Les systèmes de santé au Canada sont confrontés à de multiples enjeux, l’un des principaux étant la pénurie de personnel soignant. La solution se trouve-t-elle dans l’intelligence artificielle (IA), qui est désormais en mesure de reconnaître des symptômes?
Un panel d’experts dans ce domaine en ont débattu, jeudi, au Palais des congrès de Montréal, à l’occasion de la quatrième édition de All In 2026, une conférence d’envergure sur l’IA.
Environ 5,9 millions d’adultes au Canada n’ont pas de prestataire de soins primaires attitré, comme un médecin de famille ou une infirmière praticienne, selon le sondage de 2025 NosSoins, mené par le réseau Unity Health Toronto, en partenariat avec l’Association médicale canadienne.
L’un des experts du panel croit que l’IA pourrait venir en aide aux patients orphelins. Il s’agit de Muhammad Mamdani, directeur du Centre de recherche et de formation en intelligence artificielle en médecine de la Faculté Temerty et responsable clinique, IA, à l’Université de Toronto.
Pour expliquer son propos, il met en scène un patient qui est chez lui et qui ne se sent pas bien. Il ne sait pas ce qui lui arrive et c’est précisément pour cela qu’il va voir un médecin, souvent à l’urgence pour ceux qui n’ont pas de médecin de famille.
Le médecin va questionner le patient, regarder ses symptômes, faire des tests et des examens. «Il analyse ces renseignements dans sa tête pour essayer de poser un diagnostic. L’IA peut-elle faire ça?», demande M. Mamdani. La réponse doit être nuancée, mais elle tend vers l’affirmative.
Il cite le projet de Google intitulé AMIE (Articulate Medical Intelligence Explorer) qui permet d’avoir une consultation vidéo avec l’IA. «Elle entendra votre toux. Elle verra que vous êtes emmitouflé dans une couverture. Elle saura que vous avez des frissons. Vous commencez donc à lui fournir ces données multimodales. Nous avons six millions de personnes qui n’ont pas de médecin en premier recours. Pouvons-nous maintenant commencer à remédier à cette situation grâce à l’IA? Elle ne viendra pas remplacer les médecins, j’espère. Mais elle va certainement alléger les pressions», soutient M. Mamdani.
En juin, le gouvernement fédéral a lancé «L’IA pour tous», la nouvelle stratégie nationale du Canada en matière d’IA. Lors du panel de jeudi, Elissa Strome, directrice générale de la Stratégie pancanadienne en matière d’intelligence artificielle à l’Institut canadien de recherches avancées (CIFAR), a souligné que l’accent a été mis «de façon considérable» sur la santé.
«Environ 30 % de nos 150 chaires de recherche en IA du CIFAR Canada travaillent à faire progresser la science et l’application de l’IA au sein du système de santé», a-t-elle déclaré.
Les craintes du public
Mme Strome a parlé de l’importance de la collaboration multidisciplinaire entre des informaticiens, des cliniciens, des patients partenaires et des administrateurs du système de santé. «C’est ce que nous devons faire au sein de notre système de santé au Canada. Nous devons vraiment travailler ensemble pour résoudre ces problèmes et nous devons vraiment adopter l’IA», a mentionné la directrice générale du CIFAR.
L’institut de recherche a plusieurs projets à long terme dans les cartons, notamment une application d’IA «qui intègre l’imagerie médicale à travers toute une série de modalités différentes» et une application qui «met au point un tableau de bord pour la prévention et la prédiction du diabète».
La confiance du public envers l’intelligence artificielle ainsi que la protection des données ont été citées à plusieurs reprises par des experts du panel en tant que défis d’envergure.
«Il faut avoir un dialogue avec la population pour mieux comprendre les craintes et faire valoir les bénéfices. Il faut inclure les patients, les cliniciens et les développeurs dans une seule conversation», a indiqué Mme Strome.
D’ailleurs, la nouvelle stratégie «L’IA pour tous» prévoit de développer un superordinateur IA de calibre mondial et investir dans des infrastructures de puissance de calcul et infonuagiques souveraines.
Le gouvernement souhaite également renforcer les mesures de protection des renseignements personnels des Canadiens, y compris contre les hypertrucages, et instaurer un régime de sécurité en ligne pour mieux protéger les utilisateurs de réseaux sociaux et de robots conversationnels.

