Une technique développée par une équipe du Centre hospitalier de l’Université de Montréal semble réduire considérablement le risque de paraplégie chez les patients qui doivent être opérés pour un anévrisme de l’aorte.
La technique a jusqu’à présent été utilisée chez un seul patient, un homme de 72 ans dont l’anévrisme aortique menaçait de rompre à tout moment. Le risque de paraplégie pour ce patient aurait été de près de 40 % avec l’intervention classique, un risque que la nouvelle technique a abaissé à environ 5 %.
«Ça permet désormais de traiter une clientèle qui était considérée trop à risque pour une chirurgie aortique», a expliqué le docteur Philippe Charbonneau, qui est chirurgien vasculaire au CHUM et qui a développé la nouvelle technique avec son collègue le docteur Jean-François Blair. «On peut finalement offrir certains traitements à des patients qui sont trop à risque, justement, de se retrouver dans une chaise roulante.»
La technique SALP (pour Segmental Artery Laser Preservation) concerne spécifiquement les anévrismes thoraco-abdominaux, c’est-à-dire ceux qui se sont formés sur la partie de l’aorte qui se situe à cheval entre le thorax et l’abdomen.
Jusqu’à présent, pour éliminer la menace de l’anévrisme, les chirurgiens vasculaires n’avaient d’autre choix que de sacrifier plusieurs des petites artères qui partent de l’aorte pour alimenter la moelle épinière en sang, d’où le risque de paraplégie.
«En chirurgie ouverte, on est capables de (...) faire un petit pontage dans la direction de ces vaisseaux ouverts, a détaillé le docteur Charbonneau. Mais en chirurgie endovasculaire, il n’y a aucune technique à date qui permet de les préserver. Ce sont des petites artères de deux à quatre millimètres (et) c’est quasiment impossible de les retrouver par voie endovasculaire et de les préserver.»
Après une intervention classique, poursuit-il, le patient finira par développer naturellement des voies de contournement pour perfuser sa moelle, «mais dans certains cas, les voies de contournement ne sont pas assez bien développées».
«Puis ça, ça fait en sorte que ces patients-là peuvent avoir (...) un infarctus de la moelle, et ça entraîne une paralysie des jambes, a expliqué le docteur Charbonneau. Et ça, c’est la catastrophe, c’est la situation la plus dramatique qu’un chirurgien vasculaire (...) peut rencontrer dans le contexte de cette chirurgie-là. Parce qu’une fois que le patient est paralysé, c’est terminé, il est en chaise roulante.»
L’équipe du CHUM fait maintenant appel à des techniques d’imagerie sophistiquées pour repérer ces petites artères et en protéger quelques-unes avec une endoprothèse pendant la chirurgie.
Une fois l’intervention complétée, les chirurgiens vasculaires utilisent un laser pour ouvrir une «fenêtre» qui permet à ces artères de recommencer à alimenter la moelle épinière.
«Avec la technique qu’on a développée ici au CHUM, on est en mesure de conserver au moins une autoroute, ou plusieurs autoroutes naturelles, qui permettent de perfuser et d’amener le sang et de l’oxygène vers la moelle directement», a résumé le docteur Charbonneau.
La technique n’est pas appropriée pour tout le monde, précise-t-il, et encore faut-il trouver une artère ayant le bon diamètre qui se rend à la moelle, mais pour les patients dont le système vasculaire est en moins bon état, «il y a un avantage immense à au moins préserver une de ces autoroutes-là qui permet de déverser une quantité de sang importante vers la moelle».
«Il y a un grand engouement et j’ai reçu des demandes d’Europe, des États-Unis, d’Asie, des chirurgiens qui nous demandent des conseils (...) pour leurs propres patients à haut risque, a conclu le docteur Charbonneau. C’est assez gratifiant et bénéfique de pouvoir aider et d’échanger avec ces collègues-là.»
Les conclusions de cette étude ont été publiées par l’European Journal of Vascular and Endovascular Surgery.

