Le Québec continue d’afficher une diminution des taux de suicide. Plusieurs régions hors des grands centres urbains ont toutefois des taux de suicide significativement supérieurs au reste de la province.
Le portrait des comportements suicidaires au Québec 2026, publié lundi par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), indique que le taux de suicide est passé de 17,9 à 11,9 suicides par 100 000 personnes entre 2000 et 2023.
Les hommes demeurent surreprésentés dans les statistiques. Ils ont un taux de suicide trois fois plus élevé que chez les femmes, soit 18,1 suicides par 100 000 personnes, versus 5,7 suicides par 100 000 personnes pour les femmes.
«Il y a une tendance à la baisse des taux de suicide. Ça, c’est réjouissant, mais d’un autre côté, on est aussi lucide sur le fait qu’il y a encore des préoccupations. Il y a entre autres les disparités régionales, il y a des groupes populationnels qui continuent de nous préoccuper: nos jeunes filles de 10 à 19 ans, les ados de 15-19 ans et les hommes», a commenté en entrevue Hugo Fournier, PDG de l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS).
Il existe en effet des différences marquées entre les régions. Le Nunavik, qui compte environ 14 000 habitants, a de loin le taux de suicide le plus élevé: 122,7 suicides par 100 000 personnes pour la période de 2021 à 2023, alors qu’il est de 12,5 suicides par 100 000 habitants pour le reste de la province.
Si l’on prend seulement les données sur les hommes, les chiffres sont encore plus frappants. Le taux de suicide chez les hommes du Nunavik est de 178,7 suicides par 100 000 personnes, versus 19,1 suicides par 100 000 personnes chez les hommes du reste du Québec.
«Ça me préoccupe beaucoup, mentionne M. Fournier. Depuis quelques mois, c’est quelque chose auquel je réfléchis avec mon équipe, comment on peut soutenir les communautés autochtones, les Premières Nations. C’est certain qu’il faut que l’approche soit adaptée en partenariat avec les Premières Nations.»
M. Fournier a précisé qu’il y avait déjà du travail qui se fait avec les Autochtones, notamment des séances de formation. «Mais on doit aller plus loin et on va rapidement voir cette année de quelle façon ça va s’orienter. C’est une grande préoccupation que j’ai comme PDG», a-t-il dit.
Les centres urbains s’en sortent mieux
Le rapport de l’INSPQ montre que cinq autres régions ont des taux de suicide significativement supérieurs au reste de la province. Il s’agit de l’Abitibi-Témiscamingue (22,1 suicides par 100 000 personnes), Chaudière-Appalaches (16,9 suicides par 100 000 personnes), Mauricie et Centre-du-Québec (16,6 suicides par 100 000 personnes), l’Estrie (15,3 suicides par 100 000 personnes) et le Saguenay–Lac-Saint-Jean (15,2 suicides par 100 000 personnes).
À l’inverse, trois régions ont des taux de suicide significativement inférieurs, c’est-à-dire Laval (6,4 suicides par 100 000 personnes), Montréal (9,9 suicides par 100 000 personnes) et la Montérégie (10,3 suicides par 100 000 personnes).
L’accès à des moyens pour faire des tentatives de suicide dans les régions éloignées pourrait expliquer en partie les taux élevés à certains endroits. «Mais on a quand même des facteurs de protection que j’aime beaucoup mettre de l’avant», s’empresse d’ajouter le PDG de l’AQPS. Il cite notamment le fait qu’il y a une proximité, un «esprit familial» dans des petites communautés éloignées où chacun veille sur l’autre.
«À force de répétition, d’augmenter la portée des messages de prévention, de vigie envers la détresse des gens qui nous entourent et des ressources d’aide, je suis profondément convaincu que même dans les régions un peu plus dispersées et éloignées, on va voir des baisses au niveau des données sur le suicide», soutient M. Fournier.
Beaucoup d’hospitalisations chez les adolescentes
Globalement, en 2023, les hommes âgés de 50 à 64 ans sont le groupe qui a le taux de suicide le plus élevé avec 28,4 suicides par 100 000 personnes. Chez les femmes, ce sont les 35-49 ans qui affichent le taux le plus élevé, soit 8,3 suicides par 100 000 personnes.
Les données montrent par ailleurs que le Québec a enregistré en 2024 plus 3780 hospitalisations attribuables aux tentatives de suicide, ce qui correspond à un taux ajusté de 42,0 par 100 000 personnes. L’INSPQ note que, contrairement aux suicides complétés, les tentatives de suicide entraînant une hospitalisation sont plus fréquentes chez les femmes que chez les hommes.
Les adolescentes de 15 à 19 ans présentent le taux d’hospitalisations le plus élevé, et chez les filles de 10 à 14 ans, le taux a triplé entre 2010 et 2024.
«Le suicide ne touche pas juste une cible populationnelle, il peut toucher tout le monde, rappelle M. Fournier. [...] C’est pour ça que l’approche doit être assez globale et favoriser vraiment la vigie, le repérage et surtout l’autorepérage. Même les jeunes, on leur dit souvent: ‘’soyez attentif à comment vous vous sentez en dedans et n’hésitez jamais à demander de l’aide’’. Souvent ça se passe entre eux, et c’est pour ça qu’on encourage beaucoup les comportements de bienveillance entre eux.»
Les données utilisées pour le portrait des comportements suicidaires au Québec proviennent pour les années 1981 à 2023 du Registre des événements démographiques – Fichier des décès du ministère de la Santé et des Services sociaux. Pour l’année 2024, les données sont issues de la banque de données informatisée du Bureau du coroner mise à jour le 25 novembre 2025.
Concernant l’année 2024, 12 % des investigations des coroners étaient toujours en cours au moment de l’extraction des données, précise l’INSPQ, ce qui pourrait entraîner une sous-estimation du nombre de suicides pour cette année-là.
—
Si vous pensez au suicide ou vous inquiétez pour un proche, des intervenants sont disponibles en tout temps au 1 866 APPELLE (1 866 277-3553), par texto (535353) ou par clavardage à suicide.ca.

