Santé

Cancer du sein: Québec reporte l’élargissement du programme de dépistage aux femmes âgées de 45 à 49 ans

«Alors que toutes les autres provinces et tous les territoires autorisent déjà le dépistage à partir de 40 ans ou s’apprêtent à le mettre en œuvre, le retard du Québec est difficile à justifier.»

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Le Québec demeure la seule province ou le seul territoire à ne pas inclure les femmes âgées de 45 à 49 ans dans son programme de dépistage du cancer du sein, un an après que l’institut provincial de la santé eut recommandé d’étendre ce programme aux femmes de ce groupe d’âge.

En septembre 2025, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) a recommandé à la province d’étendre son programme aux femmes âgées de 45 à 49 ans.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Toutefois, il a également recommandé d’améliorer le programme de dépistage du cancer du sein avant de l’étendre — une recommandation identique à celle formulée par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) dans un rapport publié ce même mois.

Les améliorations proposées comprennent la réduction du taux élevé de rappels et des délais d’attente pour les examens, l’amélioration des systèmes informatiques ainsi que l’ajout de nouveaux indicateurs afin de mieux évaluer le rendement du programme et son incidence sur la santé des femmes.

Le ministère québécois de la Santé et des Services sociaux (MSSS) s’est prononcé en faveur de l’amélioration du programme de dépistage du cancer du sein deux mois après cette recommandation. Cependant, un an plus tard, il n’est toujours pas prêt à étendre le programme aux femmes âgées de 45 à 49 ans.

«Les travaux se poursuivent pour mettre en place les différentes conditions préalables recommandées par l’INESSS en vue d’une éventuelle extension», a-t-on indiqué à CTV News dans un courriel. «Les équipes du ministère s’emploient à définir des stratégies visant à améliorer le rendement global du Programme québécois de dépistage du cancer du sein dans sa forme actuelle et à en renforcer l’efficacité, notamment en ce qui concerne la pertinence et l’accessibilité des tests de dépistage prescrits.»

Sur cette photo d'archive datée du 31 juillet 2012, un radiologue compare une image issue d'une mammographie classique en 2D à celle obtenue grâce à la nouvelle technique de tomosynthèse mammaire numérique en 3D, à Wichita Falls, au Texas. Photo: Times Record News via AP Sur cette photo d'archive datée du 31 juillet 2012, un radiologue compare une image issue d'une mammographie classique en 2D à celle obtenue grâce à la nouvelle technique de tomosynthèse mammaire numérique en 3D, à Wichita Falls, au Texas. Photo: Times Record News via AP (Torin Halsey/THE CANADIAN PRESS)

Le ministre de la Santé de l’époque, Christian Dubé, avait chargé l’institut d’étudier la possibilité d’élargir le programme alors que d’autres provinces et territoires du Canada commençaient à abaisser l’âge de dépistage de 50 à 40 ans.

Cette initiative faisait suite à l’appel lancé par la Société canadienne du cancer aux provinces afin qu’elles élargissent leurs programmes pour inclure les femmes dans la quarantaine, à la lumière de recherches démontrant une augmentation des diagnostics de cancer du sein chez les jeunes femmes.

Les défenseurs réclament des mesures

La plupart des provinces et des territoires permettent aux femmes dans la quarantaine d’avoir accès à des mammographies de dépistage de routine. Le Manitoba étendra son programme aux femmes âgées de 40 ans d’ici la fin de l’année, tandis que le Nunavut entamera également la mise en œuvre d’un programme organisé destiné aux femmes âgées de 40 à 74 ans d’ici la fin de l’année.

Le programme actuel de dépistage du cancer du sein au Québec invite les femmes asymptomatiques présentant un risque moyen de développer la maladie, âgées de 50 à 74 ans, à se soumettre à un dépistage tous les deux ans.

La Coalition québécoise pour les priorités en matière de cancer a déclaré que le retard pris dans l’amélioration du programme et l’inclusion des femmes âgées de 45 à 49 ans était décevant.

«Prétendre que nous ne sommes pas encore en mesure de dépister adéquatement les femmes de plus de 50 ans, et qu’il ne faut donc pas abaisser l’âge tant que nous n’en avons pas la capacité, revient à négliger la responsabilité du gouvernement de trouver des solutions pour améliorer les parcours de dépistage existants afin d’accélérer le diagnostic précoce», a souligné Eva Villalba, directrice générale de la Coalition québécoise pour la priorité au cancer.

«Nous devrions être capables de mâcher de la gomme et de marcher en même temps. Concentrons-nous sur l’abaissement de l’âge de dépistage à 45 ans, comme l’a recommandé l’INESSS, et améliorons le programme de dépistage actuel en mettant en place des évaluations personnalisées des risques», a-t-elle ajouté.

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Le cancer du sein est le deuxième cancer le plus fréquemment diagnostiqué au Canada, avec 32 700 cas prévus en 2026, juste derrière le cancer du poumon, qui en compte 32 900, selon le Journal de l’Association médicale canadienne.

Au Québec, on s’attend à ce que 8400 personnes reçoivent un diagnostic en 2026. Cependant, le Québec affiche le taux d’incidence normalisé selon l’âge le plus élevé du pays pour le cancer du sein, soit 86,2 pour 100 000 habitants.

Compte tenu de la prévalence de la maladie, la Fondation québécoise du cancer du sein a déclaré que les femmes doivent avoir accès en temps opportun au dépistage afin de détecter le cancer du sein plus tôt, ce qui garantit que les options de traitement ne soient pas limitées et améliore leurs chances de survie.

«Alors que toutes les autres provinces et tous les territoires autorisent déjà le dépistage à partir de 40 ans ou s’apprêtent à le mettre en œuvre, le retard du Québec est difficile à justifier», a mentionné Karine-Iseult Ippersiel, présidente et directrice générale de la Fondation québécoise du cancer du sein.

Dépistage fondé sur le risque

L’INESSS a indiqué dans son rapport que la province envisage également de mettre en œuvre une approche de dépistage tenant compte des facteurs de risque individuels, notamment l’âge, les antécédents familiaux de cancer du sein, l’origine ethnique, la densité mammaire, les habitudes de vie, l’exposition aux hormones et le risque génétique.

Bien que le cancer du sein touche principalement les femmes âgées de 50 ans et plus, des études canadiennes récentes ont montré une augmentation des diagnostics chez les jeunes femmes, des taux plus élevés de formes agressives de cancer du sein chez les jeunes femmes, ainsi que des répercussions différentes sur les groupes ethniques et racialisés.

Certaines provinces canadiennes ont mis en place des programmes de dépistage destinés aux personnes présentant un risque élevé de cancer du sein et de cancers héréditaires, notamment l’Ontario, la Nouvelle-Écosse, la Colombie-Britannique et le Manitoba.

Le MSSS étudie également des options de dépistage du cancer du sein fondées sur le risque. «La priorité est d’offrir un meilleur soutien aux groupes de femmes les plus susceptibles de développer un cancer, en mettant l’accent sur la prévention», a-t-on précisé à CTV News.

Cependant, Mme Ippersiel a indiqué que la Fondation québécoise du cancer du sein milite en faveur d’un dépistage fondé sur le risque depuis plusieurs années.

Elle a précisé que la fondation avait proposé de financer entièrement et de mettre en œuvre un projet pilote destiné aux femmes du Québec en s’appuyant sur le projet local canadien PERSPECTIVE, un outil d’évaluation du risque de cancer du sein mis au point par le Dr Jacques Simard de l’Université Laval et son équipe.

Ce test, dont l’efficacité a été démontrée dans le cadre d’une étude portant sur plus de 4000 femmes, combine un échantillon de salive permettant d’extraire l’ADN et un questionnaire. Il évalue le risque d’une femme de développer un cancer du sein, puis propose un plan de dépistage personnalisé en fonction de sa catégorie de risque.

Selon Mme Ippersiel, la combinaison de cette approche avec le dépistage de population permettrait de donner la priorité aux femmes qui ont besoin d’un dépistage mais qui ne se situent pas dans la tranche d’âge couverte par le programme provincial.

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«Il est faux de croire que toutes les femmes présentent le même risque de cancer du sein. Elles n’ont pas toutes besoin d’un dépistage biannuel, et certaines femmes âgées de 30 à 40 ans en ont besoin», a rapporté Karine-Iseult Ippersiel. «Cette innovation permettrait de donner la priorité aux femmes dans un programme de dépistage en fonction de leur risque, et non simplement de leur âge. L’identification des femmes présentant un risque plus élevé nous aide en matière de prévention, si le ministère de la Santé souhaite véritablement mettre l’accent sur la prévention.»

Le 2 octobre 2025, des députés de l’opposition officielle ont déposé une motion à l’Assemblée nationale, en collaboration avec la Fondation québécoise du cancer du sein, appelant à la modernisation du dépistage du cancer du sein grâce à des approches fondées sur le risque, telles que le projet PERSPECTIVE.

La motion, adoptée à l’unanimité, était accompagnée d’une pétition signée par plus de 42 000 personnes. Mais le projet pilote n’a jamais vu le jour.

«Ce qui est particulièrement préoccupant, ce n’est pas seulement le retard en soi, mais le manque de souplesse et de réactivité face à l’innovation qui pourrait contribuer à améliorer le programme de manière plus ciblée et plus efficace.»

—  Karine-Iseult Ippersiel, présidente et directrice générale de la Fondation québécoise du cancer du sein.

«Nous ne sommes plus limités à une approche uniforme fondée uniquement sur l’âge. Des outils tels que ce test peuvent aider à mieux identifier et à donner la priorité aux femmes présentant un risque plus élevé, y compris celles dans la quarantaine, et favoriser une utilisation plus intelligente et équitable des ressources de dépistage», a ajouté Mme Ippersiel.

L’approche actuelle abandonne les femmes à leur sort

Le ministère de la Santé a indiqué que, bien que le programme québécois de dépistage du cancer du sein ne cible pas actuellement les femmes âgées de 40 à 49 ans, celles-ci sont tout de même encouragées à consulter un professionnel de la santé si elles présentent un risque accru de développer la maladie et souhaitent subir un dépistage.

Au-delà du dépistage, les femmes qui présentent des symptômes de cancer du sein devraient également s’adresser à un professionnel de la santé pour demander un examen d’imagerie diagnostique, a ajouté le ministère.

Cependant, cette approche laisse trop de femmes pour compte et repose sur la mobilisation individuelle plutôt que sur un parcours équitable et normalisé, d’après la présidente et directrice générale de la Fondation québécoise du cancer du sein.

«Si vous n’êtes pas bien informée sur le plan médical, si vous n’avez pas de médecin de famille ou si vous n’êtes pas en mesure d’insister à plusieurs reprises pour obtenir des soins, il est souvent très difficile — voire impossible — d’obtenir une recommandation pour un dépistage avant l’âge de 45 ans», a précisé Mme Ippersiel.

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«De nombreux médecins continuent de souligner que le risque global est plus faible dans ce groupe d’âge, ce qui peut retarder l’accès au dépistage, même pour les femmes qui sont inquiètes ou qui présentent des facteurs de risque importants.»

—  Karine-Iseult Ippersiel, présidente et directrice générale de la Fondation québécoise du cancer du sein.

Mme Ippersiel espère que le prochain parti à former le gouvernement, le Parti québécois, continuerait de faire de la prévention du cancer du sein — notamment en abaissant l’âge du dépistage et en intégrant des stratégies ciblant les groupes à haut risque — une priorité absolue.

«Le Québec semble à la traîne à un moment où d’autres juridictions s’adaptent, se modernisent et reconnaissent l’importance d’un accès plus précoce au dépistage. Cela envoie un mauvais message aux femmes qui tentent d’adopter une attitude proactive envers leur santé, en particulier celles qui pourraient déjà faire face à des obstacles pour accéder aux soins», a-t-elle conclu.