Santé

La règle de «prendre ses antibiotiques jusqu’au bout» est en train d’évoluer

Ce message a peut-être donné à de nombreuses personnes une idée dépassée de ce à quoi ressemble réellement une cure d’antibiotiques appropriée.

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pillule Assortiment de pilules, de comprimés et de gélules pharmaceutiques. (Envato)

Pendant des années, le message était simple: si vous commencez un traitement aux antibiotiques, suivez-le jusqu’au bout.

Mais une nouvelle étude réalisée en ligne auprès de 1475 adultes américains suggère que ce message a peut-être donné à de nombreuses personnes une idée dépassée de ce à quoi ressemble réellement une cure d’antibiotiques appropriée.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Cette étude, dirigée par Alistair Thorpe, titulaire d’un doctorat et maître de conférences en sciences de la santé des populations à l’Université de l’Utah, a examiné la perception qu’ont les adultes américains de la durée des traitements antibiotiques et de l’observance thérapeutique.

D’après cette étude, 60 % des personnes interrogées préféraient les traitements antibiotiques d’une durée de sept jours ou plus, tandis que 88 % ont déclaré avoir entendu et partager le message bien connu selon lequel «il faut toujours finir son traitement antibiotique».

Ces résultats mettent en évidence un décalage entre la perception du public et l’évolution des traitements antibiotiques.

Une évolution de l’expression «terminer le parcours»

Dans une entrevue accordée à CTVNews, le Dr Alon Vaisman, médecin canadien spécialisé dans les maladies infectieuses et la prévention des infections, a déclaré qu’il existait une distinction importante entre le fait de demander aux patients de suivre leur traitement jusqu’au bout et celui de leur dire que les antibiotiques doivent toujours être pris pendant une longue période.

«Il est important de faire la distinction entre ce qui vous est prescrit et les traitements antibiotiques recommandés, qui ont évolué au cours des dernières années», explique-t-il.

Il a cité l’exemple des infections urinaires. Les traitements, qui duraient autrefois généralement entre sept et quatorze jours, peuvent désormais être plus courts dans certains cas, car les recherches montrent de plus en plus que des traitements plus courts peuvent être tout aussi efficaces.

«Il ne s’agit pas tant de dire qu’il ne faut pas suivre jusqu’au bout le traitement qui vous a été prescrit, mais plutôt que les recherches montrent désormais que les traitements plus courts sont tout aussi efficaces qu’auparavant», dit-il.

Cela signifie qu’un patient à qui l’on a prescrit aujourd’hui un traitement de cinq jours ne doit pas partir du principe qu’il doit continuer à prendre le médicament pendant sept ou dix jours simplement parce que c’était autrefois une pratique courante.

Pourquoi réduire l’exposition aux antibiotiques?

Cette tendance à raccourcir la durée des traitements ne relève pas uniquement de considérations pratiques.

Selon le Dr Vaisman, les chercheurs tentent de déterminer quelle est la dose minimale d’antibiotiques nécessaire pour traiter efficacement une infection, tout en réduisant les risques potentiels liés à ces médicaments.

«De nombreuses études portant sur divers syndromes et maladies infectieuses démontrent que les traitements de courte durée sont tout aussi efficaces que ceux de longue durée», explique-t-il.

Parmi ces avantages potentiels, on peut citer une diminution des effets secondaires liés aux médicaments et un risque moindre de contribuer à la résistance aux antibiotiques.

Le Dr Vaisman a ajouté que ces études avaient pour objectif de réduire au minimum les effets secondaires liés à ces médicaments.

Il a indiqué que les effets secondaires courants comprenaient des troubles digestifs et de la diarrhée, et qu’une insuffisance rénale pouvait également survenir. Des réactions cutanées sont également possibles, bien qu’il les ait qualifiées de rares.

Mais la résistance aux antibiotiques est une autre raison majeure pour laquelle la durée est importante.

«L’autre raison principale pour laquelle nous souhaitons démontrer que les traitements plus courts sont tout aussi efficaces est de réduire le risque de résistance», souligne-t-il.

Une exposition prolongée, en particulier aux antibiotiques à large spectre, peut favoriser la sélection d’organismes résistants.

Plus long ne signifie pas forcément meilleur

Cette évolution remet également en cause l’idée reçue selon laquelle «plus de traitements» serait synonyme de «meilleurs traitements».

«Ce refrain selon lequel “plus c’est long, mieux c’est” n’est pas souvent vrai», soutient le Dr Vaisman.

Les chercheurs ont de plus en plus souvent recours à ce que l’on appelle des «études de non-infériorité» pour déterminer si un traitement plus court permet d’obtenir des résultats cliniques globalement identiques à ceux d’un traitement plus long.

En d’autres termes, la question n’est pas de savoir si les patients devraient recevoir un traitement moins intensif dans le seul but de prendre moins de comprimés. Il s’agit plutôt de déterminer s’ils peuvent bénéficier d’un traitement suffisamment efficace pour éliminer l’infection sans s’exposer inutilement à des risques supplémentaires.

Se sentir mieux ne signifie pas qu’il faut s’arrêter trop tôt

Il y a toutefois un aspect de ces anciens conseils qui reste d’actualité: les patients ne doivent pas décider eux-mêmes quand arrêter de prendre un antibiotique.

Le Dr Vaisman affirme que certaines infections pouvaient réapparaître si le traitement était interrompu prématurément.

Il évoque l’ostéomyélite, une infection osseuse, dont le traitement peut encore durer environ six semaines. Un patient peut se sentir nettement mieux au bout de deux ou trois semaines, mais arrêter le traitement à ce stade peut augmenter le risque de récidive de l’infection.

«Si l’on arrête le traitement trop tôt, le risque de récidive de l’infection augmente», a-t-il déclaré.

L’objectif, explique le Dr Vaisman, est en fin de compte de déterminer la durée minimale de traitement nécessaire pour éliminer l’infection.

Pour les patients, cela rend le message un peu plus nuancé que celui que beaucoup ont entendu tout au long de leur enfance.

Prenez bien tous les antibiotiques qui vous ont été prescrits, mais sachez que la durée du traitement peut être plus courte aujourd’hui, car les connaissances scientifiques ont évolué.

Méthodologie : Cette enquête en ligne a été menée du 21 mars au 23 avril 2024. Les participants ont été recrutés et rémunérés par Dynata, qui a envoyé par courriel un lien vers le questionnaire à un panel d’adultes américains ayant accepté d’être invités à participer à des enquêtes en ligne. Dynata n’a joué aucun rôle dans cette étude hormis le recrutement et la rémunération des participants. Pour être éligibles, les participants devaient être des adultes américains âgés d’au moins 18 ans et capables de lire l’anglais. Les critères d’éligibilité ont été déterminés à partir des caractéristiques déclarées par les participants eux-mêmes.

Archie Niari

Archie Niari

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Journalist, CTVNews.ca