Santé

La kératoprothèse de Boston: un succès grandissant

Au CHUM, la chirurgie connaît un essor depuis plusieurs années.

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La kératoprothèse de Boston: un succès grandissant La chirurgie d’installation de la kératoprothèse de Boston permet de restaurer la vue de patients atteints de pathologies cornéennes complexes. Depuis sa création, la pratique a évolué et les résultats obtenus au Québec et à travers le Canada sont maintenant prometteurs, avec une amélioration significative de la qualité de vie des patients.

La chirurgie d’installation de la kératoprothèse de Boston permet de restaurer la vue de patients atteints de pathologies cornéennes complexes. Depuis sa création, la pratique a évolué et les résultats obtenus au Québec et à travers le Canada sont maintenant prometteurs, avec une amélioration significative de la qualité de vie des patients.

À la tête de ce programme, la Dre Mona Harissi-Dagher, chirurgienne et cheffe du département d’ophtalmologie du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), joue un rôle clé dans cette avancée médicale.

Qu’est-ce que la kératoprothèse de Boston ?

La kératoprothèse de Boston, souvent appelée Boston KPro, est une cornée artificielle implantée chez des patients souffrant de maladies cornéennes sévères pour lesquelles une greffe de cornée traditionnelle ne serait pas efficace ou a déjà échoué.

Contrairement à une greffe conventionnelle, qui remplace la cornée malade par une autre cornée humaine, la kératoprothèse de Boston est un dispositif médical composé de pièces en polyméthacrylate et en titane qui agit comme une fenêtre transparente permettant à la lumière de pénétrer dans l’œil et de restaurer la vision.

Ce dispositif a été développé à la Massachusetts Eye and Ear Infirmary, affiliée à la Harvard Medical School. La Boston KPro a été approuvé par la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis en 1992.

Montage Kératoprothèse La Kératoprothèse de Boston est une cornée artificielle. (Montage : Noovo Info)

Des avancées significatives depuis sa création

À ses débuts, les résultats de la kératoprothèse de Boston étaient moins bons, notamment en raison de complications postopératoires et d’une compréhension encore limitée de la gestion à long terme des patients.

Cependant, au CHUM, la Dre Dagher a travaillé avec son équipe depuis près de 15 ans pour améliorer la technique chirurgicale, tout comme le suivi postopératoire, et les résultats pour les patients sont excellents affirme la cheffe du département d’ophtalmologie.

«Quand on arrive à la Kératoprothèse de Boston, c’est qu’il n’y a plus d’autres options, c’est l’une des chirurgies les plus complexes en ophtalmologie et qui nécessite beaucoup d’expérience, de doigté et de dextérité», dit-elle.

La docteur Mona Dagher est chirurgienne et cheffe du département d'ophtalmologie du CHUM.
La chirurgienne et cheffe du département d'ophtalmologie du CHUM La docteure Mona Dagher est chirurgienne et cheffe du département d'ophtalmologie du CHUM. (Alexandre Volpato)

Ses travaux ont notamment porté sur l’optimisation des indications chirurgicales, l’amélioration des techniques d’implantation et, surtout, la prise en charge à long terme des patients porteurs d’une kératoprothèse.

Ce suivi prolongé inclut des soins réguliers, des examens pour détecter et traiter des complications comme le glaucome, ou encore des ajustements thérapeutiques. Toutes ces étapes sont considérées comme essentielles pour maximiser les chances de succès à long terme.

«La chirurgie est rare, tout comme les maladies cornéennes.»

—  La Dre Mona Dagher
La Dre Dagher implante la kératoprothèse dans l'oeil du patient.
Chirurgie de l'oeil La Dre Dagher implante la kératoprothèse dans l'oeil du patient. (Alexandre Volpato)

Le succès de la chirurgie ne repose pas seulement sur l’opération elle-même, et la chirurgienne est claire : pour que la kératoprothèse de Boston soit efficace, les patients doivent être extrêmement assidus dans leurs soins postopératoires.

Dans le noir le plus complet pendant 30 ans

Un niveau d’engagement qui n’a pas fait peur à Gary Melonson, un patient qui a été opéré des deux yeux en 2010 par Mme Dagher. «C’était une période sombre de ma vie », admet-il.

M. Melonson a été aveugle pendant une trentaine d’année et ne sait toujours pas à ce jour ce qui est arrivé à ses yeux. Il a d’abord perdu la vision sur un œil avant que le deuxième suive.

«J’ai cru longtemps que je n’aurais aucune image à retenir.»

—  Gary Melonson

M. Melonson était jeune quand il a perdu la vue, «même pas 30 ans». La plus grande partie de sa vie, il l’a donc vécue aveugle.

Réapprendre à vivre sans voir, n’a pas été de tout repos et les gestes du quotidien étaient de la grande difficulté à réaliser, explique-t-il. Après avoir retrouvé la vue en 2010, Gary Melonson admet que la transition n’a pas été facile.

Gary Melonson fait le point sur sa vue avec la Dre Mona Dagher.
Un patient et son docteur Gary Melonson fait le point sur sa vue avec la Dre Mona Dagher. (Alexandre Volpato)

«Quand je suis sortie de la clinique à l’époque, je me souviens que rien ne ressemblait à ce que je connaissais, les voitures, les immeubles, tout avait changé».

Aveugle, M. Melonson allait parfois dans sa voiture pour allumer le moteur et sentir la voiture vibrer.

«À ce moment-là, je me disais coudonc, ce n’est pas pour tout de suite.» Malgré la joie d’avoir retrouver la vue, M. Melonson regrette d’avoir perdu autant de temps. «Je n’ai pas vu ma mère mourir», partage-t-il, «maintenant je vois, mais je suis trop vieux».

Le programme de kératoprothèse de Boston au CHUM est devenu une référence au Québec, et un centre d’excellence rare au Canada grâce à l’expertise de la Dre Mona Dagher, cheffe du département d’ophtalmologie.

«Ici au CHUM on a le plus grand nombre de chirurgie réalisé au pays, les gens viennent du Québec mais aussi des Maritimes, de la Saskatchewan et même de Vancouver», se réjouit-t-elle.