Le portrait de la santé mentale est préoccupant au Québec, s’inquiète l’Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ). Elle a dévoilé mercredi matin la plateforme Santé mentale 2026 qui propose six mesures, dont la première est de nommer un ministre responsable de la santé mentale.
À l’approche des élections, l’AMPQ invite les partis politiques à faire de la santé mentale une priorité et à présenter des engagements concrets.
En conférence de presse dans les locaux de la Mission Old Brewery, à Montréal, la Dre Claire Gamache, présidente de l’AMPQ, a précisé le rôle qu’aurait un ministre de la Santé mentale. Celui-ci aurait la responsabilité de coordonner l’action gouvernementale, de suivre des indicateurs nationaux et de mettre en œuvre des stratégies qui touchent tous les secteurs, tels que la jeunesse, l’itinérance et les enjeux de dépendance.
«Je pense qu’il faudrait peut-être que ce ministre ait les coudées franches et [qu’il] soit vraiment à la table avec le ministre de la Santé pour faire en sorte qu’il ait un poids un peu semblable pour prendre les décisions, avoir beaucoup plus d’influence sur le ministre de la Sécurité publique, par exemple», a expliqué Dre Gamache.
Elle a applaudi somme toute le travail du ministre responsable des Services sociaux et de la lutte contre l’itinérance, Lionel Carmant. «Le fait qu’il y avait déjà un ministre désigné nous a permis de travailler beaucoup de choses. On a eu un magnifique plan interministériel en santé mentale, le dernier, avec des mesures chiffrées, avec une reddition de comptes. C’était la première fois qu’il y avait ça d’un gouvernement. Mais comme partout dans le monde, l’[Organisation mondiale de la santé] le dit, les enjeux augmentent. Malgré tous les moyens qu’on a mis en place dans le dernier cycle électoral, les demandes augmentent partout», fait valoir Dre Gamache.
«La situation continue de se détériorer et devient de plus en plus préoccupante. Au cours des dernières années, les enjeux de santé mentale ont pris de l’ampleur partout dans le monde et en particulier au Québec. La détresse s’accentue, les besoins se complexifient et de plus en plus de personnes demandent de l’aide, de plus en plus de personnes hésitent à demander de l’aide et de plus en plus de personnes peinent à obtenir de l’aide au bon moment», déplore Dre Gamache.
«Face à cette croissance, les médecins psychiatres du Québec ont pris le temps de regarder la situation avec lucidité afin de proposer des solutions aux différents partis politiques pour faire campagne dans les prochaines semaines, a-t-elle poursuivi. Il ne s’agit pas d’une liste de vœux, d’une liste de dépenses. Il s’agit plutôt d’une feuille de route réaliste fondée sur notre expérience clinique, les données disponibles et les meilleures pratiques.»
Santé mentale fragile chez les soignants
Le taux d’hospitalisation pour tentative de suicide a triplé entre 2010 et 2023 chez les filles de 10 à 14 ans. Le suicide est multifactoriel, a rappelé Kathy Laramée, directrice de la stratégie et des services numériques de l’Association québécoise de prévention du suicide. «[La] prévention exige des actions coordonnées dans le réseau de la santé et les services sociaux, les écoles, les familles et les communautés, les milieux numériques et les politiques. Nous invitons les partis à prendre des engagements durables, financés.»
L’AMPQ estime que près de 25 millions d’heures de travail ont été perdues au sein du réseau de la santé en raison de problèmes de santé mentale du personnel. Les psychiatres souhaitent un forum annuel consacré à la santé mentale des soignants.
«On propose aussi la création d’un observatoire chargé de mesurer et documenter le bien-être de nos employés dans le système de santé», ajoute Dre Gamache.
Le nombre de personnes itinérantes continue par ailleurs d’augmenter et s’étend dans de plus en plus de régions. Selon les derniers chiffres, 12 000 personnes sont en situation d’itinérance visibles à travers la province, dont 5000 à Montréal. Cela représente 20 % d’augmentation depuis 2022.
James Hughes, président et directeur général de la Mission Old Brewery, a précisé que 57 % des personnes sans-abri ont une incidence de santé mentale. «La rue alourdit les problèmes de santé mentale. En conséquence de cet alourdissement, ça devient plus long, plus cher, plus difficile de les accompagner. C’est un cercle vicieux qui se crée», dit-il.
Pour prévenir l’itinérance, la Mission Old Brewery et l’AQPM demandent qu’on bonifie les initiatives qui fonctionnent déjà, comme le Projet de réaffiliation en itinérance et santé mentale (PRISM), qui offre de l’hébergement transitoire à des personnes sans-abri aux prises avec des problèmes de santé mentale. La personne est aussi accompagnée d’une équipe médicale.
Les autres mesures de la plateforme Santé mentale sont de prévenir l’itinérance; déployer des alternatives à l’hospitalisation pour tous, des jeunes aux aînés; renforcer la prévention du suicide, notamment chez les jeunes; prendre soin de celles et ceux qui soignent; puis faciliter l’accès aux soins et renforcer la télémédecine en santé mentale.

