La durée médiane du séjour aux urgences était de 5 heures et 12 minutes en 2025 au Québec, selon un rapport de l’Institut économique de Montréal (IEDM) publié jeudi. Cela représente une légère amélioration de 11 minutes en comparaison avec l’année précédente.
«C’est quand même 11 minutes de moins que le patient typique a besoin de passer à l’urgence avant de pouvoir rentrer chez lui. Donc, c’est un pas dans la bonne direction, mais ça reste un très petit pas quand on le compare à ce qu’il y avait avant la pandémie», commente en entrevue Renaud Brossard, vice-président aux communications à l’IEDM.
Depuis 2018, le temps d’attente médian aux urgences a augmenté de 41 minutes à travers la province. «Essentiellement, on fait un petit pas dans la bonne direction après avoir fait plusieurs grands pas dans la mauvaise direction», résume M. Brossard.
La durée médiane du séjour dans une salle d’urgence est calculée depuis l’arrivée du patient, lorsqu’il est enregistré avec sa carte d’assurance-maladie, jusqu’à sa sortie de l’hôpital ou son admission dans une autre unité. Cela signifie que la moitié des séjours ont été plus longs, et l’autre moitié, plus courts.
Près de 8 heures d’attente à Laval
On observe des différences importantes entre les régions quant au temps d’attente dans les salles d’urgence.
Les régions avec les plus longues durées médianes de séjour aux urgences sont Laval (7 heures et 49 minutes), les Laurentides (6 heures et 51 minutes) et la Montérégie (6 heures et 32 minutes). Montréal arrive au quatrième rang avec 6 heures et 12 minutes.
À l’inverse, les régions de la Gaspésie (3 heures et 22 minutes) et du Bas-Saint-Laurent (3 heures et 23 minutes) affichent les plus courtes durées médianes de séjour. Chaudière-Appalaches fait aussi bonne figure avec une durée de 3 heures et 52 minutes.
M. Brossard soulève toutefois que toutes les régions n’offrent pas le même niveau de service. C’est l’une des limites du classement.
D’autre part, les trois hôpitaux où les patients attendent le plus longtemps avant l’évaluation initiale par un médecin sont l’Hôpital de Gatineau (4 heures 40 minutes), l’Hôpital de Hull (4 heures et 24 minutes) et l’Hôpital Pierre-Boucher (3 heures et 38 minutes).
Ces données laissent croire qu’il s’agit d’un manque de personnel. «On attend très, très longtemps avant de voir un médecin, mais quand on voit un médecin, on est pris en charge rapidement et on peut quitter, pointe M. Brossard. Ça montre qu’il y a peut-être un manque de capacité au niveau du traitement dans la salle d’urgence elle-même plutôt qu’un manque de capacité dans les lits par la suite pour pouvoir faire passer les patients sur les étages.»
Baisse d’une demi-heure en Estrie
Par rapport à la durée médiane de séjour, l’urgence du pavillon Albert-Prévost, à Montréal, qui est spécialisé en santé mentale, affiche la plus longue attente au Québec avec 14 heures et 23 minutes l’an dernier.
Aux deuxième et troisième rangs se trouvent respectivement l’hôpital Royal-Victoria à Montréal (9 heures et 45 minutes) et l’hôpital de Hull (9 heures et 12 minutes).
Il n’y a pas de grande surprise dans les hôpitaux qui performent le mieux et ceux qui ont plus de difficulté, selon M. Brossard.
Certains territoires ont par ailleurs enregistré des améliorations. «Il y a certaines régions où ça a quand même beaucoup varié. Je pense entre autres à l’Estrie où il y a eu une baisse de son temps d’attente médian de 31 minutes (par rapport à l’an dernier). La Montérégie aussi de 23 minutes. Ce sont des baisses qui sont quand même notables dans plusieurs régions», indique M. Brossard.
Il soutient que l’accès à la première ligne est un frein majeur pour améliorer les temps d’attente.
«Pour beaucoup de patients qui n’ont pas de médecins de famille ou ceux qui ont des médecins de famille, mais qui sont en dehors des heures de bureau régulières, voire même ceux qui n’arrivent pas à avoir un rendez-vous avec leur médecin de famille, la seule porte d’entrée dans le système de santé devient la salle d’urgence. Ce qui fait en sorte qu’on a beaucoup de patients qui ne devraient pas se retrouver à l’urgence, mais qui n’ont pas vraiment d’autres alternatives.»
Il croit que si le Québec avait plus de «centres médicaux de soins immédiats», qui peuvent prendre en charge des urgences mineures, cela désengorgerait les salles d’urgence du Québec qui se concentreraient sur les cas plus graves.
