Santé

Le Collège dénonce la méthode de la FMOQ pour l'inscription des 500 000 patients

Un patient sans médecin de famille, mais qui serait inscrit dans un GMF, aurait moins de chances d’être pris en charge par un médecin de famille qu’une personne qui n’est affiliée à aucun endroit.

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Une salle d'examen dans un centre de santé de Calgary, vendredi 14 juillet 2023. Une salle d'examen dans un centre de santé de Calgary, vendredi 14 juillet 2023. (Jeff McIntosh)

Dans le but d’atteindre à tout prix l’objectif d’inscrire 500 000 patients sans médecin de famille d’ici l’été, des patients vulnérables qui sont inscrits collectivement, mais qui n’ont pas un médecin spécifique attribué, se font dépasser dans la liste d’attente par ce que la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) appelle des «orphelins purs», soit des patients inscrits nulle part.

Ainsi, un patient sans médecin de famille, mais qui serait inscrit dans un groupe de médecine familiale (GMF), aurait moins de chances d’être pris en charge par un médecin de famille qu’une personne qui n’est affiliée à aucun endroit.

Rappelons que l’objectif d’inscrire 500 000 patients d’ici le 1er juillet fait partie de l’entente conclue entre la FMOQ et le gouvernement Legault. Si cela est atteint, les omnipraticiens pourront toucher une prime de 2,5 % de leur rémunération.

«Selon l’entente intervenue entre le gouvernement et la FMOQ, la prime associée à l’inscription individuelle des patients orphelins est supérieure à celle pour l’inscription d’un patient inscrit collectivement. Le Collège est préoccupé qu’un biais financier restreigne l’accès aux soins pour les patients vulnérables», peut-on lire dans une lettre d’opinion signée par le président du CMQ, le Dr Mauril Gaudreault, dont a obtenu copie La Presse Canadienne.

Il dénonce le mot d’ordre donné par la FMOQ à ses membres de prioriser uniquement «les orphelins purs» pour l’inscription individuelle auprès d’un médecin de famille.

Le CMQ dit qu’il suivra la situation avec attention. Il soutient que c’est à la FMOQ de voir comment elle corrigera le tir. «On demande finalement au gouvernement et à la fédération de se rasseoir, puis de revoir ça», résume en entrevue le Dr Gaudreault.

Les médecins spécialistes veulent être payés plus cher, Legault réplique Devant l’«attitude intransigeante» du gouvernement dans les négociations avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), on recommandera aux médecins de ne plus utiliser la plateforme du Centre de répartition des demandes de services (CRDS). Ce nouveau moyen de pression sera en vigueur le 16 mars prochain.

Il n’exclut pas que des patients sans problème de santé qui ont récemment été inscrits à un médecin de famille soient rappelés et retirés de la liste de leur nouveau médecin pour laisser la place à un patient vulnérable. Il pourrait y avoir de telles situations, reconnaît le président du CMQ.

La FMOQ a décliné une demande d’entrevue de La Presse Canadienne, indiquant qu’elle réservait ses commentaires pour le Collège des médecins.

Des médecins mal à l’aise

Le Collège a été alerté de la situation par des médecins qui «étaient mal à l’aise avec la façon de faire».

Dans chaque région du Québec, il y a des Départements territoriaux de médecine familiale (DTMF) qui sont chargés d’organiser la première ligne, notamment des médecins responsables de la gestion des listes d’attente.

«Et eux nous ont dit que l’entente pose des questions ou met en péril les différents critères qui ont déjà été élaborés pour identifier les patients les plus vulnérables afin de les prioriser par rapport à une inscription dite individuelle, indique le Dr Gaudreault. Et c’est pour ça qu’on sort ce matin [...] pour demander de clarifier les choses à la fois au gouvernement et à la fédération des médecins omnipraticiens par rapport au fait que nous avons l’impression que des patients vulnérables sont lésés dans cette situation avec cette façon de faire.»

Pour un patient en bonne santé qui n’a pas besoin d’une prise en charge pour une quelconque maladie, l’inscription collective est très bien pour sa situation, selon le Dr Gaudreault. «Mais si vous avez des problèmes de santé comme un diabète, une hypertension artérielle, une maladie coronarienne, là, ça vous prend une inscription individuelle à un médecin. Que ce médecin vous prenne en charge et assure une continuité de soins», fait valoir le Dr Gaudreault.

«Et la façon avec laquelle l’entente a été élaborée et signée met en péril l’inscription spécifique à un médecin de famille pour ces patients dits vulnérables, ajoute-t-il. [...] Ça ne veut pas dire que tous les patients vulnérables ne sont pas pris en compte, mais il y en a là-dedans qui ne sont pas pris en compte avec cette façon de faire.»

Dans sa lettre, le Dr Gaudreault cite l’article 63.1 du Code de déontologie des médecins qui «prévoit que la priorité d’accès aux soins de tout patient doit être dictée uniquement par des critères de nécessité médicale». La gestion actuelle des inscriptions ne respecte pas le code déontologique, ce qui expose les médecins «à un risque déontologique réel».

Katrine Desautels

Katrine Desautels

Journaliste