Santé

Les dermatologues souhaitent vivement que la génération Z mette fin au «tanmaxxing»

Ils lancent une mise en garde contre ce phénomène.

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Une personne flotte sur la rivière Madawaska, dans le comté de Renfrew, en Ontario, le lundi 8 juillet 2024. LA PRESSE CANADIENNE/Sean Kilpatrick Une personne flotte sur la rivière Madawaska, dans le comté de Renfrew, en Ontario, le lundi 8 juillet 2024. LA PRESSE CANADIENNE (Sean Kilpatrick)

Les dermatologues se disent préoccupés par une tendance appelée «tanmaxxing», qui a gagné en popularité ce printemps et cet été.

De nombreux adolescents et jeunes adultes d’une vingtaine d’années sortent délibérément pour bronzer lorsque l’indice UV est à son maximum, souvent sans utiliser de crème solaire, puis publient des photos et des vidéos sur les réseaux sociaux en y ajoutant le mot-clé «tanmaxxing».

La docteure Julia Carroll, dermatologue à Toronto, estime que les progrès réalisés au fil des années pour sensibiliser la population à la protection contre les dommages causés par le soleil et le cancer de la peau sont en train d’être réduits à néant.

«À deux reprises en juin, des patients m’ont montré des SMS reçus de leurs filles adolescentes leur demandant si elles pouvaient manquer l’école parce que l’indice UV était élevé et qu’elles voulaient rentrer à la maison pour bronzer», relate-t-elle.

C’est très différent de ce qu’elle entendait de la part des 15-25 ans, il y a encore cinq ans.

«Quand on leur posait des questions sur leur routine de soins de la peau, elles commençaient par dire qu’elles faisaient très attention à mettre de la crème solaire», dit la Dre Carroll, qui préside le groupe de travail sur la sensibilisation au soleil au sein de l’Association canadienne de dermatologie.

Selon elle, ce changement s’explique en partie par une tendance sur les réseaux sociaux qui s’est popularisée ce printemps et cet été.

Elle précise que les conséquences du «tanmaxxing» peuvent ne pas apparaître avant 20 ou 30 ans, période durant laquelle les jeunes d’aujourd’hui pourraient être confrontés à des lésions allant du vieillissement prématuré au mélanome, un cancer de la peau potentiellement mortel.

«Cela pourrait se traduire par un photovieillissement plus important que la normale, c’est-à-dire davantage de rides et de taches pigmentaires. Mais cela pourrait aussi être aussi grave que des mélanomes et des cancers de la peau non mélaniques, comme les carcinomes basocellulaires et spinocellulaires.»

De vaines mises en garde

Mais les mises en garde des dermatologues et des parents concernant l’avenir ne suffisent pas à dissuader les jeunes.

Lana Armani, une spécialiste des réseaux sociaux et du marketing âgée de 22 ans et vivant à Montréal, raconte qu’elle et ses amies aiment régulièrement prendre des bains de soleil et participer à la tendance du «tanmaxxing».

«Chaque week-end où il fait beau et où les rayons UV sont au rendez-vous, on se dit de vouloir partager une photo de notre “tanmaxxing” parce qu’on veut montrer aux gens qu’on bronze et qu’on participe à la tendance. C’est aussi une tendance qui a beaucoup de succès. Du coup, on suit un peu le mouvement», explique Mme Armani.

Elle souligne qu’elles sont conscientes des risques, mais que les mises en garde des médecins ne les dissuadent pas, car elles préfèrent vivre l’instant présent.

Cette attitude se reflète dans un sondage réalisé en avril pour le compte de l’Association canadienne de dermatologie, qui a révélé que près de 40 % des 1000 Canadiens de la génération Z interrogés ont déclaré s’être intentionnellement exposés au soleil au cours de l’année écoulée.

Et ce, bien que 79% des personnes interrogées se disent préoccupées par le cancer de la peau et que 63% reconnaissent que le bronzage comporte des risques, selon l’enquête réalisée par Ipsos.

Bien que la génération Z ait inventé le terme «tanmaxxing», de nombreuses personnes des générations précédentes se sont également surexposées aux rayons UV du soleil lorsqu’elles étaient jeunes, rappelle le Dr Ivan Litvinov, professeur agrégé de dermatologie à l’Université McGill de Montréal.

«C’était tellement à la mode à l’époque que les gens utilisaient des réflecteurs pour maximiser leur bronzage», mentionne le Pr Litvinov, qui étudie les comportements en matière de protection solaire.

Il explique que les enfants ont tendance à être protégés du soleil jusqu’à l’âge de 14 ans environ, car leurs parents peuvent les obliger à appliquer de la crème solaire, à porter des vêtements et des chapeaux anti-UV et à limiter leur exposition au soleil pendant les heures d’intensité maximale des rayons UV.

Mais après cet âge, les adolescents commencent à prendre leurs propres décisions et beaucoup se mettent à bronzer au soleil,ajoute-t-il. Une fois qu’ils ont 18 ans, ils sont également légalement autorisés à utiliser des bancs solaires.

Il existe également une raison biologique qui pousse les gens à rester au soleil, avance le Pr Litvinov.

«En réalité, on se sent bien au soleil. Il s’agit d’une pression évolutive qui pousse les humains à sortir de leur caverne afin de synthétiser de la vitamine D; sans cela, nous souffririons de rachitisme et nous mourrions.»

La Société canadienne du cancer a indiqué que les taux de mélanome ont augmenté au cours des 30 dernières années et que le principal facteur de risque est l’exposition aux rayons UV du soleil ou des bancs solaires.

L’exposition au soleil et les bancs solaires constituent les principaux risques de développement d’un mélanome, précise le site internet de la société.

«Le taux d’incidence du mélanome au Canada est parmi les plus élevés au monde. Réduisez votre risque en faisant preuve de bon sens sous le soleil», conseille-t-elle.

La Société canadienne du cancer recommande de limiter l’exposition au soleil entre 11 h et 15 h, ou dès que l’indice UV atteint 3 ou plus, et de se mettre à l’ombre ou d’utiliser un parasol. Elle suggère également de porter des lunettes de soleil, un chapeau à large bord et d’appliquer de la crème solaire sur toutes les parties de la peau non couvertes par des vêtements.

Nicole Ireland

Nicole Ireland

Journaliste