Santé

L'Institut de gériatrie de Montréal inaugure un laboratoire auditif unique au Canada

On y étudiera les effets combinés des déficits auditifs et des troubles vestibulaires, et on tentera d’élaborer «des solutions».

Mis à jour le 

Publié le 

Plusieurs études ont trouvé une association entre la perte auditive et le déclin cognitif, possiblement parce que la personne âgée qui entend moins bien aura tendance à s'isoler socialement et qu'elle sera moins apte à participer à des activités stimulantes. Sur la photo, des aînés participent à une activité dans une résidence de la Floride en 2020. Photo AP Plusieurs études ont trouvé une association entre la perte auditive et le déclin cognitif, possiblement parce que la personne âgée qui entend moins bien aura tendance à s'isoler socialement et qu'elle sera moins apte à participer à des activités stimulantes. Sur la photo, des aînés participent à une activité dans une résidence de la Floride en 2020. Photo AP (Brynn Anderson)

La Fondation Institut de gériatrie de Montréal a inauguré lundi un laboratoire destiné à l’étude conjointe des troubles auditifs et vestibulaires associés au vieillissement, la première infrastructure en son genre au Canada.

Le Laboratoire Reconnecter – Famille Joly sera installé au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

On y étudiera les effets combinés des déficits auditifs et des troubles vestibulaires, et on tentera d’élaborer «des solutions (...) au bénéfice des personnes aînées malentendantes et en collaboration avec elles», a-t-on expliqué par voie de communiqué.

«La perte auditive cause des changements dans le cerveau, et c’est ça qui m’intéresse, a expliqué le codirecteur du laboratoire et chercheur spécialisé en neurosciences du vieillissement, François Champoux. Et présentement, on ne travaille pas là-dessus, on n’a pas de financement.»

Le laboratoire permettra donc de s’attaquer à certaines questions qui demeuraient jusqu’à présent sans réponses, faute d’avoir accès aux équipements nécessaires, a dit M. Champoux.

«Quand on imagine la perte auditive, on imagine qu’on a seulement besoin de parler plus fort, a-t-il expliqué. Mais on voit un lien avec la démence, la communication est plus difficile, les déplacements et la participation sociale aussi... il y a plusieurs pistes, plusieurs questions auxquelles on veut répondre.»

La perte auditive liée à l’âge (ou presbyacousie) constituerait l’un des troubles de santé les plus fréquents chez les personnes aînées. À partir de 65 ans, une personne sur trois est touchée par une déficience auditive, selon l’Institut de gériatrie, et cette proportion grimpe à une personne sur deux à l’âge de 75 ans.

Lorsque la presbyacousie se conjugue à des troubles vestibulaires, «les répercussions sur la vie quotidienne sont considérables», prévient-on, puisque ces atteintes «peuvent fragiliser l’autonomie, causer de l’isolement social, accélérer le déclin cognitif et accroître les risques de démence et de chute».

Plusieurs études ont ainsi trouvé une association entre la perte auditive et le déclin cognitif, possiblement parce que la personne âgée qui entend moins bien aura tendance à s’isoler socialement et qu’elle sera moins apte à participer à des activités stimulantes.

M. Champoux croit toutefois que ce n’est possiblement pas la seule explication.

«Si on montre que la perte auditive augmente le déclin cognitif, est-ce que ça veut dire qu’on peut prévenir le déclin en empêchant la perte auditive?, a-t-il demandé. Pour moi, ce n’est pas clair, il pourrait par exemple y avoir un mécanisme commun, et ça changerait complètement l’interprétation et l’intervention.»

Le nouveau laboratoire permettra d’étudier simultanément plusieurs éléments qui font actuellement l’objet d’études individuelles à travers le pays, a-t-il précisé, comme la perception, l’action, la cognition ou encore la participation sociale.

Le risque de chute, par exemple, est étrangement associé au vieillissement et à l’audition, mais personne ne s’occupe en ce moment d’étudier cette association «nébuleuse», a-t-il déploré.

«Il faut faire plein de choses en même temps, il faut explorer plein de facettes en même temps, au même endroit, chez un même individu, et avant, on n’était pas capable de faire ça», a conclu M. Champoux.

L’autre directrice du laboratoire est la professeure Adriana Lacerda. M. Champoux et elle sont cotitulaires de la Chaire Fondation Caroline Durand en audition et vieillissement.

La création du Laboratoire Reconnecter – Famille Joly est rendue possible grâce à un don de 630 000 $ d’une famille québécoise.

Jean-Benoit Legault

Jean-Benoit Legault

Journaliste