Malgré les mises en garde des autorités sanitaires concernant les peptides non autorisés, leur popularité a explosé ces dernières années après que des experts en bien-être, des influenceurs des médias sociaux, des célébrités et le secrétaire américain à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., aient approuvé ces produits.
Cependant, certains experts se disent préoccupés par le fait que cette tendance continue de prendre de l’ampleur au Canada.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
La semaine dernière, des conseillers externes en santé de la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis ont voté à une faible majorité en faveur de l’ajout de plusieurs peptides à la liste de l’agence fédérale des substances jugées sécuritaires pour la préparation magistrale en pharmacie. Ils ont recommandé à la FDA de lever les restrictions qui empêchent les pharmacies de préparer certains peptides injectables, notamment le BPC-157, le TB-500 et le KPV.
Le porte-parole de Santé Canada, Mark Johnson, a déclaré mercredi à CTVNews.ca que, bien que l’organisme fédéral ne puisse pas commenter les décisions concernant la FDA, il a renvoyé à un communiqué de presse indiquant que la Cour supérieure du Québec avait accordé à Santé Canada une injonction permanente contre Canlab Research en juin. Cette injonction a empêché le détaillant en ligne de vendre des peptides injectables non autorisés.
«La vente de médicaments sur ordonnance non autorisés ou la diffusion d’allégations fausses ou trompeuses visant à prévenir, traiter ou guérir des maladies est illégale au Canada», a fait savoir Santé Canada dans son communiqué.
Les peptides injectables sont réglementés comme des médicaments sur ordonnance au Canada et utilisés pour traiter certaines affections; les patients doivent consulter un médecin ou un autre professionnel de la santé autorisé, selon l’organisme fédéral, qui ajoute qu’il doit autoriser ces médicaments avant qu’ils puissent être vendus.
Santé Canada a publié un avis en avril concernant les peptides injectables non autorisés pouvant être achetés en ligne, parmi lesquels figurent certains médicaments dont l’approbation est recommandée par la FDA.
La décision «frustante» du comité américain de la santé
Timothy Caulfield, expert en droit de la santé, a affirmé que la décision du comité consultatif de la FDA était «extrêmement frustrante».
«J’espère sincèrement que cela n’influencera pas les décisions de Santé Canada. J’espère que Santé Canada s’en tiendra aux données scientifiques», a dit le professeur et directeur de recherche à l’Institut de droit de la santé de l’Université de l’Alberta, lors d’une entrevue vidéo réalisée mercredi à Edmonton pour CTVNews.ca.
M. Caulfield a expliqué que les peptides sont devenus une «tendance majeure», en grande partie grâce à l’influence du mouvement Make America Healthy Again mené par Kennedy, ainsi qu’aux «influenceurs du bien-être» qui en font la promotion sur les médias sociaux comme moyen de gagner en force, de vivre plus longtemps, d’améliorer l’humeur et la santé sexuelle, et de rendre les hommes «plus virils».
«Il n’existe vraiment aucune preuve pour étayer l’engouement pour les peptides tel qu’il est mis en avant par l’industrie du bien-être et de la longévité», a-t-il avancé. «Il s’agit en réalité simplement d’influenceurs évoluant sur un marché gigantesque, et non de science rigoureuse.»
M. Caulfield a ajouté qu’il y avait une «dimension politique» à cet engouement pour les peptides.
«C’est un discours très répandu chez les influenceurs en ligne… cette idée selon laquelle ils disposeraient de thérapies secrètes et efficaces que le gouvernement et votre médecin ne veulent pas que vous connaissiez», a-t-il rapporté.
Bob Hancock, microbiologiste et professeur à l’Université de la Colombie-Britannique à Vancouver, s’est dit consterné par la recommandation du comité américain de la santé et par l’engouement pour les peptides non autorisés.
«Honnêtement, créer ce Far West des peptides est tout simplement une idée folle», a-t-il lancé lors d’une entrevue sur Zoom avec CTVNews.ca mercredi. «Le nombre potentiel de peptides est énorme, mais parmi cette multitude, très peu d’entre eux présentent de réels bienfaits.»
Les bienfaits
Selon un article publié par Harvard Health Publishing, «les peptides sont de courtes chaînes d’acides aminés (les éléments constitutifs des protéines) qui peuvent avoir divers effets sur l’organisme», notamment en favorisant le fonctionnement hormonal, les défenses immunitaires, la digestion et la réparation des tissus.
Les endorphines sont des peptides naturels produits par notre organisme, libérés par le système nerveux central pour bloquer les signaux de douleur et soulager le stress, selon cet article.
Parmi les exemples de peptides médicaux, on peut citer les injections d’insuline, qui aident à contrôler la glycémie chez les personnes atteintes de diabète, et les médicaments à base de GLP-1, qui aident à traiter le diabète de type 2 et à perdre du poids.
Ils sont également utilisés dans des médicaments destinés à traiter des affections telles que les troubles endocriniens, la sclérose en plaques et les spasmes infantiles (une forme d’épilepsie) chez les enfants de moins de deux ans, ainsi que pour réguler le taux de calcium dans le sang. Alors que de plus en plus de personnes ont recours aux injections de peptides et aux suppléments pour améliorer leur qualité de vie, l’article de Harvard Health Publishing souligne que de nombreux produits comportent des «allégations santé non prouvées».
David Sabatino, professeur spécialisé en biologie chimique des peptides à l’Université Carleton d’Ottawa, s’est dit préoccupé par l’augmentation générale de l’utilisation des peptides, notamment chez les personnes qui obtiennent des ordonnances pour l’Ozempic et d’autres médicaments à base de peptides approuvés, mais qui les utilisent à des «fins esthétiques» plutôt que dans le but prévu, soit le traitement d’un trouble de santé.
«C’est ce qui fait grimper la demande, puis les coûts, ce qui rend la situation plus difficile pour les patients qui ont réellement besoin de ce type de médicaments à base de peptides pour traiter un trouble», a-t-il mentionné lors d’une entrevue vidéo accordée mercredi à CTVNews.ca. «Il leur est plus difficile d’obtenir, d’accéder à et de se permettre ce type de médicaments qui sont assez coûteux, même dans le cadre des régimes d’assurance-maladie.»
Les risques
Les médicaments peptidiques injectables non autorisés sont couramment présentés comme des produits «anti-vieillissement», pour la perte de poids, la musculation, l’amélioration des performances sportives, la récupération après une blessure, le sommeil, la concentration mentale ou le «bien-être» général, selon Santé Canada. Mais l’organisme fédéral met en garde contre le fait que ces médicaments non autorisés, qui sont illégaux, présentent de «graves risques pour la santé», ajoutant qu’il doit encore les évaluer en termes de «sécurité, d’efficacité et de qualité».
«Aucun essai scientifique n’a démontré qu’ils procuraient les bienfaits pour la santé qu’ils prétendent offrir», selon Santé Canada dans un avis publié en avril.
L’agence fédérale de la santé met en garde contre le fait que la prise de ces médicaments pourrait entraîner des effets néfastes, tels que des lésions hépatiques ou rénales, des caillots sanguins, des tumeurs cancéreuses, des déséquilibres glycémiques et hormonaux, ainsi que des sautes d’humeur. Ils peuvent également causer de graves complications, notamment des réactions allergiques et des infections.
Santé Canada a indiqué qu’ils pourraient même «contenir des contaminants», allant des métaux lourds, des fibres, du verre et du plastique aux bactéries, champignons et endotoxines.
Avec des informations de l’Associated Press

