L’Association médicale mondiale (AMM) a adopté samedi une politique pour lutter contre les fausses informations sur la santé.
Cette initiative, dirigée par l’Association médicale canadienne (AMC) et le Conseil national de l’Ordre des médecins, appelle les gouvernements et les autorités sanitaires à mettre en place des stratégies pour réduire la propagation de fausses informations sur la santé.
La prise de position en 27 points prévoit aussi que des mesures soient déployées pour renforcer la transparence et responsabiliser les plateformes de médias sociaux, de sorte que leurs contenus préjudiciables soient retirés et que des sanctions soient prévues.
Le document précise que l’expression «fausses informations sur la santé» est utilisée afin d’éviter la distinction entre la mésinformation, où une erreur est partagée involontairement, et la désinformation.
Il note que cela ne concerne pas le débat scientifique légitime, et que les médecins peuvent toujours exprimer des positions s’écartant du consensus à condition que ce soit fait de bonne foi, en toute transparence et avec l’appui de données probantes.
Le fait de partager une hypothèse n’est pas condamné en soi, mais le faire en la présentant comme un fait avéré peut l’être.
Le Dr Jung Yul Park, président de l’AMM, affirme que les voix des médecins se perdent «de plus en plus dans le flot de fausses informations et de contenus trompeurs en ligne, en particulier sur les médias sociaux».
«Avec l’essor de l’IA, qui permet désormais de diffuser à grande échelle des hypertrucages médicaux très réalistes, cette désinformation représente une menace mondiale pour la sécurité de la patientèle et la confiance du public. La situation nécessite de toute urgence une réponse internationale coordonnée», a -t-il déclaré dans un communiqué.
Un sondage publié par l’AMC en février indiquait que 89 % des Canadiens vont sur internet pour avoir des conseils en santé, et que 27 % des Canadiens font confiance aux informations qui s’y trouvent.
Ces individus présentaient cinq fois plus de chance «d’avoir des effets indésirables et de subir des préjudices quant à leur santé», a noté le Dr Jean-Joseph Condé, porte-parole francophone de l’AMC, en entrevue avec La Presse Canadienne.
Dans sa prise de position, l’AMM a fait valoir que les fausses informations pouvaient mener les patients à «rejeter des traitements qui ont fait leurs preuves, reporter des soins nécessaires, interrompre un traitement fondé sur des données probantes ou adopter des pratiques nocives».
Le Dr Condé a raconté avoir des patients qui ont, par exemple, arrêté leur traitement contre le diabète parce qu’ils ont entendu parler de médicaments sur les réseaux sociaux.
«Ils arrêtent des médicaments qui sont scientifiquement efficaces pour aller vers des produits naturels, qui, soi-disant, traitent leur diabète aussi bien, mais ce n’est pas vrai», a-t-il souligné.
La première étape est, selon lui, de faire un effort de sensibilisation dans la population pour qu’elle reste sceptique face aux informations en ligne et adopte le réflexe de contacter des professionnels de la santé.
Il a rappelé qu’il est important de vérifier si les médicaments que l’on consomme ont été approuvés par Santé Canada, la FDA américaine, ou d’autres instances régulatrices.
L’étape suivante est, d’après lui, de responsabiliser les grands médias sociaux par rapport à l’information qui circule sur leurs plateformes. Il suggère que cette responsabilisation soit forcée par les gouvernements.
«Ils ont les moyens de dépister du contenu qui est faux, qui est inexact, et il est de leur devoir de retirer ce contenu qui peut être néfaste pour la santé du public», a soutenu le Dr Condé.
Le document de l’AMM invite les plateformes d’IA conversationnels et les entreprises numériques à prendre conscience de la propagation de fausses informations, collaborer pour y remédier en modifiant, entre autres, les algorithmes et renforcer les politiques de modération de contenu.

