Les urgences de la province ont tendance à moins déborder en été, mais cela ne veut pas dire pour autant que les urgentologues ont droit à un répit. Leur pratique s’est alourdie dans les dernières années et on ne peut plus appliquer la «même recette», soutient la présidente de l’Association des médecins d’urgence du Québec (AMUQ), la Dre Marie-Maud Couture.
Les médecins d’urgence voient en moyenne 15 à 20 patients par quart de travail, qui dure généralement de 8 à 12 heures. «Notre vitesse reste à peu près toujours la même au fil des années, sauf que c’est plus difficile depuis 10 ans, les cas sont beaucoup plus complexes, même à la petite urgence», indique Dre Couture.
Quand elle a commencé sa pratique il y a 20 ans, c’était possible de voir environ 30 patients par quart de travail. Les cas demandent désormais plus de temps, notamment en raison du vieillissement de la population.
«On n’a pas adapté vraiment notre système. Oui, il y a le soutien à domicile, il y a le GAP (Guichet d’accès à la première ligne), entre autres, mais le fardeau des patients âgés ou des patients très malades augmente au niveau de la société et on applique la même recette. On n’a pas adapté notre façon de faire», déplore Dre Couture.
Un autre aspect de la pratique qui a changé est que les urgentologues font plus de suivis avec leurs patients. «On en fait revenir un peu plus parce qu’on n’a pas de garantie qu’ils vont avoir accès à des soins en externe. Ça, c’est très différent de région en région, mais je dirais que c’est un phénomène où on revoit nos patients, même si on n’est pas des médecins de famille parce qu’on ne peut pas abandonner la population», soupire Dre Couture.
Elle s’est demandé pourquoi les urgentologues sont si épuisés. «Même si le taux d’occupation est plus bas, globalement, à l’échelle provinciale, les médecins sont essoufflés à l’urgence. Les équipes sont essoufflées parce que nos patients sont vraiment malades. Et il n’y a pas de bonne statistique pour démontrer ça. Ça se quantifie mal la gravité ou la sévérité d’un patient», dit-elle.
Il existerait des indices de gravité qui sont utilisés à travers le monde, mais ils n’ont pas encore été importés au Québec, mentionne la présidente de l’AMUQ. Elle tente de plaider sa cause auprès du ministère de la Santé, insistant sur le fait que les données ne doivent pas montrer seulement le taux d’occupation.
Un été particulièrement occupé
Le taux d’occupation des civières dans les urgences du Québec a oscillé autour de 115 % dans les derniers jours. «On confond souvent le taux d’occupation des civières avec l’achalandage, avec la charge de travail. Notre charge de travail est plus complexe, elle s’alourdit, mais elle est constante. On est à une vitesse de croisière qui est à peu près toujours la même. On s’adapte évidemment, mais ça ralentit rarement», commente Dre Couture.
«Cette année, les mois de juin et juillet ont été particulièrement corsés en termes d’achalandage dans l’ambulatoire», indique Dre Couture. Cela veut dire beaucoup de P4 et P5, les problèmes de santé classés comme mineurs à l’urgence.
Dans la région de Montréal, le taux d’occupation a été «extrême» cet été, pointe la docteure.
Les causes sont multiples. Une explication serait que plusieurs cliniques ferment sur un même territoire pendant la période estivale, sans nécessairement se coordonner entre elles. Les patients pris en charge à la clinique continuent d’avoir des besoins et souvent, ils se tournent vers l’urgence. Il y a aussi moins de places disponibles au GAP.
Taux d’occupation artificiellement plus bas
Plusieurs hôpitaux du Québec affichent des taux d’occupation sous les 50 %, mais il faut être prudent. D’abord, dans les régions rurales, les hôpitaux ne font pas de «grosses chirurgies». Il y a donc moins d’équipes d’hospitalisations, ce qui donne un taux d’occupation plus petit à l’urgence.
De plus, en raison de la pénurie de main-d’œuvre qui est plus sévère pour certains territoires, le nombre de civières disponibles est revu. Dre Couture donne l’exemple de l’hôpital de Fleurimont pour laquelle il n’y a pas assez de personnel pour couvrir l’ensemble des civières disponibles.
«Il y a environ 10 ou 15 civières qui ne seront jamais occupées parce qu’il n’y a pas de personnel pour les couvrir. Ça donne artificiellement un taux d’occupation qui est plus bas parce qu’on utilise peut-être les deux tiers des civières. Mais nous, on travaille sans relâche. C’est épouvantable ce genre de situation où on a accès à des civières, mais nos patients les plus malades peuvent se retrouver dans la salle d’attente», se désole l’urgentologue.
Elle souligne par ailleurs qu’elle n’a jamais senti qu’elle travaillait moins quand l’occupation des civières est moins grande. Cependant, cela enlève une pression sur les médecins, car ils savent que les patients très malades seront vus dans les bons délais.

