Santé

Héma-Québec interpelle les jeunes tatoués sur leur peur contradictoire des aiguilles

«Il faut que les 18-34 ans embarquent dans la parade.»

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Archives - Un homme fait un don de sang à Montréal, le 29 novembre 2012. Pour l’Halloween, Héma-Québec s'attaque à la peur des aiguilles. LA PRESSE CANADIENNE/Ryan Remiorz Archives - Un homme fait un don de sang à Montréal, le 29 novembre 2012. Pour l’Halloween, Héma-Québec s'attaque à la peur des aiguilles. LA PRESSE CANADIENNE/Ryan Remiorz (Ryan Remiorz)

À l’approche de l’Halloween, Héma-Québec s’attaque à une peur bien réelle lorsqu’il est question de donner des produits sanguins: les aiguilles.

Pour dédramatiser cette crainte, l’organisation mise notamment sur un rapprochement entre le tatouage et le don de sang. Au Québec, un adulte sur trois est tatoué, mais seulement 3 % de la population admissible participe aux collectes de sang.

Face à cette contradiction, Héma-Québec a lancé une campagne publicitaire ciblant particulièrement les jeunes tatoués pour les inciter à poser ce geste altruiste, alors qu’un sondage montre que 41 % des personnes de 18 à 34 ans ne donnent pas de sang à cause de la peur des aiguilles. Pour le reste de la population, 27 % des gens ont identifié cette raison comme principal repoussoir.

«Il faut que les 18-34 ans embarquent dans la parade», insiste la porte-parole Josée Larivée. Elle souligne que le taux de gens tatoués dans cette tranche d’âge est plus élevé que chez les baby-boomers, mais qu’à l’inverse, ceux-ci sont dans une plus large proportion des donneurs de sang que les 18-34 ans, «alors il y a un renversement qui doit s’opérer».

«On a vu une opportunité de parler de la peur des aiguilles avec l’Halloween qui s’en vient. C’est un sujet sympathique cette semaine avec les sorcières et les citrouilles qui se promènent un peu partout. On s’est dit qu’on devait interpeller les jeunes tatoués qui sont allés se faire piquer par une aiguille tellement de fois. Mais même si on prend ça avec un sourire, le don de sang demeure un geste essentiel, et on doit absolument transmettre son importance aux générations actuelles et futures», affirme Mme Larivée.

Sur les affiches distribuées dans les salons de tatouage et visibles dans les rues, on voit un bras entièrement couvert de tatouages avec, au centre, l’inscription «T’as pas peur des aiguilles? T’as pas peur de donner» en surimpression.

Héma-Québec a amorcé sa campagne de sensibilisation au cours de l’été en installant des kiosques d’informations dans différents événements courus par les jeunes, dont le Festif de Baie-Saint-Paul, OSHEAGA et la convention Art Tattoo Montréal.

Mme Larivée encourage les 18-34 ans à surmonter leurs appréhensions et assure que le personnel prend «les précautions nécessaires pour que vous ne voyiez pas l’aiguille» et que le tout dure à peine «trois secondes».

Contrairement à une croyance encore répandue, être tatoué n’empêche pas de donner du sang. Héma-Québec précise cependant qu’il doit y avoir une période de trois mois entre la visite chez le tatoueur et le rendez-vous au centre de collecte, et que le même délai doit être observé après une séance d’acupuncture ou un traitement d’électrolyse.

Mme Larivée raconte sa première expérience avec un trémolo dans la voix. «J’ai donné du sang pour la première fois à un grand âge, et ça m’a tellement émue. Je l’observe aussi chez les autres premiers donneurs. Je vois les gens qui sont émus et ils le disent: “Ayoye, je ne pensais pas que ça me ferait ça.” Tu vois ta poche de sang s’en aller dans la boîte, tu vois la boîte partir et prendre le chemin d’un centre hospitalier, puis ça va arriver dans une salle d’opération, dans une salle d’accouchement, dans une chambre d’hôpital ou aux urgences. Ça sert tous les jours.»

Elle rappelle qu’un seul don peut aider jusqu’à trois personnes et que 1000 sont nécessaires quotidiennement pour répondre aux demandes des hôpitaux, puisque quelqu’un a besoin de sang toutes les 80 secondes au Québec.

Pour comprendre pleinement l’importance des dons de sang, «il faut avoir été dans une chambre d’hôpital près de quelqu’un qu’on aime et qui s’en va», selon Mme Larivée.

«Quand tu as besoin d’une transfusion de sang, la couleur de ta peau change et la vie s’en va de minute en minute. Quand les infirmières arrivent dans la chambre avec les poches de sang et qu’on fait une transfusion à quelqu’un que tu aimes, tu vois dans les minutes suivantes la couleur des joues redevenir rose. J’ai parlé à des parents qui ont traversé des cancers avec leurs enfants et qui me disent: “Après une transfusion, c’était magique, il redevenait un enfant de six ans, il se remettait à courir, alors qu’avant la transfusion, il était étendu, il n’avait plus de force.”»

Sébastien Auger

Sébastien Auger

Journaliste