WINNIPEG — Le gouvernement fédéral a annoncé jeudi un financement de 5 millions $ et distribue 80 000 kits d'autotest du VIH à travers le Canada afin d'élargir l'accès aux mesures de prévention du VIH.
«Le VIH est une maladie qui peut être prise en charge, et les personnes vivant avec méritent de mener une vie saine et épanouie, sans stigmatisation ni discrimination», a dit jeudi le député libéral de Winnipeg-Ouest, Doug Eyolfson, lors de l'annonce, faite aux côtés de la Dre Joss Reimer, administratrice en chef de la santé publique du Canada.
«Ce financement doit permettre aux gens de se faire dépister plus facilement, de connaître leur statut sérologique et d'accéder aux soins et au soutien dont elles ont besoin.»
Ottawa allouera 5 millions $ pour améliorer l’accès à ces trousses et pour recruter des pairs aidants au sein des communautés les plus touchées par le VIH. De ce montant, 2 millions seront alloués aux tests et 3 millions aux réseaux de soutien mutuel.
Le gouvernement fédéral indique que 2300 nouveaux cas de VIH ont été signalés en 2024 et qu’environ 7000 personnes vivent sans savoir qu’elles sont séropositives.
Le VIH, abréviation de «virus de l’immunodéficience humaine», attaque le système immunitaire. Sans traitement, il peut affaiblir les défenses de l’organisme et évoluer vers le sida, une maladie qui peut mettre la vie en danger.
Les défenseurs de la cause affirment que les autotests peuvent constituer un moyen de surmonter les obstacles qui pourraient empêcher certaines personnes de demander de l’aide, notamment le racisme et la situation géographique.
La répartition des lieux de distribution des autotests est en cours de finalisation. La docteure Joss Reimer, administratrice en chef de la santé publique du Canada, a indiqué que la priorité était donnée aux communautés mal desservies.
«Cela inclut les organisations communautaires travaillant auprès des populations autochtones, des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, des communautés noires et d’autres communautés racialisées, ainsi que des personnes qui s’injectent des drogues», a précisé la Dre Reimer.
Le Manitoba Harm Reduction Network, un groupe de défense qui œuvre à la réduction de la transmission des infections transmissibles sexuellement et par le sang, a affirmé que les autotests ne sont qu’un début et qu’une aide de suivi est nécessaire.
«L’accès à des soins dignes fait également partie du plan», a dit la directrice générale du réseau, Shohan Illsley.
Le VIH virulent au Manitoba
Le problème est particulièrement grave au Manitoba. En mai, la province a déclaré une urgence de santé publique en raison de taux de prévalence du VIH qu’elle estime trois fois plus élevés que dans le reste du Canada.
En 2024, la province a signalé un taux de 19,5 cas pour 100 000 habitants. Le taux national s’élevait environ au quart de ce chiffre. La province a indiqué que le nombre de nouveaux cas était en hausse depuis six ans, avec 328 cas détectés l’année dernière contre 90 en 2019.
Elle a appelé Ottawa à lui apporter davantage de soutien pour faire face à cette forte hausse des cas.
La ministre manitobaine de la Santé, Uzoma Asagwara, a soutenu que l’annonce de jeudi constituait une «grande étape» dans la lutte contre ce problème, mais s’est engagée à continuer de plaider en faveur d’investissements supplémentaires.
Ce financement a été salué par la source canadienne de renseignement sur le VIH et l'hépatite C (CATIE), une association de défense et de sensibilisation. Elle a déclaré que cela aiderait le Canada à se rapprocher de son engagement visant à éliminer le VIH en tant que problème de santé publique d’ici 2030.
« Alors que le Canada fait état d’une augmentation de 23 % du nombre estimé d’infections par le VIH, les intervenants communautaires ont du pain sur la planche », a affirmé Jody Jollimore, directrice générale de l’organisme CATIE.
«Pour maîtriser l’épidémie, nous avons besoin d’un engagement à long terme.»
Brittany Hobson, La Presse Canadienne

