Les taux d’expositions intentionnelles à des substances toxiques en milieu scolaire signalés aux centres antipoison américains ont bondi entre 2000 et 2024 chez les enfants de 6 à 13 ans, rapporte une nouvelle étude.
La même étude révèle que les élèves plus âgés ont continué à présenter les taux les plus élevés de complications médicales graves et d’hospitalisations.
«C’est sûr que ce qui se passe aux États-Unis, puis ce qui se passe au Canada, c’est très souvent quand même assez similaire au niveau de l’utilisation de substances, au niveau des intoxications, des surdoses, a dit le docteur Nicholas Chadi, un spécialiste de la médecine de l’adolescence et chercheur spécialisé en toxicomanie au CHU Sainte-Justine.
«Sur le terrain, clairement, des cas d’intoxication ou d’empoisonnement liés à des médicaments, à des substances pharmaceutiques, on voit ça de façon quotidienne dans des urgences pédiatriques, comme à Sainte-Justine.»
Les auteurs de la nouvelle étude ont mesuré une augmentation de 287 % chez les enfants du primaire (passant de 3,1 à 11,9 cas pour 100 000 enfants) et de 112 % chez les enfants de 11 à 13 ans (passant de 10 à 21,3 cas pour 100 000 enfants).
En revanche, le taux chez les jeunes du secondaire (14-18 ans) a diminué de 4 % au cours de la période étudiée.
«Les cas d’exposition intentionnelle à des substances chez les enfants survenant à l’école constituent un fardeau croissant sur le plan clinique et de la santé publique», préviennent les auteurs de l’étude.
Ils ajoutent que le taux d’exposition volontaire chez les 11-13 ans a dépassé celui des 14-18 ans approximativement à partir de 2015, des résultats qui suggèrent «une augmentation des comportements liés à la consommation intentionnelle de substances chez les plus jeunes».
Les principales sources d’exposition intentionnelle chez les 6-13 ans étaient les produits cosmétiques ou d’hygiène corporelle, les fournitures de bureau ou d’artisanat et les plantes.
Chez les 14-18 ans, les analgésiques; les stimulants et les drogues illicites; les médicaments sédatifs, hypnotiques et antipsychotiques; et les médicaments contre la toux et le rhume arrivaient en première place.
«Avec ces données-là, l’intoxication liée chez les plus vieux aux substances psychoactives, chez les plus jeunes à des substances domestiques, c’est quelque chose qui est là et qui n’est pas près de partir, a dit le docteur Chadi. Et c’est quelque chose en milieu scolaire sur lequel on peut probablement agir et on peut sensibiliser (les jeunes).»
Dans l’ensemble, a-t-on expliqué par voie de communiqué, les jeunes de 14 à 18 ans représentaient près de la moitié (46 %) des cas d’exposition intentionnelle à des substances à l’école. Les taux plus élevés de conséquences médicales graves et d’hospitalisations observés dans cette tranche d’âge s’expliqueraient en partie «par des taux plus élevés d’abus de substances et de cas présumés d’automutilation ou d’intentions suicidaires», précise le communiqué.
Plus de la moitié des cas d’exposition volontaire survenus à l’école étaient dus à une utilisation abusive intentionnelle (62 %), suivie par la maltraitance (24 %) et les cas présumés d’automutilation ou d’intention suicidaire (14 %).
«Les facteurs associés à l’augmentation des cas présumés d’automutilation et d’intentions suicidaires mis en évidence dans cette étude ne peuvent être élucidés à partir des données disponibles, admettent les auteurs. Toutefois, on s’inquiète de plus en plus du fait que la hausse actuelle de la dépression et des comportements suicidaires chez les jeunes puisse être liée à une utilisation accrue des réseaux sociaux.»
Le docteur Chadi voit lui aussi un parallèle possible entre une hausse des intoxications et une détérioration de la santé mentale des jeunes depuis plusieurs années, particulièrement en lien avec les réseaux sociaux.
Si on étudie la période 2000-2025, a-t-il dit, un phénomène «très marquant» à l’échelle de la société et de la population, «c’est l’émergence des réseaux sociaux et le temps que les jeunes y passent». Il s’inquiète entre autres des «défis» qui peuvent devenir viraux sur des plateformes comme TikTok.
«L’information à laquelle les jeunes ont accès est très différente maintenant qu’elle l’était il y a 25 ans, a commenté le docteur Chadi. Ça peut faire très vite boule de neige sur les médias sociaux (...) et ça peut certainement mener à des présentations comme ça, des appels aux centres antipoison, parce que des jeunes vont peut-être même le faire à l’école.»
Il importe donc de pouvoir retrouver les jeunes là où ils sont, a-t-il conclu: «Ils sont à l’école plusieurs heures par jour, mais ils sont aussi sur les médias sociaux plusieurs heures par jour».
Les conclusions de la nouvelle étude ont été publiées par l’American Journal of Emergency Medicine.

