Santé

Les particules de microplastique ne sont pas inertes dans l'eau, prévient une étude

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L'interaction entre l'eau et les particules de plastique mène à la création de radicaux libres ― et encore plus spécifiquement de radicaux libres de type hydroxyle, qui comptent parmi les plus réactifs et les plus toxiques. Sur la photo, un homme liv... L'interaction entre l'eau et les particules de plastique mène à la création de radicaux libres ― et encore plus spécifiquement de radicaux libres de type hydroxyle, qui comptent parmi les plus réactifs et les plus toxiques. Sur la photo, un homme livre des bouteilles d'eau en plastique par une chaude journée à Istanbul, en Turquie, le samedi 20 juin 2026. (AP Photo/Francisco Seco) (Francisco Seco)

Les microplastiques deviennent chimiquement actifs dans l’eau, catalysant ainsi la formation de radicaux libres capables d’endommager l’ADN, prévient pour une première fois une étude américaine.

Les chercheurs ont ainsi constaté que la présence de ces radicaux libres semblait endommager les globules rouges et causer des agglomérations d’une protéine présente dans plusieurs fluides humains.

«Plus les particules sont petites, plus elles sont dangereuses, a expliqué Sarah Sajedi, une chimiste spécialiste des particules de plastique qui détient notamment un doctorat de l’Université Concordia.

«Elles peuvent se transformer en espèces réactives de l’oxygène, qui sont alors susceptibles d’endommager les cellules et les protéines. Or, en endommageant les cellules, cela entraîne évidemment d’autres problèmes.»

Les auteurs de l’étude ont procédé à plusieurs expériences en laboratoire, à des techniques d’analyse et à des calculs pour étudier la réactivité des microplastiques dans l’eau.

Les détails des réactions qu’ils ont observées sont très complexes. Qu’il suffise donc de dire que l’interaction entre l’eau et les particules de plastique mène à la création de radicaux libres ― et encore plus spécifiquement de radicaux libres de type hydroxyle, qui comptent parmi les plus réactifs et les plus toxiques.

«Ces résultats montrent que les interfaces entre les microplastiques et l’eau peuvent influencer l’adsorption biomoléculaire, favoriser les dommages protéiques liés aux radicaux libres et contribuer aux lésions cellulaires», rapportent les chercheurs de l’Université Columbia.

Ils estiment par la suite que cette «découverte d’une activité physico-chimique intrinsèque aux interfaces entre l’eau et les microplastiques a de vastes implications qui touchent à la fois les sciences de l’environnement, la santé humaine, l’ingénierie des matériaux et la science fondamentale de l’eau».

Le mécanisme décrit par les auteurs de l’étude explique de manière «tout à fait plausible» pourquoi la présence de particules de plastique dans l’eau semble être néfaste pour la santé humaine, estime Sarah Sajedi.

«Comment les particules sont-elles absorbées et pourquoi le corps ne les identifie-t-il pas comme étant d’origine externe?, a-t-elle dit. Il s’agit donc d’une explication possible, mais des recherches supplémentaires sont nécessaires pour la prouver.»

Les particules de micro et de nanoplastiques proviennent de la dégradation d’articles de plastique plus gros. La taille des microplastiques va d’un micromètre (soit un millionième de mètre) à environ cinq millimètres. On mesure la taille des nanoplastiques en milliardièmes de mètre. En guise de comparaison, la circonférence d’un cheveu humain est d’environ 70 micromètres.

Les particules de nanoplastiques sont tellement infimes qu’elles peuvent entrer dans la circulation sanguine (par exemple, en franchissant la barrière intestinale) et se rendre directement aux organes. Depuis quelques années, les chercheurs en trouvent essentiellement partout là où ils en cherchent dans l’organisme, des testicules au cerveau.

Leur impact sur la santé humaine est encore mal compris, mais il est tellement inquiétant que certains estiment que ces particules sont l’équivalent moderne du plomb ou de l’amiante. Elles interfèrent possiblement avec le fonctionnement de certains organes et avec celui du système reproducteur. Elles pourraient aussi avoir des propriétés cancérogènes, être une source de stress oxydatif et imiter l’action de certaines hormones (ce qu’on appelle des perturbateurs endocriniens).

On sait aussi que les microplastiques peuvent causer de l’inflammation, ce qui aura comme effet « d’ouvrir » des barrières cellulaires qui resteraient autrement fermées.

«Cette étude vient étayer l’argument en faveur d’une réduction de l’exposition (aux particules), a conclu Sarah Sajedi. Le fait d’être exposé inutilement à ces particules, comme l’amiante, le DEET et tout ça… Autrefois, on pensait que ces substances étaient inoffensives et même recommandées, mais il a fini par être prouvé qu’elles étaient nocives et elles ont bien sûr été retirées du marché. J’espère donc que des études comme celle-ci nous aideront à nous rapprocher de notre objectif, qui est d’essayer de réduire notre exposition autant que possible.»

Le plastique est tellement omniprésent dans notre environnement qu’il est essentiellement impossible d’y échapper. On peut toutefois minimiser notre exposition en adoptant certaines mesures, notamment en évitant l’eau embouteillée dans des contenants de plastique ; en évitant le plastique chauffé (micro-ondes, eau bouillante, café, etc.) ; en utilisant des contenants de verre, d’acier ou de céramique pour entreposer les aliments ; en évitant les aliments ultra-transformés ; et en choisissant des vêtements faits de fibres naturelles.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par la prestigieuse revue scientifique Nature.

Jean-Benoit Legault

Jean-Benoit Legault

Journaliste