Une nouvelle enquête menée par l’Association médicale canadienne révèle que les médecins interviennent de plus en plus souvent pour remédier aux préjudices causés par des patients ayant suivi de fausses informations de santé trouvées en ligne.
L’enquête Physician Pulse, publiée mardi, révèle que 97% des médecins ayant répondu ont dû intervenir pour prévenir des dommages ou remédier aux conséquences après qu’un patient eut suivi des informations de santé fausses ou trompeuses trouvées en ligne, y compris des informations provenant de l’IA.
L’enquête a été menée auprès de 645 médecins entre le 6 et le 13 avril.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
La Dre Margot Burnell, oncologue médicale et présidente de l’Association médicale canadienne (AMC), estime que ces données sont préoccupantes.
«Lorsque les gens ne peuvent pas accéder à des soins en temps opportun, ils se tournent vers Internet pour rechercher des informations de santé», a-t-elle dit à CTVNews.ca lors d’une entrevue.
«Nous savons, d’après des études publiées au cours de l’année écoulée, que les personnes qui suivent des conseils provenant de sources en ligne courent un risque cinq fois plus élevé de signaler des actes d’automutilation», a-t-elle ajouté.
Consulter des informations en ligne
L’enquête de suivi sur la santé et les médias 2026 de l’AMC, publiée en février, a révélé que 89% des Canadiens ayant répondu consultent en ligne pour obtenir des informations sur la santé.
L’enquête a été réalisée auprès de 5000 Canadiens en novembre 2025.
Si l’exposition à de fausses informations sur la santé est relativement stable dans toutes les générations, l’étude a constaté une augmentation plus marquée chez les baby-boomers entre 2024 et cette année. Cependant, toutes les générations ont vu leur exposition à de fausses informations sur la santé augmenter entre 2024 et cette année.
La génération Z et les milléniaux sont plus enclins à utiliser l’IA pour diagnostiquer et traiter un problème de santé, note l’étude.
Les plateformes les plus utilisées par les Canadiens pour obtenir des informations sur la santé sont Google et ChatGPT.
La Dre Burnell explique que les Canadiens se tournent vers le web pour une multitude de raisons liées à la santé, notamment pour diagnostiquer et traiter un problème de santé.
«Ils peuvent se tourner vers Internet pour un symptôme tel qu’un saignement rectal et on leur dira peut-être que la cause principale est des hémorroïdes ou des fissures, ce qui est tout à fait correct, c’est le diagnostic le plus courant», a-t-elle expliqué.
«Mais comme je le dis à mes étudiants en médecine : si quelqu’un se présente pour la première fois avec des saignements rectaux, sans antécédents ni contexte particuliers, il est alors vraiment important de procéder à un toucher rectal pour s’assurer qu’il n’y a pas de masse et soit de confirmer qu’il s’agit d’hémorroïdes ou d’une fissure, soit de confirmer que ce n’est pas le cas et qu’un examen plus approfondi est nécessaire», a-t-elle nuancé.
De plus, la Dre Burnell raconte qu’un médecin généraliste a vu un patient qui présentait une éruption cutanée qui s’était aggravée après avoir suivi une recommandation trouvée en ligne consistant à appliquer une crème stéroïde topique.
Elle ajoute que les gens peuvent également consulter Internet pour savoir combien de temps une maladie virale devrait durer et s’inquiéter, pensant qu’ils ont quelque chose de plus grave lorsque les symptômes persistent.
«Alors que s’ils allaient en parler à leur médecin de famille, qui connaît la communauté et a vu beaucoup de patients, celui-ci pourrait leur dire : “Non, ce virus-là circule en ce moment et il a tendance à durer beaucoup plus longtemps qu’un virus classique”» a-t-elle précisé.
Pénurie de médecins
La Dre Margot Burnell explique que les gens se tournent vers le web pour obtenir des informations sur la santé parce que les ressources en ligne sont vastes et facilement accessibles. Ils le font également en raison de la pénurie de professionnels de santé à travers le pays.
Selon une étude de l’AMC publiée en janvier 2025, il manque actuellement près de 23 000 médecins de famille au Canada, soit une augmentation de 49% par rapport à l’offre actuelle. Le Canada a également besoin de 14 000 infirmières auxiliaires autorisées supplémentaires, de 2700 infirmières praticiennes supplémentaires, de 28 000 infirmières autorisées supplémentaires, de 500 infirmières psychiatriques autorisées supplémentaires et de 2000 ergothérapeutes supplémentaires, selon cette étude.
Les ministres fédéraux, provinciaux et territoriaux de la Santé se sont réunis à Calgary en octobre 2025 pour discuter des moyens d’améliorer le système de santé, mais l’AMC a affirmé que ces discussions avaient «manqué une occasion» d’apporter des solutions.
La Dre Burnell affirme qu’outre la pénurie, les patients sont également confrontés à des obstacles et à des délais pour accéder rapidement aux prestataires de soins de santé.
Selon l’enquête de suivi sur la santé et les médias de l’AMC de 2026, bien que les Canadiens s’inquiètent de l’exactitude des informations de santé en ligne, la majorité d’entre eux déclarent continuer à les utiliser car ils ne peuvent pas obtenir l’aide d’un professionnel de la santé.
«Il peut y avoir un délai avant que les patients puissent consulter leur médecin de famille ou leurs spécialistes, et (les patients) veulent une réponse plus rapidement», a-t-elle avancé.
Mais ces retards sont en partie dus à des systèmes de santé qui ne sont pas interconnectés, ce qui empêche les professionnels de la santé de communiquer efficacement entre eux, ainsi qu’à des charges administratives.
«Aller à la rencontre des patients là où ils se trouvent»
L’AMC, en collaboration avec d’autres associations provinciales et territoriales de médecins, se rendra à Ottawa cette semaine pour rencontrer des députés et des sénateurs afin de discuter des priorités pour lutter contre la désinformation en matière de santé.
Ils aborderont également d’autres défis urgents en matière de soins de santé, notamment la réduction de la charge administrative pesant sur les médecins grâce à de nouveaux outils numériques, le renforcement de l’accès aux soins primaires en équipe, le soutien aux approches menées par les Autochtones pour combler les écarts en matière de santé et la simplification de l’octroi de permis d’exercice aux professionnels de la santé formés à l’étranger.
L’une des façons dont l’AMC lutte actuellement contre la désinformation en matière de santé est son initiative Healthcare For Real, qui vise à mettre à la disposition du public des informations de santé précises et facilement accessibles.
«Il existe des sources fiables en ligne, mais nous devons les identifier», a indiqué la Dre Burnell. «Nous devons vraiment éduquer notre public, non seulement en matière de littératie en santé, mais aussi en matière de littératie numérique.»
«Nous devons aller à la rencontre des patients là où ils se trouvent», a-t-elle ajouté.
Mais Dre Margot Burnell met en garde les personnes qui recherchent des informations de santé en ligne.
«Soyez très prudents quant aux informations que vous obtenez, et demandez-vous d’où elles proviennent», a-t-elle dit. «Qui a mis ces informations en ligne? S’agit-il de sources fiables? Peuvent-elles être validées? Pouvez-vous les retrouver dans un contexte universitaire?»
