Selon une experte, il est temps d’adopter l’intelligence artificielle (IA) comme outil dans le domaine de la santé mentale, tout en restant prudent quant au soutien qu’elle peut apporter.
Ce texte est une traduction d’un contenu de CTV News.
L’IA est utile, car elle est disponible «24 heures sur 24, 7 jours sur 7» et peut offrir des outils comme le suivi de l’humeur et des suggestions pour tenir un journal, a déclaré mardi Calissa Ngozi, experte en santé mentale, à l’émission CTV Your Morning.
Elle a toutefois souligné que sa nature accommodante et la facilité avec laquelle elle peut être manipulée suggèrent qu’elle ne peut pas remplacer une thérapie professionnelle.
Les commentaires de Mme Ngozi font suite à une étude récente qui a révélé que les étudiants universitaires utilisant un agent d’IA conversationnel présentaient des niveaux de dépression et d’anxiété inférieurs à ceux de leurs homologues n’utilisant pas l’IA.
L’étude, publiée en avril dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) Network, a interrogé 995 étudiants universitaires dans le cadre d’un essai clinique randomisé mené en Israël entre avril et octobre 2025.
Pendant 12 semaines, les participants ont été répartis au hasard pour interagir avec une plateforme conversationnelle d’IA, suivre une thérapie en personne ou rester sur une liste d’attente en tant que groupe témoin.
L’étude a révélé que les étudiants utilisant des outils conversationnels d’IA ont signalé une réduction plus importante de l’anxiété et de la dépression, comparativement aux groupes suivant une thérapie en personne et à ceux figurant sur la liste d’attente.
Des limites
L’étude a indiqué que les résultats étaient autodéclarés plutôt qu’évalués par des cliniciens, ce qui a limité la validation externe.
Une baisse de l’intention de consulter un thérapeute chez les étudiants du deuxième groupe pourrait également refléter le « besoin perçu » d’un individu pour ce service, plutôt que l’efficacité du service lui-même, ajoute l’étude.
L’IA comme outil thérapeutique
L’un des principaux avantages de l’utilisation de l’IA comme outil thérapeutique est sa grande accessibilité.
«Comme c’est disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, c’est extrêmement utile», a soutenu Mme Ngozi. «Ce n’est pas comme avec un thérapeute, où il faut prendre rendez-vous.»
Les étudiants ayant participé à l’étude ont indiqué avoir utilisé l’outil pour obtenir des réponses à des questions portant sur des sujets allant des conseils relationnels à la situation scolaire, en passant par la vie familiale et les finances.
« L’outil est accessible aux étudiants à 2 h du matin… (quand on) brûle la chandelle par les deux bouts et qu’on se pose ce genre de questions », a ajouté Ngozi.
Il faut faire preuve de prudence quant aux capacités thérapeutiques de l’IA
Calissa Ngozi a toutefois précisé que l’IA présente des limites en tant qu’outil d’accompagnement thérapeutique.
«Elle passe à côté de certains éléments, comme le langage corporel», a-t-elle expliqué. «Quel est le ton de ma voix? Quelles sont les intonations?»
Elle ne peut pas non plus déterminer les intentions d’une personne qui l’utilise.
«Est-ce que je m’en sers à bon escient ou est-ce que je m’en sers… comme une solution de dépannage?», s’est interrogée Ngozi. «Il y a beaucoup de ces aspects auxquels nous devons vraiment prêter attention.»
Par exemple, il est facile de programmer l’outil pour qu’il interagisse d’une manière qui plaise à l’utilisateur, ce qui « peut être très dangereux », a-t-elle déclaré.
«Il faut faire attention aux invites que l’on entre… Un thérapeute établira un lien plus humain avec vous et sera en mesure de vous offrir des éléments que l’IA ne peut pas fournir.»
— Calissa Ngozi, experte en santé mentale
Un bon complément à la thérapie professionnelle
L’IA peut être utile pour proposer des suggestions dans le cadre du soutien en santé mentale et de la tenue d’un journal, qu’il s’agisse de formuler des questions à poser à un thérapeute ou de mener une réflexion personnelle.
«Comment puis-je surmonter les angoisses ou les difficultés que je traverse?», a demandé Mme Ngozi.
Elle pourrait également aider à suivre l’humeur au quotidien, a-t-elle ajouté.
«Il existe de nombreuses façons concrètes et utiles d’utiliser l’IA», a souligné l’experte.
Elle a comparé cet outil à l’utilisation d’un GPS comme aide à la navigation.
«(Il) peut vous indiquer où aller et comment vous y rendre, mais il ne peut pas conduire la voiture à votre place ni vous empêcher d’emprunter des itinéraires alternatifs.»

