Vapoter après avoir cessé de fumer semble augmenter radicalement le risque de cancer du poumon, selon une étude publiée par des chercheurs sud-coréens.
Pour le groupe à haut risque, le passage à la cigarette électronique était associé à un risque accru de 91 % de développer un cancer du poumon et à un risque accru de 92 % de décès lié à cette maladie, par rapport aux personnes ayant complètement arrêté de fumer.
«C’est sûr qu’on avait toujours ces inquiétudes-là, que la cigarette électronique n’est pas une solution au tabagisme», a dit la docteure Nicole Ezer, une spécialiste du cancer du poumon au Centre universitaire de santé McGill.
«Mais c’est la première fois qu’on a des données populationnelles qui nous indiquent qu’effectivement, ce n’est pas une solution au tabagisme. Je m’en doutais.»
Les auteurs de la nouvelle étude ont analysé les données de santé de plus de 4,5 millions de personnes en Corée du Sud afin de déterminer si l’utilisation de cigarettes électroniques après avoir arrêté de fumer était associée à un risque accru de cancer du poumon et de décès lié à cette maladie.
Conclusion: les ex-fumeurs qui adoptaient le vapotage augmentaient de 56 % leur risque de cancer du poumon et étaient deux fois plus susceptibles d’en mourir.
Parmi les sujets qui avaient cessé de fumer depuis au moins cinq ans, les chercheurs ont mesuré un risque de cancer plus élevé chez ceux qui s’étaient tournés vers le vapotage que chez ceux qui avaient tout arrêté. Une situation similaire a été constatée parmi les sujets qui avaient cessé de fumer depuis moins longtemps.
En revanche, a dit la docteure Ezer, «l’étude nous démontre que le bénéfice de l’arrêt tabagique est vraiment réel et les ex-fumeurs sans vapotage ont 44 % moins de risque de décès par cancer du poumon que les fumeurs actifs».
«Le bénéfice est compromis lorsque la cigarette électronique est introduite», a-t-elle ajouté.
Contrairement à l’image qu’on peut s’en faire, les vapoteuses ne sont pas inoffensives et peuvent exposer l’utilisateur à des substances cancérogènes comme le formaldéhyde, ou à des métaux lourds comme le chrome, le nickel et le plomb, a rappelé la docteure Ezer.
Conséquemment, même si la nouvelle étude n’établit aucun lien de causalité, «ces résultats suggèrent que la consommation de cigarettes électroniques après avoir arrêté de fumer pourrait réduire les bienfaits d’un sevrage complet en matière de prévention du cancer du poumon», écrivent les auteurs.
«C’est toujours une insulte qui continue au poumon, a dit la docteure Ezer. Le poumon ne peut pas se guérir et on sait que cette insulte continuelle est vraiment problématique et permet à des mutations de créer des cellules cancéreuses. Donc, il faut vraiment arrêter l’irritation continue.»
Les ex-fumeurs qui ont besoin du «geste» associé au tabagisme devraient plutôt se tourner vers les inhalateurs de nicotine disponibles sur prescription, a estimé la docteure Ezer.
«Quand les gens sont en cessation tabagique, je vais leur expliquer, écoutez, si c’est le geste qui est important pour vous, il y a une option qu’on sait qui est sécuritaire, c’est juste qu’il n’y a pas de marketing sur ce type d’inhalateur de nicotine», a-t-elle dit.
Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal Nature Medicine.

