme Hughes, dont l’entreprise aide désormais à apporter des réponses concernant les compléments alimentaires, les tests de sperme à domicile et l’ovulation.

«En matière de santé publique, il y a [l’éducation sexuelle] à l’école, puis il y a un énorme vide pendant de nombreuses années où l’on n’entend rien sur la fertilité, la santé et la santé reproductive… et puis tout à coup, quand on essaie de concevoir, on est en quelque sorte livré à soi-même.»

—  Breanna Hughes

Zoe Klein, assistante sociale agréée, dont le rôle consiste à aider ses clients à traverser les processus émotionnels et sociaux liés à la fertilité, affirme avoir constaté une augmentation du nombre de clients qui souhaitent désormais avoir des enfants, mais qui rencontrent des difficultés pour y parvenir.

«Je constate clairement que, dans l’ensemble, davantage de personnes de moins de trente ans souhaitent avoir des enfants», a dit Mme Klein lors d’une entrevue accordée samedi à CTV News.

«D’après ce que je constate, [on observe] une baisse du nombre de personnes qui ont des enfants parce qu’elles n’ont pas pu maîtriser ces problèmes de santé assez tôt avec les professionnels de santé appropriés et que personne ne leur a expliqué qu’il y a aussi des conséquences sur la santé mentale et d’autres difficultés qui vont les accompagner, mais qui peuvent tout à fait être prises en charge. Mais pour cela, elles doivent disposer des bonnes informations.»