Santé

L'épidémie d'Ebola a débuté en février, des mois avant d'être déclarée, selon l'OMS

«Nous courons donc après le virus, celui-ci a une longueur d’avance sur nous.»

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Mohamed Yakub Janabi, le deuxième à gauche, dirceteur général de l'OMS, assiste à une conférence de presse à Bunia, au Congo, le 10 août 2026. Photo AP/Dieudonné Dirole. Mohamed Yakub Janabi, le deuxième à gauche, dirceteur général de l'OMS, assiste à une conférence de presse à Bunia, au Congo, le 10 août 2026. Photo AP (Dieudonne Dirole)

L’actuelle épidémie d’Ebola, qui connaît la plus forte progression jamais observée, a débuté en février, soit des mois avant qu’elle soit officiellement déclarée, a fait savoir l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) lundi, tandis que les équipes d’intervention dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) ont du mal à rattraper leur retard.

Le directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, le Dr Mohamed Yakub Janabi, a révélé en conférence de presse que le séquençage avait permis de déterminer le moment de l’apparition de l’épidémie. Il a précisé que certains cas survenus à son début avaient été attribués à tort à d’autres maladies, notamment la malaria et la typhoïde.

«Nous courons donc après le virus, celui-ci a une longueur d’avance sur nous», a dit M. Janabi.

Le Dr Thierno Baldé, gestionnaire des incidents à l’OMS, a précisé que le séquençage génétique avait été mené sous la direction du Dr Steve Ahuka, chef du département de virologie de l’Institut national de recherche biomédicale de RDC.

Le nombre de cas confirmés d’Ebola pour cette épidémie est passé à 4200, avec plus de 1900 décès, selon les plus récents chiffres du gouvernement.

L’OMS estime que le risque mondial de propagation est faible, car le virus Ebola ne se transmet pas par voie aérienne, ce qui rend sa propagation beaucoup plus difficile que celle des virus respiratoires. Les cas détectés en dehors de la région touchée ont jusqu’à présent été rapidement relevés et maîtrisés sans entraîner de transmission durable, selon l’agence.

Une épidémie plus meurtrière que les précédentes

Cette épidémie d’Ebola, déclarée le 15 mai, se distingue des précédentes, car le virus de Bundibugyo, qui en est à la source, ne fait l’objet d’aucun traitement ni vaccin approuvé. Les premiers tests effectués l’ont été pour le type d’Ebola le plus courant, ce qui a contribué à des retards.

Grèves de travailleurs de la santé non rémunérés, menaces de groupes rebelles, frustration d’une population traumatisée de longue date et désinformation sur l’existence de l’Ebola: l’épidémie se déroule dans les conditions les plus difficiles qu’on puisse imaginer.

Les équipes sanitaires se rendent dans des zones isolées, empruntant des routes non pavées, et doivent composer avec des pénuries d’équipements de protection, tandis qu’une vaste population de personnes déplacées peine à se trouver des sources d’eau sûres pour se laver les mains.

Cette épidémie d’Ebola a été meurtrière à un rythme plus rapide que n’importe quelle autre, incluant celle survenue de 2014 à 2016 en Afrique de l’Ouest, considérée comme la pire jamais enregistrée avec plus de 11 000 décès sur au moins 28 000 cas. Elle avait mis 8 mois à atteindre le seuil des 1000 décès.

Le virus Ebola est rare, mais hautement contagieux. Il peut se transmettre par les fluides corporels, tels que les vomissures, le sang ou le sperme, ainsi que par des surfaces et des objets contaminés, comme la literie et les vêtements. La maladie qu’il provoque est grave et souvent mortelle.

La semaine dernière, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesu, a soutenu que le virus Ebola se propageait plus rapidement que les efforts déployés pour le combattre. Le nombre de nouveaux cas double dans certaines zones à risque, a indiqué M. Tedros sur X après avoir rencontré des responsables à Kinshasa, la capitale.

Les autorités sanitaires ont indiqué qu’entre 60 % et 70 % des nouveaux cas sont recensés en dehors du cercle des contacts suivis, et que l’épidémie se propage à un rythme «alarmant».

L’accès aux soins de santé dans la région était déjà compromis par des années de conflit rebelle dans l’une des zones les plus reculées et les plus vulnérables de RDC, près des frontières du Soudan du Sud, de l’Ouganda et du Rwanda. Aujourd’hui, certaines femmes enceintes et d’autres personnes évitent de se rendre dans les centres de santé par crainte du virus, au risque de leur vie.

Plusieurs épidémies d’Ebola passées ont également été déclarées avec plusieurs semaines, voire plusieurs mois, de retard, notamment celle qui a touché l’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016. Cette épidémie a été déclarée en mars 2014, bien qu’il ait été établi par la suite que le premier cas humain remontait à décembre 2013.