Santé

Le fait d’être marié pourrait avoir des effets bénéfiques inattendus sur la santé

Explications.

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Un officier d'état civil remet leurs alliances à un couple lors de leur mariage à New York, le mercredi 14 février 2007. LA PRESSE CANADIENNE/AP Un officier d'état civil remet leurs alliances à un couple lors de leur mariage à New York, le mercredi 14 février 2007. LA PRESSE CANADIENNE/AP (Bebeto Matthews)

Une étude suggère que l’état civil pourrait jouer un rôle dans le risque de développer un cancer, les personnes qui ne se sont jamais mariées étant exposées à des taux plus élevés de la maladie.

Publiée le mois dernier dans la revue Cancer Research Communications, cette étude a analysé les données correspondant à plus de 500 millions d’années-personnes dans 12 États américains entre 2015 et 2022.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

L’année-personne est une unité de mesure combinant le nombre de personnes participant à une étude et la durée pendant laquelle chaque personne est suivie.

Les chercheurs ont examiné l’incidence du cancer chez les adultes âgés de 30 ans et plus, en comparant les personnes qui ne s’étaient jamais mariées à celles qui étaient actuellement ou avaient déjà été mariées.

Les résultats ont montré que les hommes jamais mariés avaient 68% plus de risques de développer un cancer, tandis que les femmes jamais mariées présentaient un taux d’incidence supérieur de 83% par rapport à leurs homologues ayant déjà été mariées.

L’auteur principal, Paul Pinheiro, a expliqué à CTVNews.ca dans un courriel que ces associations semblaient plus marquées chez les femmes car les cancers de l’appareil reproducteur, tels que le cancer de l’endomètre et de l’ovaire, sont «naturellement plus fréquents chez les femmes jamais mariées, car l’état civil est historiquement associé à la parité et aux schémas de reproduction au niveau de la population».

Ces différences ont été observées pour presque tous les principaux types de cancer, groupes démographiques et catégories d’âge.

Il est important de noter que l’écart était particulièrement prononcé pour les cancers liés à des facteurs de risque évitables. Par exemple, les cancers associés au tabagisme, à la consommation d’alcool et aux infections — tels que les cancers de l’anus et du col de l’utérus — présentaient certaines des disparités les plus importantes.

Interrogé sur ce que cela implique en matière de prévention et d’accès aux soins de santé, M. Pinheiro a indiqué que la prévention du cancer est «fortement influencée par les environnements sociaux et comportementaux».

Il a précisé que cela inclut les comportements de santé, la couverture vaccinale, les soins préventifs et l’engagement en matière de soins de santé, qui peuvent tous être influencés par les systèmes de soutien social et les conditions de vie.

«Les résultats suggèrent que certaines populations bénéficiant d’un soutien social moindre pourraient tirer profit d’efforts de prévention et de sensibilisation plus proactifs», a-t-il dit.

Chez les hommes, les taux de cancer de l’anus étaient plus de cinq fois plus élevés chez ceux qui ne s’étaient jamais mariés, tandis que les femmes qui ne s’étaient jamais mariées présentaient un taux de cancer du col de l’utérus près de trois fois plus élevé.

En revanche, les cancers moins influencés par le comportement ou le dépistage — tels que les cancers de la prostate, du sein et de la thyroïde — présentaient des différences moins marquées entre les groupes selon l’état civil.

Pourquoi le mariage?

«Cette étude a été motivée par une question plus large en épidémiologie du cancer : celle de savoir si les relations sociales et le soutien social se reflètent dans le risque de cancer au niveau de la population», a rapporté M. Pinheiro.

«L’état civil est un indicateur imparfait, mais largement disponible, des liens sociaux, du soutien familial et des conditions de vie», a-t-il ajouté.

Les chercheurs soulignent que le mariage en soi n’est pas susceptible de prévenir directement le cancer. Au contraire, l’état civil semble fonctionner comme un indicateur social plus large lié au mode de vie, à l’accès aux soins de santé et aux systèmes de soutien à long terme.

Les personnes mariées bénéficient souvent de ressources économiques partagées, d’un soutien émotionnel et d’encouragements à recourir à des soins préventifs, autant de facteurs qui peuvent influencer le risque de cancer au fil du temps, selon l’étude.

«Les conjoints peuvent également influencer les habitudes de santé quotidiennes de manière simple, par exemple en encourageant quelqu’un à fumer ou à boire moins, à mieux s’alimenter, à faire des promenades, à consulter un médecin ou à rester engagé dans les soins préventifs», a mentionné M. Pinheiro.

L’âge a également joué un rôle clé. L’étude a révélé que les différences de risque de cancer étaient plus prononcées chez les adultes âgés de 55 ans et plus, ce qui suggère que les effets des schémas sociaux et comportementaux s’accumulent au cours de la vie.

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Les résultats ont également révélé des disparités entre les groupes raciaux et ethniques. Les hommes noirs jamais mariés présentaient l’incidence globale de cancer la plus élevée, tandis que les tendances variaient parmi les autres groupes.

L’étude indique que ces différences mettent en évidence la manière dont les inégalités structurelles, telles que l’accès aux soins de santé et aux ressources socio-économiques, interagissent avec l’état civil pour façonner les résultats en matière de santé.

Malgré ces liens étroits, les chercheurs soulignent que l’étude n’implique pas que les gens devraient se marier pour réduire leur risque de cancer.

Au contraire, les auteurs de l’étude ont déclaré qu’elle mettait en évidence l’importance de s’attaquer aux facteurs sous-jacents que le mariage peut représenter. Les personnes qui ne se sont jamais mariées peuvent être plus susceptibles de souffrir d’isolement social, d’adopter des comportements à haut risque ou d’avoir un accès plus limité aux soins de santé préventifs — autant de facteurs pouvant contribuer à un risque accru de cancer.

Perspectives

L’étude reconnaît également ses limites. Elle ne tient pas compte des personnes non mariées vivant en couple de longue date, et ne peut pas non plus distinguer complètement les effets de la «sélection» — l’idée selon laquelle les personnes en meilleure santé sont plus susceptibles de se marier — des avantages potentiels du mariage lui-même.

M. Pinheiro a également précisé que l’étude ne tenait pas compte des différentes catégories de personnes ayant déjà été mariées, telles que les personnes actuellement mariées, divorcées, séparées ou veuves au fil du temps.

«Nous ne disposions pas d’informations sur la cohabitation ni sur les mariages et relations entre personnes du même sexe par rapport à ceux entre personnes de sexe opposé», a-t-il prévenu.

Les chercheurs indiquent que les stratégies de santé publique devront peut-être s’adapter en conséquence, sur la base de leurs conclusions.

Plutôt que de se concentrer uniquement sur l’état civil, M. Pinheiro a souligné l’importance de renforcer les réseaux de soutien social, d’améliorer l’accès au dépistage et de promouvoir des comportements sains auprès de l’ensemble de la population.

«Notre étude n’incluait pas les antécédents de dépistage au niveau individuel ni les données sur le recours aux soins de santé ; ces questions nécessiteront donc des recherches supplémentaires», a-t-il précisé.

«Quoi qu’il en soit, en matière de prévention du cancer, le dépistage n’est pas la seule solution. Une part importante du risque de cancer est déterminée par les comportements de santé sous-jacents et l’exposition aux facteurs de risque de base», a-t-il avancé.

L’étude suggère que le message porte moins sur le mariage en soi que sur les conditions sociales plus larges susceptibles d’influencer la santé.