Le mot prévention était sur toutes les lèvres à l’occasion de la troisième édition du sommet «Une nouvelle vision de la santé», qui a lieu mardi à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).
Différents acteurs du milieu de la santé, académique, des chercheurs et des politiciens ont fait valoir l’importance d’investir davantage en prévention lors de l’événement organisé avec l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ).
L’ex-première ministre du Québec et chancelière de l’UQAM, Pauline Marois, a prononcé un mot d’ouverture qui a été chaudement applaudi par la foule d’experts présents. «Nous parlons de prévention. En fait, le mot semble simple. Tout le monde est pour, je suis certaine. Mais dans la vie réelle, comme dans la vie publique, l’urgence prend souvent toujours la place. Prévenir, c’est agir avant que le problème ne s’impose», a-t-elle déclaré.
«La prévention, ce ne peut être une bonne intention que l’on redécouvre à chaque crise», a ajouté Mme Marois.
La Dre Caroline Quach-Thanh, directrice nationale de la Santé publique, a parlé des défis auxquels est confrontée la société québécoise. «On pense notamment à l’omniprésence du numérique, plus particulièrement dans l’environnement de nos jeunes, du vieillissement de la population, de l’augmentation des maladies chroniques, des impacts très concrets des changements climatiques sur la santé ou une inégalité sociale de santé qui persiste, ainsi qu’aux transformations démographiques et sociales que nous vivons», a-t-elle énuméré.
Dre Quach-Thanh a expliqué que la prévention centrée sur l’individu engendre des inégalités sociales. «Un individu ne peut pas toujours faire les meilleurs choix pour sa santé, que ce soit faute de connaissance, de moyens ou tout simplement parce que son environnement n’y est pas favorable», a-t-elle souligné. D’où l’importance de bâtir des milieux de vie sains et durables.
Les partis débattent de santé
Un débat électoral a par ailleurs eu lieu en avant-midi où les candidats de quatre partis — la Coalition avenir Québec (CAQ), le Parti libéral du Québec (PLQ), le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) — ont fait valoir les priorités de leur formation politique en matière de santé.
Le candidat libéral dans Nelligan, Monsef Derraji, a rappelé que le PLQ s’engage à augmenter la part des dépenses qui est consacrée à la prévention pour atteindre 5 % d’ici la fin d’un mandat.
«Il faut être ambitieux. C’est vrai qu’il y a une pression sur les finances publiques, c’est vrai qu’il y a une dette [...] mais on ne peut pas, en tant que société, venir dire aujourd’hui qu’on veut changer le paradigme sans se donner les moyens», a déclaré M. Derraji.
Sonia Bélanger, ministre de la Santé et candidate dans Prévost pour la CAQ, a rappelé que le budget actuel qui est alloué à la santé publique s’élève à 1,8 milliard $, ce qui représente environ 1,7 % du budget total de la santé. Mme Bélanger a dit vouloir augmenter le budget de la prévention graduellement, mais pas aussi rapidement que le PLQ, car elle craint de devoir couper ailleurs.
«Mon collègue veut augmenter ça à 5 %. Je suis d’accord de façon vertueuse par rapport à ça, mais ce sont des vases communicants, il va falloir en prendre ailleurs», a répliqué Mme Bélanger.
Elle en a profité pour rappeler la Stratégie nationale de prévention en santé 2025-2035, qui vise à réduire d’ici les dix prochaines années de 10 % la croissance du fardeau des maladies évitables.
De son côté, Camille Pellerin-Forget, candidate d’Iberville pour le PQ, a indiqué que son parti s’est engagé, d’ici quatre ans, à augmenter de 550 millions $ le budget en prévention
Le candidat solidaire dans Richmond, David Poulin-Latulippe, a mis de l’avant que QS voulait rehausser de 1 milliard $ le financement aux organismes communautaires, et que ceux-ci soient financés à la mission plutôt qu’au projet.
L’animateur du débat électoral, Éric Grenier, rédacteur en chef de L’Actualité, a demandé aux candidats quel déterminant social de la santé doit être priorisé, selon eux. Tous ont tendu vers une réponse qui impliquait de lutter contre l’itinérance et de favoriser le logement abordable, car sans toit, il est difficile de penser à sa santé.
Le rôle des CLSC a aussi été abondement mentionné durant le débat. La CAQ veut avoir des cliniques IPS publiques dans chaque CLSC. QS s’est engagé à mettre sur pied, sur un horizon de huit ans, 400 nouveaux points d’accès de CLSC. Et le PQ veut redonner leur vocation aux CLSC, «en leur permettant d’agir en prévention».

