Nommé comme le village de Malaisie où il a été identifié pour la première fois, le virus Nipah est une maladie infectieuse transmise principalement par des chauves-souris, souvent fatale mais au potentiel de propagation jusqu’ici jugé limité par les scientifiques.
Asie et chauves-souris
Le virus Nipah a été identifié pour la première fois en 1998 lors d’une épidémie chez des éleveurs de porcs en Malaisie. Et des chauves-souris frugivores en sont considérées comme les hôtes naturels.
Généralement transmis aux humains par un animal infecté (chauves-souris mais aussi porcs, voire chevaux, etc), Nipah peut aussi se propager via des aliments contaminés par des animaux — sève de palmier-dattier, fruits… –, ou d’une personne à l’autre.
Les émergences de Nipah se concentrent pour l’instant en Asie du Sud et du Sud-est. Une épidémie a été signalée en 1999 à Singapour, après l’importation de porcs malades de Malaisie.
En 2001, l’Inde et le Bangladesh sont devenus à leur tour le théâtre d’épidémies. Le premier pays connaît depuis des flambées périodiques, la dernière en date début 2026 ; le second est touché quasiment tous les ans.
Les Philippines et Singapour ont aussi enregistré des cas.
Atteintes respiratoires, cérébrales
Si l’infection par le virus Nipah n’entraîne parfois pas de symptômes, la plupart des personnes contaminées développent des troubles après généralement 3 à 14 jours d’incubation — jusqu’à 45 jours parfois.
Les premiers symptômes (fièvre, frissons, maux de gorge, vomissements, etc) sont souvent peu spécifiques, mais l’évolution peut être rapidement grave.
Les formes sévères peuvent ainsi entraîner une atteinte neurologique grave (encéphalite, convulsions, coma…), ou une insuffisance respiratoire aiguë.
Son taux de létalité est estimé entre 40 et 75%, selon les cas.
Les survivants, quant à eux, guérissent généralement complètement. Mais, pour environ un sur cinq, des séquelles neurologiques persistent, parfois invalidantes.
Faiblement transmissible, fortement mortel
À la différence de nombreux virus respiratoires, comme celui du Covid-19 par exemple, le virus Nipah ne se transmet pas aisément d’un humain à un autre.
Il nécessite un contact étroit et prolongé avec des sécrétions respiratoires ou des fluides biologiques d’un malade. En Inde, les récents cas ont ainsi touché des soignants, et les personnes en contact avec ces malades ont été placées en quarantaine.
Chaque malade infecte généralement moins d’une personne (ce qu’on appelle le «taux de reproduction de base» de la maladie, ou R0), ce qui limite la propagation mais n’empêche pas des flambées.
Mais quand cette maladie frappe, elle est souvent mortelle. Et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère le virus Nipah comme un agent pathogène à haut risque.
La mort d’une femme au Bangladesh début janvier, après la confirmation de plusieurs cas mi-janvier dans le nord-est de l’Inde a ravivé les craintes d’une propagation plus large, voire d’une potentielle menace pandémique.
La Thaïlande, la Malaisie et Singapour ont ainsi immédiatement renforcé leurs contrôles aux frontières.
S’ils sont tous deux survenus depuis le début 2026 le long de la frontière entre l’Inde et le Bangladesh, les deux foyers récents ne sont pas liés, a affirmé mercredi le directeur de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Aucun autre cas n’a été identifié après le suivi de plus de 230 contacts.
À ce stade, le risque de propagation du virus Nipah, au niveau régional comme mondial, est jugé «faible» par l’OMS.
Ni traitement, ni vaccin
Actuellement, il n’existe ni traitement antiviral spécifique, ni vaccin contre le virus Nipah. Les médecins peuvent uniquement traiter les symptômes.
Plusieurs candidats-vaccins sont cependant à l’étude ou en développement, la plupart ciblant des protéines à la surface du virus nécessaires à son entrée dans la cellule humaine et à sa propagation dans l’organisme.
Pour réduire le risque d’infection et de transmission, la prévention passe surtout par une adaptation des comportements: ne pas consommer de sève de palmier crue, laver et éplucher les fruits, éviter les fruits tombés au sol ou portant des traces de morsure, limiter les contacts avec les chauves-souris et animaux malades…
Certains pays dépistent aussi les voyageurs provenant de zones touchées.
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