Des médecins affirment que les changements radicaux apportés au calendrier de vaccination des enfants aux États-Unis alimenteront l’hésitation vaccinale au Canada.
La présidente de l’Association médicale de l’Ontario, la Dre Zainab Abdurrahman, se dit très préoccupée par la confusion que pourraient ressentir les parents lorsqu’ils constateront que les États-Unis et le Canada ont des recommandations différentes en matière de vaccination des enfants.
Elle ajoute que cette confusion peut mener à la diffusion d’informations erronées, ce qui pourrait entraîner une augmentation des maladies graves pouvant être évitées.
«Du point de vue canadien, il faut le voir comme un avertissement», a déclaré Mme Abdurrahman, évoquant la résurgence de maladies évitables qui peut survenir même si la baisse des taux de vaccination est faible, comme ce fut le cas avec les épidémies de rougeole au cours de l’année dernière.
Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) des États-Unis ont mis à jour lundi leur calendrier de vaccination systématique, réduisant le nombre de vaccins recommandés.
Plusieurs vaccins utilisés depuis longtemps pour prévenir des maladies, telles que le rotavirus et la méningococcie, ne sont plus recommandés pour tous les enfants par les CDC. Il en va de même pour les vaccins contre la grippe et le VRS.
Ils sont désormais recommandés soit pour «certains groupes à haut risque», soit «sur la base d’une décision clinique partagée».
Selon la Dre Abdurrahman, le calendrier vaccinal canadien reste fondé sur des données scientifiques et, à moins d’un changement dans les preuves, restera inchangé.
Chaque vaccin de routine a sa raison d’être, explique-t-elle, et est sélectionné spécifiquement pour la population qu’il dessert. Leur absence jouerait un rôle important dans la résurgence de maladies, ce qui pourrait limiter la capacité des soins de santé.
Faisant écho à ce sentiment, la Dre Joan Robinson, médecin pédiatre spécialiste des maladies infectieuses à Edmonton, s’exprimant au nom de la Société canadienne de pédiatrie, affirme que le calendrier canadien est basé sur les preuves les plus fiables disponibles et qu’aucune des décisions n’est liée à des idées politiques ou à des rapports anecdotiques.
Maxwell Smith, bioéthicien et professeur associé à l’Université Western, affirme qu’à première vue, la décision des CDC de ne recommander certains vaccins qu’aux groupes à haut risque semble raisonnable, mais il ajoute que si le reste de la population n’est pas vacciné, les agents pathogènes se propageront et exposeront les personnes vulnérables à un risque accru.
«Le virus ne circulerait tout simplement pas si la population était davantage vaccinée», a résumé M. Smith.
Par exemple, l’un des vaccins concernés par ces changements prévient la méningite, une inflammation des membranes qui entourent le cerveau et la moelle épinière. L’immunologiste Dawn Bowdish explique qu’un enfant en bonne santé peut en mourir subitement.
«Pour de nombreux enfants, il est impossible d’intervenir médicalement assez rapidement pour les sauver, donc retirer ce vaccin de la liste recommandée est un véritable mystère pour moi», a-t-elle déclaré.
Elle affirme que tout doute semé parmi les parents américains a tendance à se propager au Canada.
La Dre Bowdish dit que son message aux parents est de considérer que les informations provenant des États-Unis ne sont plus fiables.
«Cela me peine de le dire, car historiquement, les CDC étaient un leader mondial vers lequel le monde entier pouvait se tourner pour obtenir des informations fiables.»
